‹ Trois drames historiques Euguerrand de Marigny, Semblançay, Le chevalier de RohanChapitre 8 sur 44 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

Exifeneti ioAneiêres au eommcncMnent du régne de François I".-^ Origine el servîees antérieurs de Beaune de Semblançay. — Lettre adressée par loi à la relne-i»ére.^PaTear dont il jouit auprès d'elle.— Est l'ami du connétable de BourluiD.'' Lettres nombreuses

adressées par François I" h SomMançny vers 1520. —Lettre de Louise de Snvoie, mère du roi, au sujet du surintendant. — Il perd les bonnes grâces du roi et de sa mère. ~ Lciiro de la sœur do François I*' à ce sujet.— Tentative d'assassinat contre Semblauçay. ^11 écrit att toi <itt'fl va tenter rimposslble pour lui procurer de Targent.

Depuis le règne de Charles VU et la grande infortune de Jacques Cœur jusqu'à François I*', radministration des finances du royaume n'avait été Toccasion ni le prétexte d'aucune disgrâce éclatante. On sait que, sous Louis XI, la foudre frappait des tètes plus hautes que celles des financiers. Les caractères de Charles VII et de Louis XI 1 i L'[>u<,^naient aux violences toujours populaires, sous Tancienne monarchie^ quand il s'agissait de ceux qui avaient eu le maniement des revenus publics. François 1* et samère rouvrireiiL i cic des per- sécutions contre les surintendants et receveurs des

mxm DE SEMBLANÇAT. 483

finances do VÉtat. Jamais tant de condamnations no les atteignirent dans leurs personnes et dans leurs

biens. François était monté sur le trône le janvier Les années qui suivirent son avènement à la couronne furent marquées par des événements heureux et promettaient un règne glorieux et fécond. La victoire de Mariguau et la conquôte du duché de Milan ne flattaient pas seulement l'ambition du jeune roi. L'armée et la nation elle-même ne rêvaient plus que conquêtes, et déjà se croyaient maîtresses de 1 Italie. Vers le même temps, en iël9, François briguait le titre d'empereur d'Allemagne, et se berçait de Vespoir de die 1er des lois à l'Europe eiUiere. Mais i>ientôt les événements prirent un autre cours. L'empire fut donné à Charles-Quint) et les chances de la guerre devinrent de jour en jour moins favorables à la France. Cependant, il fallait subvenir aux payements des troupes, équiper et expédier sans cesse, soit sur les frontières du Nord, soit en Italie, de nouvelles levées. Le produit ordinaire des impôts et des biens domaniaux était évalué, vers cette époque, à quinze millions de livres représentant environ quatre cents millions en monnaie actuelle. Les revenus courants ne suflBsant pas, le cban<* celier Du Prat lit créer, eu lo20, vingt charges de con-

1 Recherches surjes/mances de la France, par ForlK^naai» | édit.

mKDHSL DS SfiHBLANÇAY.

seillers, dont la commission fut délivrée aux titulaires moyjBnnant finance. De tous les moyens qae les minis* très de François I*' imaginèrent, dans les moments de

détresse, pour alimenter les sources du revenu public, celui de vendre les places de magistrature fut, sans contredit, le moins heureai. Il est vrai que Lotiis XII y avait eu recours, dans une circonstance analogue^ mais il avait recommandé à son successeur de ne pas suivre cet exemple. Des nécessités plus pressantes firent négliger cet avis, et la vénalité des cliarges s*mtroduislt dans l'administ ration.

Le ministre sur lequel, dans ces moments diflUciles^ pelait principalement le fardeau des financés, Jacques de Beaune, baron de Semblançay, vicomte de Tours, bftiiii et gouverneur deTouraine, était ûls d'un argentier de Louis XI et de Charles VIII, originaire de cette province. Il était né vers 1460« Avant d'administrer les finances de François I*', il avait été surintendant sous Charles Vlilet Louis Xil. Lalettre sui van le adressée par lui à Louise de Savoie, duchesse d'Ângouléme, mère de François I*', se rapporte âans doute aux pre» miers mois de Tannée 1515.

« A Là R0YN£y lU S0l}Y£ftAINB«

« Madame, plaise vous savoir que le Roy et madame votre fille font très-bonne chère, Dieu mercy. « Madame, vos fermes de La Rochelle et du quart dii

sel de Pmetou sont à bailler, ruiie en ce moto de sep*

tembre et Tautre en octobre. J ay ici retenu vostre trésorier pour y aller en la compagoie de ceulx de par delà qoi yods plaira y ordonner. J'escript à M. de Nantes pour en savoir vostre bon plaisir.

« Madame, j'ay esté advcrty que aulcuns des réformateors, è la poursaite (d Ai tollieitalûm) de TAmiral ^ me veulent demander quels biens j'ay eu du feu roi et tous. Il a grant envie de savoir et de se mesler de vos affaires et de tormanter vos serviteurs. Je ne le crains ne toute sa bande. Madame, je vous supply me faire savoir la response que je fcray si la demande m'est faite. . Tout ce que j'ay, je le tiens de vous. Je ne feis que pour la manière de finer \

« Madame, je me recommande à vos bonnes grâces si très^humblement que je puis et je prie a Notre-Seigneur vous donner très-bonne santé et longue vie. £&• cript à Tours, le jour d'aonst.

« Ja. de Beaure. ' »

Ainsi, dès le commencement du nouveau règne , Seo^iançay était en butte à de vagues attaques. Mais,

1 C'éurilsmdaauraiiriralBoniilveU

* C'«tl-à^Bra « Je B'al isl ^koA que pour puMonr da Tiiaont ao «roi. »

* le dois la eonnnunication de la curieuae lettre qu'on vient de lire k l'êxlféflto ebUgeaaee deM* Laveidetqal en poMède le fÊâêimUe»

BEAUNE DE SElfBUMÇAY.

soutenu par la reine-mère, il se souciait peu des calom* nies et des intrigues de cour. « Je ne le crains ne toute sa bande » est un irait de caractère, une sorte de devise

à laquelle il resta fidèle, même lorsque sa vie en péril eût pu être sauvée par moins de hauteur. Quant au jeune roi, pldn de reconnaissance pour les services et de respect pour l'âge de son surintendant , il ne l'appelait jamais alors, disent les chroniqueurs du temps, que mon père ou mon compère. Le baron de Semblançay paraissait justifler cette confiance par deseffbrisincessants. Un reçu signé de lui constate, <iu'au mo\b d août loiO, il empruntait deux cent trente-neuf marcs d'argent « pour aider au roi à supporter les grands frais qu^il avait besoin de . faire au h\t de ses guerres*. » Une autre lettre, qui parait avoir été adressée au connétable de Bourbon vers 1018, prouve qu*à cette époque Semblançay était également en faveur auprès du connétable et de la ducbesse d'Angoulènic, qui, toujours belle, mais plus âgée que ce dernier, se flattait de l'espoir de Fépouser. o J ay esté, disait Semblançay, deux volages devers Madame (la mère de François l''), durant qu'elle estoit à Yitteaux, et cependant que j*y ai esté, m a toujours de sa grâce, communiqué vos lettres, et sur icelles beaucoup de bons propos a votre honneur et en bonne déclaration d'amuur j de sorte que je congnois bien quant y vient du

' WkilhèqDeliDpértalei M». Fonds B^uoe^ n* S»489« S0«

BEAUNE DB SfiHBLANÇAY. 187

cuer et da bon endroit dont je n'ay pas esté marry nî ne seray tant que la vie darra, non seullement à vous, mais

à toute Yostre maison et ccuU qui vous touclient *. »

De nombreuses lettres écrites par François l*' et par Louise de Savoie à Semblançay vers 1520, témoignent liaulcment de ses services et de la côiiiiancc dont il jouissait depuis longtemps. Pendant toute cette an* née 9 les missives les plus pressantes lui sont adressées. On comprend, en lisant les termes dans lesquels elles sont conçues, que le trésor est à sec, que Fargent est indispensable pour empêcher une invasion en France, une défaite en Italie, et que le surintendant seul, par ses ressources personnelles et son crédit particulier, est en mesure d'éloigner ce double péril. Malgré son dévouement, Semblançay, dont on n'a pas les réponses, exprimait sans doute la crainte que ces opérations ne lui occasionnassent plus lard des embarras. Pour le tranquilliser, chaque lettre lui portait Tassurance que sa responsabilité ne serait jamais engagée. • Si vous n'y mettez la main et n'employez votre crédit et vos amis, lui écrivait François 1", le 27 août 1521, le tout demourraau grand dommage et diminution de mes affaires et de mon royaume. Et pour ce, je Vouis prie y iaii c plus c^uc le possible, et ne vous souciez

> rsographie; colleclion àe fac-dimiU de pertonnages célèbres, t. IV, IcUre S.

IBS

ds risa, car je vous satisfisray et gerantiray de tootta

choses, comme vous connoistrez par eflet. » Parmi quatorze lettres de François 1*"^ à Semblançay qui oot été eonservéea, les trois suivantes ont uoe iinportanoe particulière et méritent d'être reproduites ici \

« Monsieur de Samblançay, vous sçavez assez de combien me toucbe la conservation de mon État de

Milan, et la nécessité en laquelle est tombé Monsieur de Lautrec par faute ^'argent. A cette cause, je vous prie sur tant que vous aimez mon bonneiir et le bien de mon royaume, et mon aise et repos, que vous veuillez à ce coup employer vos cinq sens^ à trouver et envoyer audit sieur de Lautrec quelque bonne somme outre celle que vous lui avez envoyée, dont je vous mercie, car, sans cela, je vois ledit État perdu, et en le secourant d'argent, vous le sauvez etconservez. Ptorquoy, derechef et encore une fois, je vous p rie , ne me faillez è ce besoin, qui est tel et si grand que vous voyez, et je vous promets si bien et si grandement le reconnoltre envers vous et les vôtres que vous aurez cause d*ètre bien content.

« Fbançois. 9

tt Monsieur de Samblançay, Madame m'a fait sçavoir le bon conunoM^ement que vous avez fait pour secourir

Bibliothèque impériale. Mss. Supplément français, ïfi* SSO-IS. Procèt erminel de Bcatme de Semblançay , p. 102 à 113. (Voir la Batte tt C€& lettres auJL i^tuts iu^ii^aUviit n** 9.)

cl'argeat Monueur de Lautree, dont je vous merde tant que je puii, car o'eat service au besoin, fit pour ce que

cela iiesuilit, je vouspric, parachevez trouvez moyen 4*y envoyer quelque bonne somme en toute diligence^ autrement je vois mon État en danger de tomber en inconvénient irréparable. Parquoy je vous prie ne ine faillir à ce besoin, non plus que vous avez lait aux autres, et croyez que Fobligation en demeurera telle que vous en aurez la reconnaissance en la sorte que la voudrez demander.

« François. »

« Monsieur de Samblançay , Madame m'a fait sça voir la diligence que vous avez laite pour le recouvrement de Fargent qui m'étoit de besoin. Depuis, vous m^en avez écrit et assèuré, de sorte que sans vous faire graiitie lettre, je vous promets. Monsieur de Saniblançay, ne Foublier jamais, et en faire telle reconnaissance envers vous, que vous aurez cause d'être bien content

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