‹ Trois éducations princières au dix-septième siécleChapitre 115 sur 181 · Papiers de Condé, série O, t. I, fol · texte numérisé non relu

Papiers de Condé, série O, t. I, fol

3. Voir, outre l'ouvrage déjà cité de Quetelet, les savants livres de M. le chanoine Monchamp : Histoire du cartésianisme en Belgique^ i vol. in-8®. Bruxelles, 1886 ; — Galilée et la Belgique, I vol. in-i2. Saint-Trond, 1892.

Utiles que de théorie pure. En fait de théologie, c'est à la morale qu'ils donnent la préférence, et leur philosophie paraît se concentrer dans les mathématiques.

Le chanoine Sanderus, auteur de la Chorographia sacra Brabantia, est un auteur bien informé , car, à l'époque même où il composait son livre, — au lendemain de la sortie de M. le Duc, — son frère, un Jésuite, se trouvait au collège d'Anvers et avait dû lui fournir plus d'un renseignement \ Or, il rapporte que l'évêque Jean Miraeus • n'avait rien tant demandé à la Compagnie que d'ouvrir des cours de théologie morale pour remplir son diocèse de prêtres capables, et, depuis un demi-siècle, ce service avait été rendu à lui et à ses successeurs par les conférences de la Maison des Anglais.

Les mathématiques étaient regardées pas le même Sanderus, en cela écho de l'opinion courante à Anvers, comme la plus solide des sciences naturelles, la seule base de certitude complète, la clé de toutes les inventions et de tous les progrès ; en sorte qu'en ce collège où avaient passé des exégètes tels que Tollenaere et Tirinus, on se vantait d'avoir possédé François d'Aiguillon, Grégoire de Saint- Vincent, André Tacquet, Jean- Baptiste délia Faille ^

Au fond, la science n'était guère pour les Anversois qu'une marchandise supérieure, qui s'acquérait au prix du travail et de l'étude, seule différence avec les choses purement vénales. Il n'y a pas jusqu'à ce vocable de Maison des Anglais, avec ses souvenirs mercantiles, qui ne semblât flatter leur oreille. D'autres villes, comme Douai, Saint-Omer et Reims, avaient des séminaires portant aussi le nom de Collège Anglais ; mais elles en étaient fières, parce qu'ils abritaient de jeunes catholiques expulsés de leur patrie par l'intolérance protestante, non parce qu'ils avaient servi de comptoir aux marchands britanniques. Soyons justes envers les Anversois. Ils avaient regardé aussi leur collège comme un foyer de rénovation catholique, et c'est pour avoir proscrit l'hérésie de leurs murs qu'ils virent peu à peu le trafic d'Outre- Manche déserter le port de l'Escaut, et celui d'Amsterdam, leur rivale, grandir à leurs dépens au fond du Zuiderzée et devenir au XVII® siècle le grand emporium du Nord.

La seule conclusion à tirer ici de l'aperçu de Sanderus sur l'esprit positif des Anversois est que M. le Duc n'était exposé en sa seconde année de philosophie à négliger ni la physique ni les mathématiques.

Il ne suspendit pas pour cela son commerce littéraire avec son corres-

1. < Frater meus Levinus Sanderus. > Antonii Sanderi presbyteri Colîe^ium Societatis lesv Antverpia^ brevi chorographia et imagine anea illustratum , Bruxelles, 1659, in-fol.

2. L'évêque Jean Le Mire était le propre frère du savant historien et diplomatiste.

3. Le P. ]^2iXi' Baptiste délia Faille, cité par Sanderus con\me une des gloires du collège d'Anvers, est le même que le célèbre mathématicien, Jtan-CAar/es délia Faille, précepteur de Don Juan d'Autriche. Voir sur Jean- Charles, né à Anvers, la notice déjà citée, extraite des Pr/ds historiques : Le R, P, Jean-Chyles délia Faille, S, /., par H.- P. Vanderspeeten, S. J. Bruxelles, Vromant (s. a.).

pondant en prose et en vers, celui qui se proclamait sa « Calliope > '. Revenu d'Angleterre, le poète diplomate Marigny se trouvait alors à Francfort pour la diète. Plus tard, il nous décrira les curieuses mœurs de ce monde € bachique >, où l'inspiration poétique s'éveillait au choc des verres. Pour l'instant sa muse était encore assoupie et M. le Duc s'en plaignit.

D'Anvers, ce 21 octobre 1657.

Je vous remercie du soin que vous prenés, de me mander ce qui se passe à Francfort, vous ne me sçauriés faire un plus grand plaisir que de continuer, car j'ay beaucoup de curiosité de sçavoir des nouvelles du pays où vous estes, et je vous asseure que je ne les sçaurois apprendre par une autre voye, qui me soit plus aggréable que la vostre. Au reste, yzy à vous prier de m'espargner une autre fois dans vos lettres, et de ne me pas donner tant de louanges, que vous faites ; car, si vous continuyés, au lieu de le prendre pour une marque d'affection, je le prendrais pour une flatterie ; mais si vous voulés vous employer à quelque chose qui me soit plus aggréable, vous n'avés qu'à resveiller votre muse, qu'il y a si longtemps qui est endormie. Si elle est encore de mes amies, comme je le croy, elle ne sera pas fâchée de me divertir. Ce sera à vous que je devray cette satisfaction pour laquelle et pour touttes les marques que vous me donnés de vostre amitié, vous devés estre persuadé que vous recevrés tousjours des preuves de la mienne et que personne n'est plus véritablement à vous que

Henri-Louis de Bourbon.

Adresse : Pour Monsieur de Marigny *.

Mais bientôt l'heure ne fut plus aux envois de nouvelles plaisantes ni aux compliments badins. Les plus vives inquiétudes planèrent sur la vie de Condé. Une fièvre terrible le mit à quelques pieds de la mort et son fils, accouru auprès de lui, eut à trembler de devenir orphelin \

Raconter dans ses épisodes la maladie de M. le Prince nous écarterait du plan de cette étude. Ce serait cependant une page historique. Il est impossible de lire la correspondance de Condé décrivant lui-même les première phases de son propre mal avec un sang-froid stoïque et une gaieté toute française, sans être tenté de montrer ce noble caractère sous ce jour peu connu d'une nature impétueuse à lexcès dans l'action, mais calme comme la raison et ferme comme le vouloir dans la souffrance. C'est le fortiter açere et pati du Romain tempéré par la sérénité du chrétien ^ Un consciencieux ami du Prince, le comte de Guitaut, eut le courage, trop rare en ces circonstances, d'éclairer le malade sur la gravité de son état. Vingt-deux ans après, à l'occasion de nouvelles inquiétudes inspirées par la santé de Condé, il rappelait au Père Bergier ce qui s'était passé en Belgique. « Nous avons vu cette scène à Gand, lui écrivait-il, et vous savez de quelle manière je parlai sur cela à Mgr le

I. Lettres de Monsieur de Mari^ty^ La Haye, 1658, p. 63. î. Papiers de Condé^ série G, t. 1% fol. 309.

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