‹ Trois éducations princières au dix-septième siécleChapitre 107 sur 181 · I. Voir Acta almœ Univers.^ etc., fol · texte numérisé non relu

I. Voir Acta almœ Univers.^ etc., fol

188 HENRT JUUCS BB BOURBON.

Le Recteur. — Nous croyons que cette all^ation est fausse et nous

n'en connaissons pas le premier mot.

Les Députés. — Le fait est établi par le témoignage de plusieurs personnes, parmi lesquelles d'anciens bourgmestres et conseillers d'Anvers.

Le Recteur. — Donnez-nous leurs noms, s'il vous plaît. D'ailleurs si quelque parole semblable a été prononcée, ce n'est ni au nom de la Société, ni par un de ses mandataires ou procureurs. Tout ce que j'ai fait, moi, en ma qualité de Recteur, je l'ai fait par le commandement du R. P. Provincial Thomas Dekens, à qui je dois obéissance. C'est lui qui a reçu les demandes d'admission au cours de philosophie du duc d'Enghien ; c'est lui qui, sur les instances du prince de Condé, a accordé toutes les dispenses nécessaires.

Ici, le P. Losson entra dans les détails, et, à des insinuations peu claires, il répondit par un exposé net de la situation présente, avec promesse de garanties pour l'avenir : si, par suite de quelque circonstance imprévue, le duc d'Enghien quittait la classe de philosophie, ses dix-sept camarades devraient aussitôt se retirer, et cette condition a été agréée des parents.

Les Députés reprirent : Un si grand nombre d'élèves ne peut que nous déplaire ; il ne saurait être accepté par l'université. — Là-dessus, après diverses contestations, le P. Recteur offre de congédier les trois jeunes gens de moindre qualité, ainsi que les deux retardataires à la fois derniers venus et derniers de la classe. C'est une preuve de déférence qu'il est heureux d'offrir à ces Messieurs de Louvain. Cette diminution d'élèves ira d'ailleurs toujours croissant ; il est assez probable qu'avant Pâques, plus d'un écolier dégoûté par l'aridité des études philosophiques se retirera.

Cette concession ne satisfaisait pas les députés. Six ou sept écoliers leur semblaient un nombre largement suffisant pour mettre de l'émulation dans les exercices scolaires du jeune Duc. Le Recteur se retrancha alors derrière son défaut de mandat et derrière Tordre qu'il avait reçu du Provincial ; il montra de plus quel inconvénient il y aurait, le choix des élèves étant l'œuvre du P. Dekens, à renvoyer les uns et à garder les autres, ainsi que l'embarras des familles contraintes d'envoyer trop tard leurs enfants à l'université.

Les Députés. — Cet inconvénient-là, les familles ne pourront l'imputer qu'à elles-mêmes. Laissez-nous faire et nous avons un prompt remède sous la main.

Le Recteur. — Je crains que votre remède ne finisse par brouiller les choses. Les parents, instruits de ces incidents, n'enverront plus leurs enfants, et le prince de Condé ne pourra être que froissé.

Fusco. — Assez de paroles. Questions oiseuses et pures échappatoires.

PHILOSOPHIK A ANVERS. 189

Nous voulons savoir si oui ou non vous entendez renvoyer vos externes. Le remède est facile, vous dis-je : que le Provincial vous donne ses ordres en notre faveur et nous traiterons ensuite avec le Sérénissîme Prince. Mais loin de penser que vous agissez à sa prière, nous avons tout lieu de croire que vous n avez en vue que votre avantage privé.

Fusco était bourru dans les formes, mais au fond bienfaisant ; il finira un jour par le prouver. Sur le moment sa boutade laissa le P. Recteur en proie à de sérieuses inquiétudes.

Les députés retournèrent à leur logis ; ce n'était pas pour y prendre du repos. Ils tinrent d'abord conseil avec leurs amis de la ville, et devant Tattitude du Recteur refusant, disaient-ils, de congédier plus de trois élèves (le Recteur avait offert en réalité d en sacrifier ctnç\ ils décidèrent ' de notifier aux parents des philosophes qu'ils contrevenaient aux édits royaux et qu'ils devraient en subir les clauses pénales. Cela fait, eux pourraient rentrer à Bruxelles afin de traiter ultérieurement avec le prince de Condé.

Cependant toutes ces allées et venues avaient excité à Anvers l'attention des habitants. La nouvelle de l'arrivée de la députation commençait à se divulguer en ville ; elle enchantait certains adversaires des Jésuites ; les Pères de leur côté ne restaient pas inactifs. Ils faisaient rechercher où les délégués avaient pris leur logement ; un de leurs émissaires, page au service d'une noble famille, se présentait à l'auberge De Stad Amsterdam. C'est là, en effet, qu'ils étaient descendus. Le page s'enquiert auprès de l'hôtelier s'il a reçu les voyageurs. L'hôtelier demande fièrement de la part de qui l'on vient l'espionner. L'enfant répond qu'il a défense de le dire. Indignation de l'hôtelier qui s'apprête à chasser le messager, lorsque le P. Recteur, lui-même, se présente. Il sortait, d'après la relation officielle, de dessous un auvent du voisinage, où, dans l'ombre du soir, il avait attendu avec le P. de Schilder, professeur de théologie, l'issue des pourparlers *. Tous deux sollicitent l'honneur d'un entretien. Courtoisement, les députés consentent à les adnîîettre en leur présence \

Les Pères disent qu'ayant remarqué combien les représentants de l'université prennent cette affaire à cœur, ils viennent leur apprendre que le prince de Condé va se trouver incessamment à Anvers. Il s'est lui-même annoncé par lettre aux deux Jésuites précepteurs de son fils, les PP. de La Falluère et Bergier. En conséquence, le P. Losson demande qu'on veuille bien surseoir jusqu'à l'arrivée du Prince. On examinera alors avec l'agrément de Son Altesse ce qui sera faisable. Les Pères protestent que personnellement ils n'omettront rien pour régler définitivement l'affaire à l'amiable. Ils espèrent qu'en faveur d'un si grand prince, lequel n'a pas son pareil au monde, — et qui actuellement

1. Le P. Louis de Schilder, né à Bruges en 1606, entta dans la Con'.pagnie de Jésus, à Malines, après avoir étudié la philosophie au collège de Marchiennes à Douai. Il fut longtemps professeur de théologie et préfet des études au collège de Louvain, et mourut à Bruges le 17 juin 1667.

2, V. Acta Umvêrsii(Uùy loc. cit., fol. 11 a, v*.

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campe avec ses troupes sous les murs et aux portes de Louvain, — Tuniversité accordera bien quelque chose et que, dans les conjectures présentes, on ne négligera pas d'avoir envers Son Altesse quelques ménagements.

Sans se déconcerter par cette apparition d'un Deus ex machina, les délégués revinrent à leur question première et redemandèrent à plusieurs reprises si les Pères étaient dans l'intention de renvoyer plus de trois élèves. Réponse négative des Pères, motivée soit par la volonté du Prince, soit par les ordres de leur Provincial. Impossible aux délégués de les faire sortir de là.

La conférence était terminée. Avec une parfaite civilité, les représentants de Louvain reconduisirent leurs hôtes à leur logis, et comme la nuit était venue, ils les firent précéder d'un porteur de flambeau, à travers les rues du vieil Anvers.

Sous cette urbanité, ne se cachait-il pas quelque inquiétude } La nouvelle de Condé aux portes de Louvain était un coup de théâtre. Ils se remirent en délibération et conclurent vaillamment que la toge ne devait pas céder aux armes. Leur avis unanime fut de demeurer à Anvers jusqu'au lendemain, vendredi 15 décembre, pour rendre leur visite aux Révérends Pères et voir si par hasard la nuit ne leur aurait point porté conseil '.

Le 15 au matin, les députés tenaient leur résolution et s'en allaient trouver aux Anglais le P. Recteur André Losson et le P. Louis de Schilder. Tous les habitants du collège occupaient les embrasures des portes et des fenêtres, les yeux braqués sur eux. Sous le feu de ces regards plus curieux que menaçants, ils passèrent successivement de l'intérieur dans le jardin. Une fois de plus ils montrèrent la plus grande courtoisie. Sensibles à la visite de la veille, ils croiraient, en partant sans prendre congé des Pères, manquer à la politesse. Ils expriment l'espoir qu'un bon accueil sera fait bientôt à leurs réclamations, et qu'après examen d'une affaire aussi claire, on réparera Toffense aux privilèges académiques. Six ou sept jeunes gens des mieux doués ne suffiraient-ils pas au duc d'Enghien } Après tout, l'université avait le devoir de se mettre en garde contre certaines conséquences. N'y avait-il pas danger qu'à leur tour les autres princes de Belgique n'en vinssent à solliciter quelque jour pour leurs propres fils la faveur accordée au duc d'Enghien, et avec les mêmes raisons que le prince de Condé }

— Crainte chimérique. Nul prince ne lui est comparable ni par la condition, ni par le rang. Ainsi nous persistons. D'après les dernières lettres de Louvain, nous avons cru entendre que l'université donnerait son consentement pour dix ou douze élèves. Ce nombre au moins pourrait nous être accordé en considération du Prince. Demain peut-être, Son Altesse sera ici. Sur lavis adressé aux PP. de La Falluère et Bergier,

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