CHAPITRE IV
Arrêt de la Chambre de l'Arsenal, du 26 novembre 1671. — Le chevalier de Rohan, le chevalier de Préaux, madame de Yiilars el Vai» den Ënden sont condamnés à mort. — Arrêt portant que les écrits de La Tfteamont seront briUés sur la place de la Bastille. — Lettre, de mademoiaelle Renée de Tillen au chevalier de Bohan pour le fortifier contre la mort — Essais leiitds pour fléchir Loais XIT. — Version contradictoire. — L'exécutioa de l'arrêta lieu le 27 novembre.- Lps pi res Talon et Bourdaloue confes.seurs du clievalier de Kohan. ~ Sa fermf to f^t <?on humilit(^. — Van den Enden et le chevalier do Préaux s ni :i[ipiiques à la torture. — Extrait du procu»verbal de lorlure de \ an deu Enden. — L'exécution des quatre condamnés a Ueo à trois heures du soir, sur la place de la Bastille. — Louis Xiy renonce à la confiscation de leurs biens. Portée de la conspiration du chevalier de Rohan. — Motifs pour lesifuels Louis XIV ne lui fit pas grâce. — Médaille commémotative frappée à ce sujet. — L'amiral Tromp ramène sa flotte en vue des cotes de Normandie, et retourne bientôt en Hollande. — Fidélité des populations maritimes.
La Chambre de F Arsenal (c'est ainsi qu*on désignai^
du nom de l'endroit où elle siép^eait, la commîwîon e&traordinaire chargée de juger le chevalier de liohan et tes complices) rendit son arrèi le iBà novembre i d74 Gnquante-sepi ans auparavant) le Pariemént de Pftris
LË CUËYALIËR DE ROUAN.
avait, dans le procès de la maréchale d'Ancre, trouvé le moyen de juger rétrospectivement le maréchal son mari, grâce à un curateur auquel elle avait ordonné de répondre pour lui, et il avait pu de la sorte prononcer la confiscation des biens des deux époux* La Chambre de TArsenal fit, de la même manière, le procès â La Treaumont., dans la personne d'un curateur nommé La Bruyère, qu'elle lui avait donné d'office. Le chevalier de Rofian, La Tréaomont, le chevalier de Préaux, madame de Viliars et Vau den Ënden furent déclarés coupables de lèse-majesté» La mémoire de La Tréaumont fut condamnée â perpétuité. Quant à Louis de ' Rohan, au chevalier de Préaux, à madame de Viliars, à Van den Ënden, ils furent condamnés, indépendamment de la confiscation de leurs biens au profit du roi, les trois premiers, à avoir la tête tranchée sur un échafaud devant la Bastille, le dernier à être étranglé et pendu au même lieu. L*exécution de la sentence était fixée au lendemain 27 novembre. chevalier de Préaux et Van den Ënden devaient être, au préalable, appliqués à la question ordinaire et extraordinaire.
Deux jours après , un nouvel arrôt slaLua sur les autres accusés. Deux seulement, Jacques de Guersans d'Aigrement et Chalons de Meigremoni furent retenus à la Bastille jusqu'à Tachèvement de leur procès; tous les autres recouvrèrent la liberté, mais on fit depuis quelques prisonniers nouveaux. Les écrits de La Tréau-
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mont, qui avaient figuré au procès, devaieiit être brûlés par lexécuteur sur la place de la Bastille
Parmi les accusés que rarrèt du 28 novembre rendit à la liberté, se trouvait mademoiselle Renée de Villers, qui avait été injpliquée au procès, comme amie du chevalier de Koban, et pour avoir caché des papiers qu'il lui avait confiés. Renée liaarioe d*0 de Villers était âgée de 27 ans. Elle avait été autrefois en religion; depuis, eiie était rentrée dans le monde , et son interrogatoire constate que le chevalier de Rohan lui avait adressé plusieurs IcUrcs, indices d'une grande intimité. Comme elle avait reçu dans sa terre, près de Vei*sailles, La Tréaumont, le chevalier de Rohan et plusieurs de leurs amis, on avait d'abord supposé qu'elle était initiée au pian des coospit aleurs, mais l'instruction ne révéla aucun fait contre elle \ £n voyant approcher le moment de la condamnation, mademoiselle de Villers avait adressé au chevalier de Rohan , pour forli&er son cœur contre les angoisses de k mort, une lettre aussi noble que touchante dont La Reynie a pris soin de nous conserver une copie de sa propre main. On lira avec intérêt, je Tespère, cette lettre qui donne bien, autant par la force de Texpression que par la hauteur des pensées, Tidée d une époque ou tout, jusqu'aux passions
1 Bibliottièqae impériale. Mss. 600 Colberl, n° 226>p. l09Y et suiv. s Ibid Mai. 500 Golbert, n« 220, p. &I6 et suiv.
m us CHCVALKII DB .hoban.
que le devoir réprouve, avait un cachet de grandeur
(( Si je vous connoissois moins de force d'esprit ou plus de frayeur de la mort, écrivit m n demoiselle de Villers au chevatier de Roban, je prendrois de grands soins d(i vous y préparer peu à peu et de vous aprandre le peu d'espoir que vous devez avoir en la vie \ mais comme vous n'avez jamais rien craint, je ne pense pas que vous ayez peur de perdre une vie que vous avez tant de fois mespnsée et dont vous devez regarder la perte plustét comme on bien que cmnme un mal puisqu'elle vous délivre de force misères, qu'elle vous sauve de nouveaux crimes et qu'elle vous ouvre une voye de faire vostre salut en offrant vostre mort en sacrifice à Dieu, pour l'expiation de vos fautes. Aussi bien, estesvous une vraye victime que La Tréauuiunt a immolée à son ambition, du nom, de Tamitié et de la foiblesse duquel il a cruellement abusé. Commencez donc, Monsieur, à recourir à Dieu, eniployez tous les moments qui vous restent à travailler à vostre salut ; n'ayez plus que de Thorreur pour toutes les pernicieuses erreurs et les chimères que vous a voit mises en teste La Tréaumont et desquelles il avoit empoisonné vostre esprit et vostre cœur. Je ne soubaite de vous inspirer en cela que les sentiments dont j'ay l'âme remplie, car, malgré la foi-
* Bibliothèque impériale. SuppUnmê français, n* 870, à la Sa duToliuDe.
U CHEVALIER DE HOiLuN. tSI
blesse de mon sexe, je voudrois de tout mon cœur paroUre criminelle à vos juges afin de me délivrer d'une vie qui ne m'est que tFà»-odieoae« Je Vous assure que Je nVn demanderois pas la prolongfttion à IMeu ni au roy ; mais je suis assez malheureuse pour que ma prison et . mes ennemis n'ayent pu noircir mon innocence* Ainsi, Monsieur, je me voids réduite à traîner mes chaînes autant qu'il plaira à Dieu, et si queique chose m'empesche de murmurer contre mon sort, c'est qu'il me laisse la liberté de prier Dieu pour vous le reste de mes jours, \oiià de quoi vous devez estre certain comme vous avez de Testre que personne n'estoit plus véritablement de vos amies et de vos trèi-humbles servantes que Renée Maurice d'O. »
Cependant La Reynie avait tout disposé pour que, conformément aux instructions du marquis de Seignelay, organe de^ volontés du roi , Tarrêt fût signifié et exécuté sans retard. Cest un des plus beaux privilèges du génie littéraire de voir, dans les circonstances solennelles, ses œuvres appelées à réveiller les sentiments généreux dont Dieu a mis le germe au fond des cœurs* Cette suprême gloire a été surtout réservée à Pierre Corneille. Le président Hénault raconte qu'on essaya d'obtenir la grâce du chevaUer de Rohan en faisant représenta devant Louis XIV la tragédie de CVnna. On ajoute que le roi aurait répondu à ceux qui le sollicitaient en faveur du chevaher, qu'il eût pardonné un at-