‹ Trois drames historiques Euguerrand de Marigny, Semblançay, Le chevalier de RohanChapitre 5 sur 44 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Kngoerrand de Marigny esl nornrno par la reine Jeanne un de ses exécuteurs lestamenlaires. — Esl i ami des personnages les plus élevés de la cour. Fait nommer pliuieara de ses frères évéques ou archevêques. — fiponse en secondes noces Alips de Hons dont il a trois enfànts. — Sa fille, du premier lit, Isabelle de Marigny, âgée d'environ sept ans, éflouse Robert de Tancarville, du môme âge qu'elle.— Il marie un de ses fils. — Kvalualion de sa fortnn»^, à l'aide de la dot qu il donne à sa fille. — Dons nombreux que lui fait le roi. — 11 a un bel hôtel près du Louvre. — Fonde à Ecouis une magnifique collégiale. — Nouvelles faveurs qu'il reçoit du roi à cette occasion. — Principaux articles de la charte de fondation de la collégiale d'Bcouia.

£n quoi consistait cependant l'intervention d Enguerrand de Marigny dans Tadministration des affaires publiques? Aucun des documents officiels parvenus • jusqu'à nous ne fait mention de lui, sous ce rapport, avant Tannée 1307* Mais si les titres écrits de cette intervention font défaut ^ elle résulte implicitement du crédit dont il jouissait près de Philippe le Bel et de ses richesses territoriales et mobilières qui , en peu d*annéeS| des actes authentiques en donnent la preuve,

ENGUERHAND DE MAHIGNY.

étaient devenues immenses. La reine, on s*en souvient,

ravuil pris en amitié et lui avait fait épouser Jeanne Je Saint-Martin , sa filleule. Dans son testament, daté du mois de mars 1304, Jeanne de France nomma Enguerrand de Marigny Tun de ses exécuteurs testamentaires, avec Tarehevèque de Sens, Tabbé de Saint-Denis, Gui de Châtitlon, comte de Saint-Pot, et quelques autres. La mort de la reine, qui eut lieu dans la même année, fut un malheur, non-seulement pour £nguerrand de Marigny, mais pour le royaume, car Jeanne de France protégeait les arts, les lettres, et son testament contient des legs rujrabreux destinés à la créatiou de collèges et à rétablissement de cbaires de grammaire, de logique, de philosophie et de théologie*. La place qu occupait dans ce testament Enguerrand de Marigny prouve que , dès 1304, il marchait Tégal des personnages les plus considérables de la cour. Quatre ans plus tard, il achetait du comte Gaucher de (.liàtillon. connétable de France, la terre de Cbamprond dans Te Perche, qu*il cédait, deux ans après, au comte de Valois, en échange de la cliàtellenie de Gaillefontaine,en Normandie. Dans l'acte do \ ente de cette terre , Gaucher de Châtillon appelait Ënguerrand de Marigny « son cher ami, ■ et il donnait la même qualification au roi Phi-

* Ce testament le trouve an Archivée de la Coin det Comptes : MéHoriam de ia Clumèrt 4a CompUs (maroquin tooge), mars 1804. p. 161.

E.M.UEiiaAiSD DE MARIGNY.

lippe le Bel et aa comte de Valois*. En même temps,

Ënguerrand de Marigny se créait des appuis dévoués, en faisant donner à des membres de sa famille des {positions élevées. GrAce à son crédit, Tatné des quatre lils que son père avait eus d'un second mariage, Philippe de Marigny, avait d'abord obtenu une eharge de secrétaire du roi en 1301, puis Févèché de Cambrai. Quand, en 1301). l'archevêché de Sens vint à vaquer, Pbilippe le Bel écrivit lui-même plusieurs fois à Clément V pour le prier de ne disposer de ce siège qu'en faveur de Philippe de Marigny ^ Celui-ci y fut en effet nommé, et il ne seconda que trop bien ,1a cupidité de Pbilippe le Bel dans le procès des templiers. Un second frère du chambellan du roi , Jean de Marigny, fut nommé d'abord chantre de l'église Notre-Dame de Paris. Appelé, vers 1312, à l'évéché de Beauvais, il parvint, dans la suite, aux postes les plus importants'. Deux autres frères vivaient, à ce qu'il semble, dans leurs terres; du moins n'occupèrent-ils jamais de hautes fonctions, soit à la cour, soit dans les provinces. Enguerraîid de Marigny passait pour avoir, au commencement de sa faveur, désigné et fait accepter tin de ses parents, de Tordre des Jacobins, Nicolas de Freauviile, comme confesseur du roi. Pi oUlant de son

* Histoire des ministres é^ÉCat, par le baron d*Auteuil« p. â06. « Gallta Christiana, t. XII, p. 70,

• fbid.f t. IX, p, 760, et, cl-dcvant, p. 10, note 2.

* EiNGUERRAND DE MARIGNY.

kliluénee anprès de Qénient V, il fit, depuis, nommer cardinal Nicolas de Freauville, qui devint, dans la suite, légat à la cour de France ^ Resté veuf, jeune encore, de sa première* femme ,

Jeanne de Saint-Martin, de laquelle il avait eu trois enfants, Louis, Mariç et Isabelle, Ënguerrand de Marigny épousa, peu de temps après, au fatte de sa puissance et des honneurs, Alips de Mons, qui lui apporta sans doute de grands biens et lui donna aussi trois enfants^ On a vu quel service il avait rendu à Robert de Tancarville et !a chaleur avec laquelle il l'asail soutenu dans sa querelle avec le sire d'Uarcourt, au sujet de ce

* Histoire des ministres d'État, etc., p. 508.

■ Histoire de la maison ro[io!r de France, etc., par le P. Anaelnie. Édition de 1712, U 11, p. 1 2 4 3. Le Père Anselme parle d'un troisième mariage d'Engnerrand de Marigny, mais je n*en trouve la trace dans aneoQ écrivain contemporain. Suivant lui, la seconde femme d'Enguerrand aurait été Hawide, mentionnée, en effet, dans la donation à lui faite, par le roi, du comté de Longuevillc; et la troislène AUpt de Mena. Mais je pense qu'il y a eu erreur de copiste. Co qui fait croire, en effet, que la seconde femme d'Enguerrand fut Alips de Hons, et qu'il ne se maria pas une troisième fois , c'est qu'une de ses Olles, issue du seeond Ut, s'appelait Alips. Par ces divers mo* tifs, la question ne semble ^pas douteuie; elle n*a d'aUleurt qu'une- Importance secondaire. Ënguerrand de Harigny ont :

Dê ta première fèuiim:

Louis, seigneur de Harigny» llainneville, Boisrager, marié à Ro* : berte de Beaumeti, en Artois i Marie de Marigpy, religteuse à Manbnlsioa ;

ENGDKiRAND OË MARIGNY. *

moulin dont ils se disputaient la possession. Robert de Tancarvilleétaitmort vers 1302, laissant un fils d'un âge peu avancé. A peine celui-ci eut-il dépassé sept ans, que sa mère et Enguerrand de Marigay s'entendirent pour le marier à Isabelle de Marigny, qui avait à peu près le même âge. Préalablement, une enquête complaisante dut constater que Robert de Tancarville et Isabelle de Marigny étaient capables de malice {doli capaces), £n r^le avec la loi, les parents firent le mariage à Rouen, le 23 octobre 1309, dans la maison de k dume de Tancarville. Possesseur, à cette époque, tout du moins porte à le croire, d'une des plus grandes fortunes du royaume, Enguerrand de Marigny donna pour doi à sa fdle mille livres de rente, garanties par des propriétés situées dans le pays de Gaux, et une somme de douze mille livres payables dans l'espace de deux ans. Un article du contrai ^^lipulait que la dame de Tancarville et

Enguerrand de Marigny « feroient faire les espousailles de leurs devant dits fils et fille, à la requeste de

Tune des parties, sans nul délay, ne autre conseil de

Isabelle de Marigny, mariée, en 1S09, à Guillaume de Tancarville, et plus tard, en secondes noces, à Hugues, seigneur d'Âu&y. sa srco?ide femme :

Raoul de Mari^^ny, nommé, avec ses frères et sœurs, dans le testament de Louis le Hutin;

Tbouras de Marigny, seigneur de Dampierrc, en Ponthiea ;

AUps de Marigny, remme de Pierre, aeigoeor de Fécamp, cbevalier .

- ENGUERRAND DE MARIGNY

éi

nul de leurs amis, ne autre excusation trouver'. i» Dans

la même année, Enguerrand de Marigny maria son fils aîné Louis à Roberte de Beaumetz, protégée de la comtesse d*Ârtots et de Bourgogne ^

Evaluée comparât ivcmenl à la valeur actuelle de l'argent, la dot donnée par Enguerrand de Marigny à sa fille Isabelle représenterait une rente annuelle d*environ cent cinquante mille francs. Comme il avait six enfants, sa fortune pouvait doue s'élever à plus de quarante millions. Il suffît, d'ailleurs, de lire les actes, arrivés jusqu'à nous, des cessions de biens et privilèges faites par Philippe le hoï à Enguerrand de Marigny, ainsi que des achats effectués par ce dernier avec ses propres fonds, pour être convaincu que cette fortune devait être prodigieuse, immense. Ces pièces sont au nombre de près de deux cents ^. Le premier acte d'àebat fait par Enguerrand de Marigny remonte à Tannée 1302. A partir de 130a, les libéralités de Philippe le

1 HitMre dut ehâUm «I de» Jirto» dê TOÊùonUUt par A. De- Tille, p. 146 et SSa, et toiT* — Charte de Philippe le Bel, portant oonflraiatieii de Taocofd de mariage entre Galllaame de Tanearville et iMbelle de Marigny, dn 11 novembre 1309. (Yotr Pièeesjuttifi' eaHm, jfi 2).

* Aroblves de l*Emplre. IVâor des CkarUs, reg. 41, n^ 100. . TMié de Mariage entre Loule, ÛU ainé d*Enguerrand de Marigny, et demolielte de Biaomet» en présence de Mahaut, comteaie d*Artoia et de Bourgogne.

* Voir Pièee$ fusi^icaHm, n« 8.

4i ^aUBRRANO OB lURlIMY.

Bel à son égard devifinoeni de plui en plus signifiée^ • tives« Les années i30B, 1310, 1312, 1313 furent sar-

toutdes plus fructueuses pour lui Tantôt le roi dorme à Enguerrand de Marigny des droits de coutume, de chasse, d^affouage dans ses forêts, des rentes perpétuelles ou viagères', tantôt il lui l;ul don de prés, de terres, de bois, de ûefs et de cbÀtelienies. L'année l'àfM fut particulièrement abondante en libéralités de ee genre, car elles furent l'objet de vingt actes au then tiques j Tannée 1313 en compta encore onze. Tout à coup la main du roi se ferme, et, bien qu'il ait vécu jusqu'au mois de novembre de ranuée suivante, nul document n'indique une trace de faveur ou de largesse accordée pendant le cours de cette année au favori, encore tout-puissant en apparence. En même temps d uilleurs qu'il recevait ainsi prés, bois, renies et privilèges de toutes sortes , Enguerrand de Marigny ne laissait échappe? aucune occasion d'acheter de ses derniers, soit en Normandie, soit à Paris, les terres et maisons qu li ne pouvait parvenir à se faire donner par

* La plupart des donatiosa du rot contiennent les formules suivantei oa d'autres analogues 2 « Attendus les aggréables services que n nostreaméetféal Engueran de Mareigny, seigneur de llainneTïlIe, « chevalier et nostra ebaoUwltan, nous a faiz moult de fois et encore « fait tonsleajoara..., «te. » — - Considéraot lea agirrcables services

• de familiarités nostra amé et féal Engueraade Marcignl» aai- « gneur de Mainneville, chevalier et chambellan, nonaafall hngoe-

• ment et tait toua las )onra lolanoMBt et sageoNiit.., »

ENGUERRAND Dfi MAMBMT.

le roi. Il poBBédait dans cette dernière ville, à prdtimité du Loavre, une habitation qu'il agrandissait et

embellissait à Tenvi. £n 1306, il acheta dans co double but, pour le prix de cinq mille cinq cents livres, une maison située ruedesFosséft&int^rmain-rAuxerrois, moyennant une rente au cliai>itre de Saint-Germain. Un autre acte de la même année constate qu'Ënguerrand de Marigny fit Tacquisition d'une maison à plusieurs étaees « sise à Paris, rue d'Ostoriche, à l'oppositc du Louvre, tenaut d'une part à lostel ou manoir de madame Blanche, et d*autre part à une place qui s*estend par derrière jusqu'à la rue des Poulies, » k charore par lui de payer une rente de vingt-ucui livres quinze sous parisis, prix de la censive due par cette maison aux chapitres de Saint-Denis et SaintrGermain, près Char« très. Enûn, dans les derniers jours de 1308, Michel de Bourdenay, clerc du roi, et sa femme, vendirent à Engoerrand de Marigny, moyennant cent sols de rente, payahltis au chapitre de Saint-ftermain, une maison située également rue des Poulies^.

Le favori de Philippe le Bel possédait donc près

' Areblm de l'Empire, letirêt wiginakê et Fldimt» eoneer^ nani Mnguerrund de Marif/nif; Trésor des Chartes, registres et eariont divers (Voir Pièces fnallfleaiUfei, b* i). -~ Bibliothèque Impériale; Hss., n* 175. Charité de Pmppê le Bel, cartolalre tii-4 sor parehemin, ti* US. Cariulairê d^gnguerrmid de MarifHpt iR-4 SOT papier. Ce dernier cartolalre oontleot les mêmes matières que le Uss. n* 17 dont 11 est la copie.

u ENGUERIIAND DE MARIGNY.

du Louvre un hôtel et des terrains considérables. Goadjuteur et gouverneur principal du royaume de France, c'est la qualification que lui donnent les Grandes Chroniques de SaitU-Denû^ ^ il avait fait construire pour son maître, sur les bords de la Seine, un palais dont les contemporains admiraient la beauté et auquel ils ne trouvaient rien à comparer. Nul doute que son habitation privée n'éclipsât celle des princes et de tous les grands officiers de la couronne. La fondation à Ëcouis« en Normandie, d'une collégiale célèbre augmenta encore, dans la contrée et à la cour, Tinfluence d'Enguerrand de Marigny. Cette fondation lui fut-elle inspirée par une foi vive et sincère? I^'eutil pas plutôt pour but de donner une idée plus grande de son crédit, de ses richesses, et d^en laisser à la postérité une trace qui ne pourrait qu'ajouter à la considération de sa famille? La dédicace de l'église de Notre- Dame d*Écouis se fit, dans tous les cas, avec une solennité vraiment royale. \jd légat du pape, Nicolas de I^ reau ville, y présida aiik milieu d'un concours immense. Il était assisté de deux archevêques et de onze évèques, parmi lesquels figuraient Pliili|tpe de Marigny, archevêque de Sens, et Jean de Marigny, évêque de Beauvais ^. Jamais peut-être U n'avait été donné i un

* L^s Gramfef CAronigicef , etc.; t. T, p. J 9j>.

* Histoire da mtnistru d^Éiat, ete.« preuTes. Balte du pape Clément y}f tir^ j|eji»rehiTe8 d'Écouis, p. fi&2.

EN6UERRAND DB MABIGNY. 45

hamme qui ne faisait pas partie de la famille du roi de

jouir d'un pareil triomphe, de voir tant d'autorité et de puissance attachées à son nom, tant do personnages considérables heureux et flattés d'ajouter par leur présence à réclat d'une pareille cérémonie.

C'était l'époque de la grande faveur d'Ënguerrand de Marigny. Philippe le Bel voulut aussi oontribuw par ses largesses à la prospérité et à la grandeur de la collégiale d Ecouis, et il lui fit, de HMO à 1312, des dons nombreux de terres, de rentes et de privilèges. Grâce à cette fondation et à Tinstitution de plusieurs foires et marchés, ic boni g J'J^couis avait acquis, en peu d'années, une heureuse importance. Des lettres royales du mois de mars 1313 couronnèrent toutes ces fiiveurs en décidant qu'il serait établi à Ëcouis une nouvelle foire où l'on vendrait des draps, des pelleteries et toutes sortes de denrées sur lesquels Enguerrand de Marigny et ses successeurs percevraient les droits accoutumés. En môme temps, Philippe le i>ul autorisait les oiliciers de son premier ministre à faire tous les règlements de police que comporterait rétablissement de la grande ioire d'Écouis, et il ordonnait aux oiliciers royaux d'avoir foi, comme aux. siens propres, aux sceaui^ de son chambellan. Ënfin, pour que le commerce d'Écouis ne fût pas entravé par la rivalité des négociants de Rouen, Enguerrand de Marigny obtint de la communauté de cette ville une délibération portant

EMGUfiRRAMD DE HARiGNY

que les droits dus pour le passage sous le pont de Rouen par les bateaux de marchandises allant à Écouis

ou en revenant, seraient ûxés d après la déclaration des conducteurs.

D'un autre côté, Ënguerrand de Marigny ne Régulé rien pour donner à la eollégiale d'Ëcou» une organisation qui en assurât la durée. Douze chanoines aéculien» et douze elercs, nommés par lui, y furent atia* ohés pour le service divin. Le fondateur de la nouvelle collégiale avait d'ailleurs pris des précautions sévères pour prévenir les relâchements de la règle et les incon* vénients qui en résultaienl. D'après un article de la charte tic ioiidalion, le doyen de la collégiale était en droit K de reprendre les chanoines sur les vices d'incontinence, gourmandise, ivresse, jeux de déa, querelles et autres qui pouvaieiiL iaii e du scandale. » Si les chanoines ne se corrigeaient pas, le doyen devait leur supprimer d*abord les gros fruits de leur» prébende* pour un an, puis les distributions quotidiennes, puis enfin les prébendes ordinaires. Ln autre article interdisait aux chanoines d'avoir des femmes à demeure dans leurs maisons, fussent-elles leurs proches parentes. Désireuxde conserver à toujours, dans sa famille, riniluence principale daOs la collégiale qu'il fondait ^ Ënguerrand de Marigny réserva expressément, tant pour lui que pour ses héritiers, le droit exclusif de conférer les béaéilees, ^gnités, offices et vicairie qui vien^

EaNGUERRÀND DE MARIGNY. 47

draieni à Taquer dans Téglise d'Ëcouis. Il décida, eo outre, pour mieux imprimer à cette fondation le cachet

de sa personnalité, qu'un chanuiue de cette église le suivrait partout en qualité d'aumônier, et qu'après sa mort, celui de ses héritiers à qui la seigneurie d^Écouis

tomberail tiu partage auiaiL droit à la même prérogative %

< BlblioUièqDe Imp. Mit. CarMain dPEngu/mmi à$ MaH^uff; â b dÉM Indlqfée (Yotr Pîècei Jmi^^eùHva, il* S).

CHAPlïftE V

Enguerrand de Harigny envoyé pluslenn fois auprès du eomte de Flandre avec des pouvoirs extraordinaires. — Discours qu'il prononce à Tournay, en 1311, devant les députés des communes flamandes.— Récriminations du comte de Flandre et de son fils contre Philippe le Bel et Enguerrand de Marigny . — Celui-ci intervient entre des bourgeois de Douai dans une question de répartition d'impôts.— Philippe le Bel fait prisonniers les enfants de Louis de Nevers, flls du comte de Flandre. — Louis de Nevors accourt à Paris, est jeté dans un cachot, et réclame vainement le gage de bataille contre fingnerland de Marigny. — Philippe le Bel approuve une donation faite antérieurement par Louis de Nevers au fils d'Enguerrand de Marigny. # — Le eomte de FI;iii(]re cède au roi, de guerre lasse, plusieurs châtcllenies importantes. — Louis de Nevers s'étanl évad'' rst déchu de tous ses droits à l'héritage du comte de Flandre. — Ses invectives contre Enguerrand de Marigny et Guillaume de Nogaret. — Nouvelles exigences de Philippe le Bel..— Il se prépare i la guerre contre le comte de Flandre.

Nous rencontrons enfin des traces certaines de la participation d'Ënguerrand de Marigny aux grandes affaires du royaume. De 1307 à 1314, Philippe le Bel le députa plusieurs lois eu Flandre pour y défendre la politique et les intérêts français. Les guerres de la Flandre et de la France n'ont fait yerser que trop de

ENGUERRAND DE M ARIGNY.

saDg'sur le territoire des deux pays et sont suilisamment connues. La plupart des historiens français en rejettent le tort sur la turbulence et la versatilité des communes ilamaudes-, plus justes, quelques-uns d'en* tre eux ont la bonne foi de reconnaître, avec les chroniqueurs et historiens flamands, que la jalousie et Tam- Lition des rois de France furent la cause principale de ces luttes qui durèrent plusieurs siècles. La perfidie de Philippe le Bel à l'égard des Flamands est surtout notoire. A plusieurs reprises, il aUire à Paris le comte de Flandre et ses enfants, les retient prisonniers, leur impose des traités léonins. Dans d'autres circonstances, il refuse de raliiier les engagements pris avec les Tlamands, tantôt par le comte de Valois, laiilùt par Knguerrand de Marigny. Quand la bataille de Mons-en-Pevèlo eut vengé les armes françaises du sanglant échec qu'elles avaient reçu à Courtray, Philippe le 1kl lit avec le comte de Flandre une paix avantageuse pour la France; malheureusement, cette paix, conclue à grand'peine en 1305, donna heu à des débats orageux, interminables y qui devaient aboutir à de nouvelles guerres. Deux ans après, Enguerrand de Marigny et le comte d'Évrcux, fi cre du roi, arrivaient à Tournay, accompagnés d'une suite nombreuse, pour réinstaller le gouverneur de la ville, Jean de Vierzon, qu'une sédition avait sans doute dépouillé de Tautorité qu*il exerçait. Déjà Enguerrand de Marigny se présentait aux

50 ëNGUÊRRâND de MARlGiNV.

populations comme cofidjuteur du roi*. Bientôt le frailé de paix 'de 1305 suscita des diiticuUes iiiilnics* Un chronMpieiir flatnAtid fMotite d'ailleuin qu'«U«i ve^ fHdMit eetté fols de ses cottipttrioles qui, trouviitit \» traité trop onéreux, mettaient tout en œuvre pour se dispenser de payer uné rente de vingt mille ïi^ Yres et de remplir diverM ohligattons qu'ils evaietit acceptées*. Sur ces entrefaites, Ënguerfand de Ma* rigny revint à Tournay avec des pouvoi» entraor» dinaires. Il était, dit an contemporain flamand ^ Comme le roi lui-même, celui-ci lui ayant délégué sa toute- puissance. Les ccbevins de la ville allèrent à sa rencontre, n vint à eus précédé de sergents d*ar» mes, avec le cortège ordinaire du roi ou des princes du sang. Gauthier de Cbàtillon, connétable de France, Pierre de Galart, grand maître des arbalétriers, Jean de Griea, maréclial de fVance, Harpin d'Erqueries, Guillaume de Nogaret, chancelier de France, et Raoul de Preste, célèbre légiste, marchaient é ses e6tés» Usant du pouvoir qui hii élait ooofiéré, il exerçai! le droit de grâce et de justice, rappelait les exilés et les bannis» l« comte de Flandre et le comte de Hainaut étaient alors en guerre ; mais une trêve avait suspendu les hostilités. Enguerrand de Mariguy intervint d abord

• Histoire de Flandre, par M. KfTvin de Letteohove; U 1H« p. as, d'après la chronique de G. Li Muiais.

* Annales de t Landre^ pair Pierre Oadegherst, eb«p. cxum.

LiNGUliURANt) DE MARIGNY.

entM mx en médilteUf » N'ayant pu les mettre d*accord, il réussit du moins ù prolonger la Irève dont 1 expiration était prochaine', Dana une aaaemblée compo** aée de députéa dei eommunea flAmandes, qui ent lien à Touruay uu mois d octobre 1311^ Enguerrand de Marigny plaida la caute de aon maître avec une grande habileté. Il fit d'abord remarquer que le roi de France

était le seigneur et suïerain des Flnmiinds, de sorte ([ikî si un pauvre homme de Flandre se plaignait d une injustice du comte^ le roi pourrait forcer celui-ci^ même par les armes^ à faire justice, comme il y contraindrait au besoin son propre iils, le roi de Navarre. « ^ue Ton ne pense donc point, ajoutait Ëngueitand de Marigny, que ce soit par inimitié contre les bonnes gens de Flandre que le roi poursuit le comte de Flandre et soa fils ; qu'on ne croie pas qiie le roi puisse manquer de bonne foi et revenir sur les injures qu'il a pardonnées. Les bonnes gens de Flandre ont toujours voulu la paii; le comte seul ne Ta point observée loyalement, commé il y était tenu. Il faut en 6otre que les bonnes gens de Flandre sachent bien comment nul été puuis les vassaux rebelles au roi leur seigneur, entre autres le due de Ndrmândie qui était plus puissant qile le comte de Flandre, et le comte de Toulouse qui a

I Archives de rBmplre, !• Ils* — MfSs ét PhiUppe la Bel, do la août 1811.

ËNGUERRANÛ DE MâRIGNY.

perdu ses Élats. Le comte de Flandre et ses devanciers ■ ont mérité le mémo chàtimeot, et les bonnes gens du pays doivent bien se souvenir qu'ils ont payé leurs folies. En eiïet, les princes ne cherchent qu'à récupérer leurs terres et leurs honneurs. Les bourgeois, au contraire, perdent leurs biens et payent tous les frais de la guerre ; le reste du peuple est justicié , pendu, ^ traîné sur la claie et torturé, comme on en voit un exemple dans la paix actuelle, qui fera sortir trois mille personnes de Bruges, si le roi ne leur fait grâce^.n Il était difficile de prêcher Tinsurrection avec plus d'éloquence et de la provoquer par des raisons plus spécieuses. En même temps, Enguerrand de Marigny cita le comte lie l iantli e, Robert de Béthune, et son fils aîné, Louis de Nevers, devant rassemblée pour y exposer les raisons du désaccord qu'ils prétendaient exister entre eux et Philippe le Bel, au sujet de Texécution des traités avec la France. Ceux-ci acceptèrent le défi et se rendirent à Toumay. Ambitieux, violent, dissolu, Louis de Nevers haïssait profondément Philippe le Bel, auquel il ne pouvait pardonner de s'être emparé du revenu des comtés de Nevers et de Rethel , sous prétexte de rinexécution des traités de 1305 et de 1309. La discussion lut vive et pasbiounée. Les détails de ce

* Histoire de Flandre, etc., t. III, p. 44 i loc. ci^. — D'après le procès-verhal officiel de l'assemblée de Tournay.

£NGUËRRAND DE MÂRIGNY

débat, qui eut lieu le 15 octobre 1311, ont été conservés dans un procès-verbal récemment découvert^ ils méritent d*étre rapidement résumés.

« Sire coQUe, dit Enguerrand de Marigny à Hobert de Béthune, ni vous ni votre ûls ne devriez vous plaindre du roi de France et donner occasion au peuple de croire qu'il a des torts envers vous , car vous, comme tous les autres, ne pouvez dire de lui que du bien* 11 vous a fait tant de grâces que vous devriez en être reconnaissants; et cependant vous vous méfiez de lui. N'a-t-il pas tenu dans ses prisons votre père, vous et ses autres euluiib? Leur vie et la vôtre étaient à sa disposition^ car vous aviez forfait de corps et d^avoir. Quelle vengeance en at-il tirée? Plein de miséricorde et de boulé, non-seulement il a résisté au désir de réunir la Flandre à son domaine (ce que tant d*autres â sa place eussent fait), mais il vous a rendu la liberté, vous a reçu à foi et hommage et vous a rétabli dans votre comté par pure faveur, bien que vous n*y eussiez aucun droit. Je m*étonne donc qu'ayant trouvé dans ce prince tant de courtoisie, et ayant eu si peu de contentement de ceux du Hainaut, vous vous teniez encore en défiance contre celui qui vous a lait spontanément et de son plein gré une si grande faveur. »

Le comte de Flandre et le comte de Nevers taxèrent ces reproches d'ingratitude et d^injustice. — « Il n'est pas vrai, dit le premier, que j'aie étc mis dans les pri-

sens du roi de France loyalement et pour avoir conspiré, n « lies paroles qua voua avea prononcées, poursuivit avec violence le comte de Nevers, ne sont

pas du cûniiiiandement et de la conscience du roi, et si ce n'était par amour pour lui, je vom& répondrais autre* ment. » -r- De son côté, Ënguerrand de Marigny pro»

iesU qu'il n'avait dit que la vérité, et il prouva, par 1^^ lepture de lettres sceUé^i, que le comte de {devers avait engagé envers le ro!, au siijet de reaiéctttîan des traités, son comté de Nevers. — » « Ces lettres n'ont pas été enregistrées, s écria Louis de devers. » Quelques assistanta ayant dit que, quelque dures qu'eUes ftissent, les Fia* raands devaient sulnr les eendilions de la paix, Ënguerrand de Marigny fit observer que ces conditions a taient pas dures, mais débonnaires et gracieuses, relatif vement aux méfaits des Flamands, et il répéta que Isa paroles qu'il avait prononcées étaient rexpressiuu e^^ctQ de U volonté du roi \ On ae sépara sana avoir pu a^enteudre. E;n quittant

Tournay> Enguerrand do Marigny et ceux que le roi lui avait adjoints se rendirent à iille et à Douai, bourgeois de cette dernière ville étaient an discusaioa au si^t d'une répartition d'impûta^ Cm qui avaient

* Histoire 4e Flondre^ fie. ; loc* cit, t. III, p. 667 ; pièces justi^ Natives : a PrûC4^s-verbal de rasscnililée de louriiay, du 15 octo bre 1311. » — Ce procèà-vcrbat a ♦■[«' evidcnimeiil rédigé sottt Tia-' flueDCi» d'KagafriaBd do ^Jarigay «t ^ un lea iseaUu

fximbattii pendant les dernièrei ionéei iOQS \m banmè*

res de Philippe le Bel prétendaient n'avoir rien à payer pour racquittomentdesdeUdaque la vill^avaitcontrao* téw, D*autre part, les bourgeois qpi ne ravaient pas quittée, ne voulaient pas supporter à eux seuls toutes ces dattes. Appelé A mettre d'acoord les deui^ partis, £a« fuerrand de M arigny donna, comme on devait s'y atten^

dr(\ raison à ceux qui uvaienLpris les urines pour Philippe

le tiûl M>e son c6té, Louis de I*ievera, craignant» après ce qui venait do se passer à Toumay, que ses enfants qq

fussent plus en si^rete dans le comté de Nevers, ordonna à ses gens de les lui fmnener, 11 a^iprit bientôt qu'à peine sortis du Nivernais, ils avaient été, snr Tordre du roi 4e France, enlevés ei enfermés dans le château de De« ci^e. Indigné de cette trahison, hors de lui, s'attendant é tout de la perfidie de Philippe le 3^1, redou» tant plus rien, après la perte de ses enfants, Louis de Nevers accourut à Paris pour les redeniaiider. Fidèle à «ei habitude, Philippe te Bel commença par le faire jetv eii prison, lui intente un procès et défendit exprès*» sèment qu'on lui laissât voir ou consulter ses anns. Traduit seul, s<ms deienseur, devant le parlement,

LfHiis d9 Nevers protesta contre les violences dont lui

> ArehiVM de llmpln, Resl^tte ùn Trésor des chwtM, XLVIj pièce 130. Cet «ete^ que Je croii Inédit, est daté de UUe, du milled de décembre Ul I. li conUcDl, en outre, qnelques dlsposItlontieUtif es aax francblses mu»|cipal«i de la f lUe de Ossii.

ENGUËRRAiND DE MABiGNY.

et les siens éLaiciit Tobjet, et se borna à réclamer le gage de bataille. « Je consens, dit-il, à ce qu'on désigne un accusateur* Le duel décidera entre nous, car c'est la coutume des hommes d'un raniï semblable au mieii de répondre ainsi à leurs cniiemià. » Ce déli ne pouvait en aucune manière être relevé, car Philippe le Bel avait rendu plusieurs ordonnances pour interdire les duels privés et les tournois. Enguerrand de Marigny et Guillaume de Nogaret, qui avaient] la conduite principal» des afiTaires de Flandre, se bornèrent à répondre que, puisque le comte de Nevers n'était pas en mesure de se disculper , ils lui accordaient jusqu'aux premiers jours d*octobre pour préparer sa défense. Le comte devait, en attendant, être renferme au château de Moret. Mais cette prison parut trop douce, et on le Jeta au fond d'un cachot immonde du château de Montlhéry

Ces odieux Iraitements portèrent les fruits que Philippe le Bel en attendait. Vaincu, dompté, l'illustre prisonnier demanda grâce sans pouvoir Tobtenir. Par lettres du mois de février 13iO, Louis de iSevers, reconnaissant, disait-il, du soin qu' Enguerrand de Marigny avait pris de ses intérêts tout en sauvegardant ceux du roi, avait fait don perpétuel et sans condition à Louis, ûlsd'ËDguerrand, de la seigneurie deCk>uldrai9

' Histoire de Flandre, etc. ; loc, cit. , p. 45.

ËKGUERRAND DE MAHIGNY

située près de Boniiy-sur-Loire, de toutes ses dépendances, avec les droits de haute et basse justice et deux cents livres de rente qui y étaient attachées ^ Philippe le Uel approuva cette donation par lettres du mois d'avril 1312^ mais Louis de Nevers resta captif. Peu de temps après, Enguerrand de Marigny amena le vieux comte de Flandre à signer, le 1 i juillet 1312, à Pontoise, un Iruile par lequel il s'obligeait à livrer au roi de France, au lieu de dix mille livres de rentes qu'il lui devait encore, les villes et châtellenîes de Lille, de Douai et de Béthune. Le comte de Flandre résista longtemps avant de consentir à l'abandon de ces trois villes. Vainement Enguerrand de Marigny lui promettait-il que cette cession serait nominale et que le roi de France, satisfait d'une formalité de pure déférence, les lui rendrait immédiatement. Il fallut que le cbambeUan de Philippe le Bel s'engageât à ne pas remettre à ce prince la ratification du traité de Pontoise avant d'avoir reçu des lettres royales annulant la cession des trois villes et de leurs territoires. Sans confiance dans ces protestations, le chancelier de Flandre refusa de signer le traité du il juillet et jeta le sceau par terre. Suivant lui, le comte de Flandre n*avait pas le droit de renoncer à ses domaines héréditaires. Ua serviteur plus corn-

* Archives de l'Empire. Tréaor des chartes, registre XLVIII. Je crois celte pièce inédite. Elle n'est pas mentionnée par M. ikerv}a de Lettenbove, clan» son Hh&toire de Flandre,

pliisftiit réleva le sceau de Flandre et KoHa le traM ^

Sur ces entrefaites, Louis de Nevers était parvenu à s'évader. Sommé de comparaître et étant refusé, U (at déclaré déchu de toua «ea droiU au comté de Nevera

et à l'héritage du coniie du t iaiulre par un arrêt de la Chambre du roi, que compo^ient Ënguerra»d de Ma-> rigny, GuiUaume de Nogaret, Pierre d'bsy et quelquea autres conseillers royaux. Les réclamations cle Louis de Hevers contre cet arrôt émurent la Flandre. Dans une assemblée de nobles et de bourgeois qui eut lieu à Gand le jour de Pâques de Vannée 1313, il protesta en termes énergiques coiitre la tyraïuue de Philippe le Bel. Après

avoir dit qu'il n'avait pas été jugé par ses pair^i ouus par la Chambre du roi, et que la plupart de ses juges

voulaient s'emparer de ses dépouilles, Louis de Nevers

^oula i\ Doit^n reconnaître W pouvoir de juger qui que ce soit i des hommes fameux par leur origine

'ignominieuse, leurs infamies et leurs crimes? Je d-» ^rai entre autres Enguerraud de Uarigny et Guil« laume de Nogaret, M'est-il pai connu de tous que, semblable à un habile magicien, Enguerrand de Ma* rigny, fait faire au r04 tout ce qu'il lui CQUseille, que

cela soit bien ou mal, sans que les personnes les plua élevées et les plus seg^a oiant présentar la moindi^

M. Ker?yn de Lettentoe, t« III, p. 4S f

ob^rvation? QuMii i Guillaume de Nogaret, tout le looiida «il qoe m anei^tros ont péri àam les flammei pour oftuse d'héréiie, et que, digne rejeton d^une tcllo famille, il a osé s*aitaquer d'une maiu saerilége à riup. t^ité et à le vie du tr軫dQi pepe ûonifiiee VIU, de Imnne mémoire ^ » On apprit bientôt que de nouveaux

sujets de querelle s'étaient élevés entre le comte de Flandre et f^hilippe le Bel. Celui-ci exigeait que Robert de Béthune iui rendit Vhommage, qu*il fit abattre plusieurs forteresses, et qu'il lui remit, en signe de vassalité, cinq cents hommes d armes. On avait même entendu dire au roi que le comte de Flandre < avoit jà tant mesfait, que la paix entre eux seroit impossible s'il ne s'amendoit du tout au tout. » De son côté, Robert de Béthune répondait que le serment de fidélité qu'avaient prêté ses aïeux avait toujours compris les trois cbà* tellenies de Béthune. de Lille et de Douai, dépendant du comté de Flandre, et qu'il ne prêterait pas d'autre serment qu'eux. Bref, il annonça hautement qu'il ne céderait point aux injonctions de Philippe le

* Acte d'appel de Louis de Nevers, du 14 avril i ; i (Archives de Rupelmonde) cile {)ar M. Kervyn de Lettcnhove, Htstuïre de Flandre, U III, p. £>83, Pièces justificatives. Yuici le passage relatif à Enguerrand de Marigny : « Cum dictua Inghciramus ab omnibus publicc pro quodam magico incantore tenealur; in lanliiui quod, prout evidcnter manifestum est, dictum regcm quorsuoi vult, sic art fas vel ad nefas trahit et seducit, nemlne cujuscumque status, vel auctoriUU» scu disQitaUs fuerit^ auUente vel volente refragari. »

ËNGUERRAND DE MARIGNY.

Bel, et l'on remarqua coLnrnc une chose très-bardîe qu il eût osé dire en présence d'Ënguerrand de Marigny, « que le roi éioit mal conseillé, qui telle demande lay faisoit » La reprise des hostilités était donc considérée comme imminente ^ aussi les deux gouvernements se préparaient de nouveau à la guerre a?ec plus d'ardeur que jamais.

^ Bislotre de Flandre, etc., Loc, cit», t. 1U| p. 68.

CHAPilKE VI

SofoeniDd de Marigny va en ^Angletene pour tMlster an couronnement du roi Ëdoaard II. — Cinq ans après, celui-ci le maode dans son royaume pour le cou lier et lui ac( ordu une pension annuelle de mille livres tournois. — Lettres à ce i>ujet. — Service rendu à Ëdonard II par Enguerrand de Marigny. — Nouv^ guerre entre la France et la Flandre. —Philippe le Bel réonit povr U première fais les États généraai. — Leur composition. —Bis* cours prononcé devant eux par Enguerrand de Marigny pour obtenir des subsides. — Les Ëtats votent lo.s impôts qui leur sont demandés. — Impopularit»i extrême et mauvais effet de ces impôts. — Départ des troupes puur la Flandre. — Traité de paix attribué à l'influence d'Ëaguerrand de Marigny. — Mécuuteutenieul des troupes et de laAoblesse. — Accusations de yénalité adressées à ce sujet à Bnguerrand de Marigny. — Mesnces adoptées en 1814 pour le rétablissement des monnaies. — Appréciation de Tautorité, de l'influence et de la ilchesse d'finguerrand de Harigny A cette époque.

Les aU'iurcs de l'iaudrc n'absorbaient pas d'ailleurs toute l'activité d Enguerrand de Marigny. Le mariage impolilique de la Me de Philippe le Bel avec Edouard 11, roi d'Angleterre, auquel elle apporta la Gayenne en dot, avait, il est vrai, assoupi momentanément les ferments de rivalité qui existaient de longue date entre les deux pays-, néanmoins) le règne orageux d'Édouard II, les

02 ENGUEHRAN0 DE MARIGNY.

difficultés sans cesse renaissantes que son impéritie lai suscitait préoccupaient Philippe le Bel. Eu un mot, les relations entre les deux gouvernements étaient sinon affectueuses et sincèrement amicales, du moins régulières et suivies. Dans les intervalles de ses voyages en Flandre, à Écouis et dans les autres parties du royaume, soit à la suite du roi, soit par ses ordres, Enguerrand de Marigny lut plusieurs lois envoyé en Angleterre. £a 1308, Philippe le Bel lô chargea d'assister, avec le comte de Valois, son frère, et Guy, comte de Satnt-Pol, au couronnement du roi d'Angleterre, à qui il adressa à cette occasion la lettre suivante :

« Philippe) par la grâce de Dieu, roy de France, à haut et puissant prince, nôstre très ckier, amé et féal fil, Eduvart, par céte mesme grâce roy d'Ëngleterre, salut et avesques bonne amouri accroissement de tous biens et hotieuta»

« Très chîer fîz, nous envoiutiS vers vous lîostre très chier frère, GbarleS) conte de Yaloys» et nos amez et féalz Guy, conte de Sainct-pol, et Ângarran de Marre** gny, nostre chevalier et chamberlan, pour vostre couronnement, et de nostre très chière et amée Me, Ysabel, royni» d'fingleterre, tostre fèiiie»

« Aux quieux nous avons chargiée et ouverte toute tiostre intention d'aucunes choses qui grandement touchent nostre honneur et le vostre; si comme ilâ voua diront de par nous pteinemeni de bouche*

fiNGUEttRAND ÙÊ ÏÊhmWi, «3

i Si vous prions que en icèies choses vous leur ajou* Uec foi, et que pour vostro bontieyr vous mettiez leê

besoignes à edoL

« Donné à Neuf Marcie, le vendredi après la Chaii» deleur(an 1308}'. »

Cinq ans après^ le roî d'Angleterre aux prises avec des diiiicuUés sérieuses qu'aggravait encore la pro^^ chaîne ouverture du parietnent, écrivit è Philippe le Bel pour te prier de députer à eeltè Occasion, en Am glelerre, le comte d'Évreux, son frère, et Ënguerrand de Marigny. Édouard H exposait que leur sagesse et leur circottspeclkm pourraient lui être fort utiles dans une circonstance où il s'agissait de la paix de son royaume. £n même temps^ il adressa à Ënguerrand de Marigny la lettre suivante* t

« Le roî au noble seigneur Enfi^uerrand de Mari* gny, salut et accroissement continuel de sincère ailec» lion.

« Nous avons ordonné à notre cher et fidèle sénéchal, Edouard de Mallac ( Maio lacu) de vous exposer en détail certaines aAiires qui nous touchent particu* lièremenl.

« Nous avons donc recours affectueusement à votro

' ÉÊitÊt fHîkiÊoitf /tatoniy CMMiifai alfi»y ^ MjftÊK^ t* Uli ai • La lettre est en lIrtnçalB.

s Rymer, 1. 111, p. 435. La lettre oclgioale est en latio, Uae lettre semblable ttet écrite le ïaèm Joor aa «omtè d'fivfeax.

M ENGLËRRAND DE MARIGNY.

amitié, vous priant d ajouter une entière conOance à ce que vous dira de notre part à ce sujet ledit Edouard, et nous désirons que vous puissiez déférer i ce qu'il tous demandera en notre nom.

« Windsor, le 28 août (13i3). »

Ëdouard U craignait-il que, malgré ces instances, Enguerrand de Marigny refusât de se rendre en Angleterre pour l'ouverture du parlement? La lettre suivante, qu'il écrivit à PhiUppe le Bel, le 30 août 1313, deux jours après celle qui précède, donneriùt lieu de le supposer* :

« Au très-excellent prince Philippe le Bel, roi de France, Édouard, roi d'Angleterre, salut

« Il nous paraît convenable que ceux qui ont bien fait soient récompensés et que la munilicence royale accorde des dons spéciaux aux hommes qui

s'en sont montrés digues par des services prompts et signalés.

d En conséquence, très-cher père, ayant égard à ceux que le seigneur Enguerrand de Marigny, votre chevalier, nous a rendus jusqu à ce jour et peut nous rendre encore à Tavenir, nous avons résolu de lui accorder sur notre trésor, comme Tayant bien mérité, mille livres tournois pendant sa vie entière.

« Mous nous adressons donc à vous, très-cher père,

' Ryœcr, t. III, p. 436. Celte lettre est également en latin.

ENGUERRAND DE HARJ6NY. «S

pour que yoas vouliez bien, en notre honneur, autoriser ledit Enguerrand à accepter ce don. iNous vous en- YoyoDS, par le porteur de ces présentes, les lettres patentes que nous avons délivrées à ce sujet

« Donné à Windsor, le 30 aouL (1313). »

Si Enguerrand de Marigoy avait hésité à satisfaire au vœu du roi d'Angleterre, la pension de mille livres dont celui-ci avait pris la précaution de lui envoyer le brevet, et ^ui représente environ cent mille francs, dut lever tous ses doutes. 11 partit donc pour Londres avec le comte d'Évreux. Grâce â eux, disent les historiens anglais, les barons d'Angleterre qui étaient alors en révolte ouverte contre Edouard li, à cause de l'autorité despotique de son favori Gaveston, consentirent à poser les armes. A la vérité, les terribles barons avaient auparavant fait trancher la tete à ce dernier, dont ils étaient parvenus à s'emparer. Leur soumission fut en outre précédée d'un acte d'amnistie publié par Edouard, qui jura de nouveau d'observer fidèlement quarante articles que les barons avaient soumis à son acceptation. Enguerrand de Marigny figura ensuite comme témoin, avec Guillaume de Montaigu, Adhémar de Valence et quelques autres Français, dans un acte du 25 novembre 1313, par lequel le roi d'Angleterre, qui S'était d'abord montré favorable aux Templiers, déclara, qu'en transportant les biens de l'ordre aux UospitaUers de Saintilean-de-Jérusalem^ il entendait ne préjudicier

ENGUERHANO Dfi MARIGNT.

ni aux droite de la couronne, ni à cm de ses sujets'.

Cependant, Philippe le Bel avait tiiicore une fois déclaré la guerre à ia Flandre, mais Targent maïKjuait pour entrer en campagne. Déjà Ton était arrivé au milieu (le Te Le, et rien n'était prêt. Les expédients sur les monnaies étaieut tellement décriés et avaient excité tant de plaintes qu'on ne pouvait plus y recourir. On n'avait plus ni juifs ni marcbands italiens à chasser du royaume pour 3 approprier leurs créances-, cette odieuse mesure, si souvent renouvelée dans les temps de barbarie, avût été prise trois ans auparavant'. Dans cette extrémité, Fidée vint au gouvernement de faire un appel aux. communes. Il manda à Paris les prélats, les nobles, les bourgeois de quarante^^deux bonnes villes, liilurmés du motif pour lequel on les convoquait, ces derniers auraient préféré rester chez eux. Le gouvernement leur fit en quelque sorte violence pour les obli* ger à user d'un droit qui devait se traduire en augmentation de subsides. La première et peut-être T unique séance des Ëtata généraux de 1314 eut lieu le 1*' août, au palais du roi, qu'Ënguerrand de Blarigny avait fait bâtir avec une grande magnificence', et dan§ le vesti-

^■BUtoire de Vm4f9 mliltairv du Tmfilim, par Pim Dupoy s preaves, p. 463 et soir.

* ùrêomoMB desroUde France, 1 1, p. 4SS et 4S9.

* drandeê Ckroniquet de Sa/tni-Deiife, «le.» t. V, p. SO0. • Plit* lippe le ntan fit faim 4 Paiit, par Eof uerran, ton eowUntenr, sou-

ENGLËaRAND DE MARlGiNY.

bule duquel les députés des bonnes villes purent voir sa sUUie au«d^u9 de c«lW de Philippe le fiel^ Une robtîoQ contemporaine d'un témoin oonlaire nous a

conservé le détail de cette curieuse séance, où lùiguerrand de Marigny fut, comme on dirait aujourd'hui, Vorateur du gouvernement, et dans laquelle il joua le principal rôle. Il faut lire, dans sa naïveté primitive, cette relation, où les caractères se dessinent naturellement, et qui, malgré la différence des temps et des formes de langage, rappelle les séances analogues des temps postérieurs,

« Et en cest an (1314), le premier jour d'aoust, Phîlippe-le^Kau, roy de France, assembla à Paris plusieurs

barons et évesques, etsui tout il lisl venir plusieurs bourgeois.de cbascune cité du royaume qui semons y estoient à venir. Âdoncques, iceux au palais de Paris venus el assemblés, le jour dessus dit, Ënguerran de Marigny, chevalier, coadjuteur le roy de France Philippe etgou* verneur de tout le royaumci monta de son commandement en un esohafaut, avec le roy et les prélas et les barons qui ilec estoient*, sur le dit escbafaut séant et estant montra et manifesta» ainsi comme en preschaot

?erneur de son royaume, on neuf palaia de merveilleuse et constable cuvre, le plus très-bel que nul si comme nous vieons en France, oncques véUt. » Un a vu plus haut que c'était le Palais de Justice aetuel.

Recherche* de (« France, par Estienne PM«uler, U ^^^^*

68 EMGUËRRAND DE MARIGNY.

au peuple qui ilec estoit devant 1 échafaut, oiaos tous les prélas dessus dis, la complainte le roy, et pour quoy il les avoit îsii ilec venir et assembler; et fist son texte de nature et de norriiure en descendant sur les royaux et sur la ville de Paris, où les devant dis royaux, au temps ancien, de leur nature avoient accoustumé de avoir leur nourriture ; et pour ce appeloit-il Paris, chambre royal ; cl que le roy s'y devoit plus lier pour avoir bon conseil et pour avoir aide, que en nulle autre ville. Et si dit et monsLra autres plusieurs choses dont je ne lais pas luencion, pour la prolixité qui y est et seroit à raconter. Si descendit sur Ferrant jadis conte de Flandres, cornent il s'estoit forfait envers le roy de France qui lors estoit dit Auguste, qui conquisl INonncndie, et cornent iceluy roy Phelippe en vint à cbief, et cornent il conquist Flandres et la mist en sa puissance.

i £t dit lors icelui Ënguerran que, combien que après Ferrant, plusieurs vassaux eussent tenu la conté de Flandres, si ne la tenoient-ils que comme gardiens et en subjectioii de féauté et hommage du roy de France. Et après ce, il descendit sur Gui conte de Flandres, cornent il se forfist envers le roy, et cornent la guerre avoit esté me^ nec, cLle coustemen et despens que le roy avoit fait, qui bien montoient à si grant nombre d'argent que c'estoit merveilles de raconter, de quoy le royaume avoit esté trop malement grevé. Et, après ce, monstra coment la paix avoit esté faite du conte de Flandres Robert de Bé-

thune et des Flamens eschevins de Flandres, par leurs seaux en lettres pendons accordée et affermée; laquielle paix et convenances les devant dis contes et Flamens ne voulaient obéir ni tenir, si comme ils avoient juré, et par leurs seaux aiiirmé. Pour laquielle chose y celui Ëngaer^ ran reqobt, pour le roy, aux bourgeois des communes

qui ilec estoient assemblés, qu'il vouloit savoir lesqurls lui feroient aide ou non à aler encontre les Flamens a ost en Flandres. Et lors icelui Ënguerran ce dit si fist lever son seigneur le roy de France de là où il sévit (était assis) pour veoir ceux qui luy vouldroient faire aide.

<( Adonc, Ëstienne Barbote, bourgeois de Paris, se leva et parla pour la dite ville; et se présenta pour eux, et dist qu il estoient tous près de luy iaire aide, chascuu en son povoir, et selon ce qu'il leur seroit avenant, et à aler là où il les vouidra mener à leur propre ceux et despens contre les dis Flamens. El adonc le roy les en mercia. Et, après le dit £stienne, tous les bourgeois qui ilec estoient venus pour les communes respondîrent que volentiers luy feroient aide ; et le roy les en mercia. £t lors après icelui parlement, par le conseil du dit Ënguerran, une subjection et une taille trop maie et trop grevable à Paris et au royaume de France lu alevée, de quoy le menu peuple fu trop grevé , pour laquielle achoison (occasion) le dit£ngerran chéi (tomba) en la haine et maleiçondu menu peuple trop roalement'. »

* Grandei Chroniques de Saint- Denys, etc., t. V, p. 206;

70 ER6UBRRAND DE MAlUGfnr.

Le siibsidé qu*ûti av^t détitandé aux États était àùnc voté. Doit-on fâife hotineur du succès à l'éloquened seule d'Euguerrand de Marigoy? Il est plus probable que, d^ttoe t»art, la présence même de Philippe le Bel, d*atttré part, Vexemple donné par ce député de la Ville de Paris, Étienne iiarbette, depuis longtemps tout dévoué àu gouvernement, et dont le rôle était, sans coutredîl, tracé d*avaiice, etitfutnèreut rassemblée* Le nouvel impôt fut immédiatement perçu. Vn autre chroniqueur contemporain fait connaiUre qu'il consistait dans lé payemétit, entre les mains des officiels du roi, d'une somme de dix deniers par livre parisis sur tout objet vendu, et il qualiiie cet impôt a d'extorsion in* JustO) d*ezaction inique et d*uii taouveau genre. i> On ne pouvait, il est vrai, en imaginer de plus gênant et de plus vexatoire, tant pour le commerce que pour les particuliers. Établi d'abord à Paris, il fut ensuite appliqué dans tout le royaume; mais bientôt les ptaintes les plus violentes s'élevèrent de toutes parts contre ce qu'on nommalanouvelle gabelle.L'agitàtion se répandit prômptement dans les provinces. « Plusieurs nobles et gens du commun, dit le même chroniqueur, les Picards, les Champenois et autres, liés ensemble par un serment pour la défense de leur liberté et de leur pays, ne pouvant souiliii cette exaction, s'y opposèrent vigoureu-

€liap. LXXI, InUtolé De In taHIe et mMeuih Jmi9 m Frtmee, par enguerran de Miirè§np,

SNGUËRRA^iD DE MAHIGNY. 71

sèment, et obtinrent enfin que cette extorsion cessât complètement par l'ordre du roi, non-^ulement dans leurs terres, mais par tout le royaume'. »

Quoi qu'il en soit, les fonds que le gouvernement était parvenu à se procurer lui avaient permis de lever des troupes nombreuses. Au commencement du mois de septembre 131-4, quatre ;irmées se mirent en marche vers la Flandre. Elles étaient ( orinnandécs par Louis, roi • de Navarre, par le comte Philippe de Poitiers, tous deux fils du roi, et par les comtes de Valois et d'Évreux, ses frères. Ficre de ses iorces, l'armée croyait marcher à la conquête de la Flandre. Quelle ne fut pas sa surprise, en apprenant tout à coup, qu*une trêve proposée par le comte de SainL-Pol et par Enguerraiid de Mariguy, avait été ratifiée, le 13 septembre, à Orchies, par le roi de Navarre! Ce fut, parmi la noblesse, un long cri de colère. Trompée dans ses espérances, Tarmée regagna honteusement ses foyers^ Bientôt des bruits injurieux, que tous les chroniqueurs et historiens ont depuis répétés, circulèrent contre En^uerrand de Mari^ny. On l'accusa d'avoir vendu cette trêve aux Flamands pour deux cent mille livres. Un chroniqueur prétend même qu'à la foire d'Écouis, qui suivit, on remarqua beaucoup de draps et d'étofCes de Flandre, sur lesquels En-

1 Continuation de Guillaume de Hansis, p, 306. * Ibid., p. 306.

n ENGUEHRAiND DE MAKIGNY.

guerrand de Marîgny gagna des sommes considérables ^

Au nombre de ceux que la trùve irrita le plus, était le comte de Valois. De retour vers Philippe le Bel, il accusa fomiellement de forfaiture Engaerrand de Marigny, qui Refusa môme île se justifier. « Aussi, dit un annaliste ilauiand, esloit-il le mignon d iceluy roy, el ne povoit en rien méfaire ny offenser'. » Les historiens flamands eux-mêmes semblent passer condamnation sur la manière dont le comte de Flandre obtint la paix. « Les Français, dit pourtant Ton d'eux, au sujet des reproches de trahison faits à Enguerrand de llarigny, ne comptaient pour ricii la volonté divine et le courage des Flamands. Ils croyaient que la trahison seule d'Euguerrand de Marîgny avait empêché leur triomphe'. » Celui-ci avait-il fait autre chose que suivTe les intentions de Pliilippe le Bel^P Cette opinion parait seule

' Chroni^ métrique de Godeflmff de Parte, p. 342 :

Si en ot d*éli deax em «t mil.

Dm livret, pins qne l*eB ne lel.

Dont d« maintes pars Pea I« ImI...

Draps de Flandres à Eseolèt

Furent amenez à sa foire.

Si scrciit bif>n tous, et sans croire»

Que tel présent 11 estoit fait For la triève qu'il avoit fait...

' Chroniques de Pu rrc d^Ondrrjherst, chap. cxliv. 3 Annales rerum flandricarum, autore Meyer. Première édilion, de 1561 , p 118, A.

^ Histoire de Flandre, par Kervvn de Letlcohove, t. \\\, p. 62.

ENG(j£RHiVN£) DE MAHIG^Y.

fondée ; néanmoins, tous les chroniqueurs et historiens français Tont, les uns après les autres, unaoiinemenl rejetée.

A peine ces événements venaient de se passer qu'un nouveau projet de refonte des monnaies préoccupa le gouvernemenL Bien qae quelques mesures eussent été prises dans les années précédentes en vue d^atténuer le mal qu'avaient produit les altérations tant et si justement reprochées à Philippe le. Bel, il s'en fallait que tout désordre eût disparu. Désireux de faire preuve de honne volonté et de mettre en môme temps sm responsabilité à couvert , ce prince ordonna aux quarantedeux bonnes villes du royaume de députer à Paris, pour le 1^ novembre 1314, deux ou trois notables, qui seraient charges de préparer, dans une réunion générale, un règlement sur le fait des monnaies. Philippe le Bel était alors en disposition de consulter ses sujets, mais c'était moins, on peut le remarquer, pour s'éclairer de leurs avis et leur donner une juste part d'influence dans le gouvernement du royaume que pour en obtenir de Targent et tAcber de sortir d'une situation pleine d'embarras où d'inhabiles niinibLrcij l'avaient laissé s'engager. L'accort qui fut fait par les gem de» bonnes villes qui furent mandés pour le fait des monnoies portait que Ton ne frapperait plus, à Tavenir, que des monnaies de la loi et du temps de monsieur saint Loys; que toutes les autres monnaies d'or et d'argent

74 ENGUElUtAra) DE MARlGinr.

seraient fondues; que le quart de la vaisselle d'argent serait aussi fondu, et qu'on n'en fabriquerait plus d*au-

tre pendant onze ans-, que les barons ne pourraient battre monnaie pendant le même espace de temps, et, onfin, que le roi ne réaliserait aucun profit sur celle, soit d*or, soit d'argent, qu*i1 féraitfîrapper*.

On a pu voir que l'autorité d'Enguerrand de Marigny était sans limites et s*étendait à toutes les parties de Tadmidistration* Possesseur de biens immenses, pre-* mier chambellan, conseiller du roi, trésorier du Louvre et de la couronne, ayant la confiance absolue de Philippe le Bel, chargé par lui, soit auprès d'Edouard II, soit auprès des Flamands, des négociations les plus importantes, orateur habile, audacieux, Enguerrand de Marigny jouissait d'un crédit devant lequel celui de Charles de Valois et de maints autres grands personnages s'était brisé plusieurs fois. Parmi les contemporains, les uns rappellent le gouverneur, d'autres le coadjuteur du royaume. Plusieurs disûent de lui qull était pareil au roi, un second roi : ianquamrex^ secundus regulm. Élevant ceux-ci, abaissant ceux-là, suivant son caprice, tout ce qu'il voulait était^ « Avee ce,

* Ordonnances des rois de Fronce, t. 1, p. 548. — On ▼oit dans

V Accord, quelles elaleat les quaraule-deux Itonoeê villes du ro>aume à cette é;>oque.

• Vitx paparnm avcnionensivm, par Balèze. Viia CUmentiS V, âuctare Beroardo Guidone, t. I, p. 82.

ENGUEIiRAlID DE MARIGNY. 7S

dit un ohromqttëor, il avoit n grant grâce par devers le pape, que il faisoit ce qU*il vouloil du pape comme

du roy*. » Dans un voyage à Avignon, il avait, honneur réputé insigne l reçu du pape la rose d or^. il avait fait nommer son parent de Freauvflle confesseur du roi, cardinal, puis léga^len France ; un de ses frères, archevêque de Sens-, un autre, évé(juc de Beauvais. Une de ses filles était mariée au riche héritier des Tancarville, et son fils aîné avait épousé la nièce même de la sœur du l oi. Courtois, insniuaiit, sur de son crédit, il était devenu le dispensateur de toutes les grâces, de tous les emplois. Quelque grand personnage désirait-il parler au roi, il fallait qu'Enguerrand de Marigny en ' lût instruit et qu'il y consentit. Coniinent donner une idée exacte de ses richesses? On prétendait, dit un chroniqueur du quinzième siècle, qu'il était seigneur dans dix-sept cenb villages et qu'il possédait trente mille florins de revenu (le florin valant environ deux cents francs en monnaie d'aujourd^hui) , et trois cent mille florins en mobilier et objets d* agrément'. Sans doute, quelquesHmes de ces évaluations étaient exagérées; mais les documents, d*une authenticité incontes-

* Bililmlhèque Impériale, Mss. fonds Colbort, 1,511-2-2, aoeicn n' 8228. Chroniques abrégées jusqu'en 1.383.

» Chronique métrique de Gode/roy de Paris, p. 214.

> AmplisshHa eollectio, eic, de domMiiitène.— CAronieoii Corxeltt Zttntjliet monachi, ab afmo 1230 orf JéSl, t. V, p. 16% D.

ËNGUERRAND DE MÂHIGNY

testable, que Von possède relativement à sa fortune territoriale, prouvent qu^elle était considérable , et sans comparaison avec les plus grandes existences du temps présent. Enfin, Eiiguenand deMarigny, qui, à cette époque de sa vie , atteignait à peine cinquante ans, était lui-même Tinstruinent de cette fortune, la plus haute et la plus grande à laquelle un particulier soxl jamais arrivé en France. Où devait -elle donc s*arréter?

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