Imprimée dans les Lettres de Monsieur de Marigny, p
3. Il s'y était rendu pour la diète qui devait donner un successeur à l'empereur Ferdinand III, mort le 2 avril 1657, sans avoir eu le temps de faire élire son fils, Léopold, roi des Romains.
4. D'après Furetière, brinde se dit de l'invitation d'un buveur à un autre, défaire raison d'uoe santé qu'il lui porte, et ce mot serait venu du flamand : ik brengHu (je vous la porte).
Puis l'historien ému succède au froid rimeur, et Tabbé de Marigny se rappelle enfin qu'il est d'Eglise pour tracer un tableau, le plus beau de l'époque, de l'attitude chrétienne et repentante de Condé agonisant. En ces heures où, comme son aïeul saint Louis, il se voyait rendant l'âme loin de la terre de France, M. le Prince s'était souvenu de ce qu'il devait au Dieu de ses pères et à cette religion de son enfance qui, malgré des défaillances et des oublis, avait toujours été la sienne. Doux envers la mort autant que terrible à l'ennemi, il s'était montré devant Dieu humble de cœur et ferme dans sa foi.
Toutes les circonstances de cette maladie sont admirables ; car si l'on considère le zèle que Monseigneur le Prince a témoigné pour la Religion, la soubmissîon avec laquelle il estoit resigné à la Providence, la satisfaction qu'il avoit d'avoir Monsieur l'Intemonce' pour tesmoing du respect qu'il a pour le Chef de l'Eglise Romaine, et de l'humilité avec laquelle il en adoroit les Mystères, si l'on fait réfection sur les sincères marques qu'il a données de l'amour conjugal, de la tendresse Paternelle, de la cordialité pour tous ses amis, et de la bonté pour tous ses serviteurs et ses Domestiques, il faut que l'on advouë que ce sont auttant de batailles chrestienne^, (t morales, dans lesquelles il a triomphé de la plus noire calomnie de ses ennemis. Quand je songe à cette fermeté d'âme qu'il a faict parrestre en cette rencontre, il me semble que je voy Germanicus mourant, ou Alexandre en danger de mourir....
Ce Prince n'encourageoit pas Critobulus avec des paroles plus fortes à luy tirer hors du corps (au péril mesme de sa vie) la flèche qui lui causoit des douleurs insupportables, et ne luy disoit pas avec plus d'intrépidité an fîmes ne reus sis^ quum insanabiU vulnus acceperinty que Monseigneur le Prince en fit paroistre, lorsqu'il pressa ses Médecins de ne luy déguiser point les dangers que leur art et leur expérience découvroient dans sa maladie. Ne craignez pas, leur dit-il, de m'annonccr la mort, je ne l'ay jamais appréhendée. Il fit bien voir alors qu'un lict de six pieds pouvoit estre un Champ aussi spacieux pour si gloire que ceux de Rocroy, de Norlingue, de Fribourg et de L^nts. >
Les noms de ces batailles évoquaient naturellement celui du monarque alors enfant à qui elles avaient préparé un grand règne. Le roi Louis XIV ne les avait pas oubliées, et ses nobles égards envers Condé mourant avaient amené une sorte de rapprochement entre tous les esprits. La paix, impossible tant qu'un des deux partis belligérants n'aurait pas été écrasé, apparaissait maintenant moins lointaine. Marigny s'étend à loisir sur ces heureuses perspectives de réconciliation et de retour en France- Saluant les vertus déjà brillantes du jeune souverain, il relève, en lui, une vertu qui avait encore son éclat, et donne ainsi une haute leçon à M. le Duc.
Veuille le ciel, s'écrie t il, combler de ses grâces un Monarque si accompli ; et qui au grand cstonnement de tout le monde exerce si hautement les vertus les plus difficiles de son âge, celte merveilleuse continence qui le fait admirer, par ceux dont la retenue est la plus austère *.
1. L'internonce alors était ^[gr Jacques RespifrUosi, qui remplit celte charge de 1655 à 1667.
2. Ce témoignage confirme celui du P. Rapin. V. notre ouvrage : La première jeunesse de Louis XI y (\t^c)-\()^T^\ d* après la correspondance inédite du P, Charles Paulin^ son premier confesseur. Paris, Desclée, 1892, in-8"», p. 181.
C'est par de semblables conseils de vertu sévère pratiquée jusque dans les détails du costume et de la tenue extérieure, que Marîgny, après avoir passé et repassé de la prose aux vers et du grave au plaisant, arrive à sa conclusion :
Quoy qu'il arrive, Monseigneur, soiez tousjours guay, et comme un grand philosophe que TOUS estes, méprisez les parures, et les ornements, comme les marques d'une vanité indigne d'un prince péripatéticien.
Ei 7*ûus ressom'enez d^ avoir tousjours pour guide
Cejoly vers qu^au temps passe En teste de son livre avoit escrit Ovide, Vade, sed incultus qualem decet Exulis esse.
Hé bien, Monseigneur, direz vous maintenant que la Muse, vostre bonne amye, est une dormeuse ? J*ay ptur que la première fois que vous me ferez l'honneur de m'escrire, vous en disiez bien plutost que c'est une Babillarde. En vérité, Monseigneur, la nouvelle de la guérison de Monseigneur le Prince, Ta mise en si bonne humeur, que je ne croy pas que vous trouviez mauvais qu'elle ait eu un peu d'emportement en cette rencontre, et qu'elle ait pris la liberté de donner à V. A. S. pour estreines les marques de sa Joye.
M. le Duc ne pouvait, en effet, recevoir d'étrennes plus à son goût de prince un peu raffiné et précieux. Lenet lui envoya d autres gracieusetés parle gouverneur ; mais il y a gros à gager que celles-ci étaient purement en prose, car, à travers les innombrables lettres, dépêches et mémoires de l'homme d'affaires entendu que fut Lenet, Ton aurait peine à rencontrer une ligne de poésie sous quelque forme que ce soit. Ses compliments couvraient-ils d'aimables reproches ? Henry- Jules se piqua presque au jeu et répondit avec sa délicatesse coutumière.
D'Anvers, 8 janvier 1658.
J'ay leu la lettre que vous avés escrite à Saint-Simon, mais pour. ce que vous dittes, que je suis courtisan, que vous ne me voulés pas appeler der furst^ que vous avés bien des reproches à me faire, je vous jure que je n'y ay peu rien comprendre ; et je ne sçay pas pourquoy vous dittes touttes ces choses, du moins je sçay bien que cela ne sied pas bien à un der freind, et derfiirst txi est si en colère qu'il ne vous assurera pas cette fois icy, qu'il n'a jama's eu plus d'amitié pour vous qu'à cette heure, et qu'il est à vous plus que personne du monde.
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Adresse : Pour Monsieur Lenet, à Bruxelles.
Quant à Marîgny, M. le Duc ne lui voulut pas répondre avant d'avoir mis ses poétiques Estreines sous les yeux de Condé lui-même. Une joyeuse occasion s'offrait de les lui porter.
En cette terre des Pays-Bas, tout imprégnée encore des mœurs catholiques du moyen âge, la fête de saint Antoine jouissait d'une extrême