Ibid., fol
vive déception : pendant deux semaines, ses lettres n'exhalèrent plus qu'amères récriminations. M. et Mme de Mémoni étaient sans doute d'humeur peu voyageuse, et, partageant Tespoir d'un prochain et définitif rapprochement entre l'Espagne et la France, que. faisait présager la suspension d'armes signée le 7 mai, ils ne se souciaient point d'aller vivre à Bruxelles dans les meubles mis là-bas si gracieusement à leur service. Ils rompirent leur engagement.
€ Si c'étoit pour ne pas venir, s'écriait Condé indigné, M. de Mémont ne devoit pas laisser les choses aller si loin ! > Le ton violent de ces reproches irrités produisit son effet; tout était brisé, tout fut raccommodé. € Je n'ai plus rien à vous dire touchant M. de Mémont, écrit- il le 24 mai, puisqu'il vient \^ Le maître d'équitaiion, auquel le traité préliminaire du 4 juin laissait pressentir un prompt retour, n'hésita plus àpasserla frontière. Condé pouvait s'en féliciter en ces termes le 10 juillet : < Je me trouve fort bien de l'avoir fait venir, ce sera autant d'advance pour mon fils *. >
Heureux M. le Duc ! il saurait monter et danser, pour sa rentrée au doux pays de France! Mais connut-il jamais tout ce qu'il en avait coûté à son père d'argent, de dépêches et d'obstination ?
Le 7 novembre, fut conclu le traité des Pyrénées. Condé y était reçu dans les bonnes grâces de Sa Majesté très chrétienne, remis et rétabli dans la possession de tous ses biens, honneurs, dignités et privilèges de premier prince du sang, avec le gouvernement de Bourgogne et Bresse, au lieu de celui de la Guyenne. La charge de grand-maître de France qu'il avait exercée, lui fut enlevée quoique inamovible, mais pour être reportée sur la tête de < Monsieur le Duc d'Anghien son Filz >, avec droit de retour à M. le Prince € au cas que ledit S' Duc d'Anghien vinst à décéder devant luy. > (Article 84.)
Le départ des augustes exilés pour leur patrie eut lieu dans les derniers jours de Tannée 1659 K
Ce fut toute une petite mobilisation. Le 2 1 décembre, le marquis et la marquise de Caracena allaient à Malines € rendre leurs civilités > et faire leurs adieux à M"^« la Princesse, qui avait déjà reçu quelques mois plus tôt (21 février) Don Juan d'Autriche, disgracié depuis les Dunes et appelé par Sa Majesté catholique à des emplois de son plus grand service \ > Ils arrivèrent à Bruxelles le 23, escortés par les brigades de cavalerie de M. le Prince.
Les adieux officiels, fixés au lundi 29, furent empreints de la cordialité la plus touchante. Aux principaux de la province qui le complimentaient et le priaient même de continuer son amitié à la ville, M. le Prince répondit qu'il n'oublierait jamais l'hospitalité reçue et conserverait toujours 4L une bonne affection pour la bénigne volonté que le Magistrat et les habitants lui avoient montrée. >