AVANT LB COLLÈGE
parler fort < de i^ilosophie et de choses semblables ]^ avec les précepteurs ". Son mari, s'il avait eu la méchante humeur de Chrysale, aurait pu lui reprocher, au moins un soiï*, d aller chercher, comme Philaminthe, ce qu'on fait dans la lune, au lieu d'avoir Tœil sur ses gens. Elle ne laissa pas en eifet aux seuls docteurs de la ville et à l'astronome du collège de Clermont le plaisir de contempler certain phénomène céleste. <L Tous les mathématiciens de Paris, écrira un jour le P. Alleaume, observèrent avec beaucoup de soin Tecclipse de lune de samedy dernier (29 octobre), et on dit qu'aucun ne lavoit mieux supputée que le nostre. Il ne s'est pas contenté de remarquer le moment auquel la lune entra dans l'ombre, mais la minute à laquelle chaque tache de la lune est entrée dans l'ombre et en est sortie. Ils connoissent toutes ces taches par nom et par surnom, et j'ay appris aujourd'hui que la i« s'appelloit Grimaldus, la 2« Aristarchus, la 3^ Kepler, la 4® Copernic, la 5® Tycho, la 6« Plato, la 7® Plinius, et les autres que j'ay oubliées, car il y en a jusqu'à treize. Comme le temps fut fort beau, on eut la facilité de l'observer à son aise. J'en fis voir le commencement à S. A. Madame la Duchesse^ et on passa à la comédie le reste de l'ecclipse *. >
Mais en l'année où nous sommes (1663) il ne s'agit encore que de la < lune de ïxjàsX. >
Afin de mieux célébrer l'heureux hyménée, les correspondants avaient rivalisé à distance avec les poètes. C'est le P. Le Herichon ^ qui de Varsovie témoigne « toute la joye possible /> au prince de Condé < dans une affaire qui fait la joye de la France et de la Pologne. » Il en avait € souhaité les commancements il y a long temps, et devant toute autre chose ; > maintenant que Dieu en a arrêté la conclusion, il se félicite € d'avoir eu du zèle et de la passion pour l'achèvemant d'une si belle et si bonne affaire in ogni modo ^. >
Il est évident qu'à ses yeux ce mariage d'une nièce de la reine Marie avec M. le Duc amènera l'élection de celui-ci au trône de Pologne. La chose, comme à beaucoup de ceux du parti français, lui semble déjà faite. Illusion, mais illusion fondée. Le roi Casimir et son épouse, outre une dot fort considérable donnée à la duchesse d'Enghien, l'avaient
1. Le P. du Rosel au prince de Condé, Paris, 7 janvier (1684). Papiers de Condé, série P, t. XCI V, fol. 95 .
2. Le P. Alleaume au prince de Condé (Paris), 31 octobre (1678). Ibid, L LXXI, fol. 195,
3. François Le Herichon, né au diocèse d'Evreux le i" novembre 16 12, entré dans POrdre des Jésuites en 1636, partit en Pologne dans le courant de l'année 1659. Confesseur et prédicateur de la reine Marie, il réforma la cour par son éloquence. La souveraine française appréciait la franchise et la sincérité de ses avis. Notice ntcroiogique, aux Archives générales de la^ompagnie de Jésus.
4. Le P. Le Herichon au prince de Condé, Varsovie, 11 janvier 1664. P C. (nous désignerons désormais sous cette abréviation les Papiers de Condi), t. XXXI, foL 5a Le Herichon moufait vingt jours après à Varsovie (31 janvier 1664).
L« gniid Coaàé, ,^
adoptée pour leur fille '. Au jour de ses noces, elle porta trois millions de pierreries * !
Parmi les lettres de félicitations qui affluèrent autour du grand Condé, à cette brillante occasion, aucune ne nous a semblé animée de sentiments plus sincères et plus élevés que celle de son vieux régent de philosophie à Sainte- Marie de Bourges, le P. Claude Boucher, devenu assistant de France auprès du Père général.
4L Monseigneur, écrivait-il, il est de ma profession de ne pas reguarder les avantages temporels séparés des éternels. Dieu m est tesmoin que je n'ai pas attendu la nouvelle de la conclusion de l'affaire, beaucoup moins de l'exécution pour m'y intéresser auprès de luy ! J'ai crû de mon devoir de solliciter chaque jour à l'autel sa bonté de la faire réussir, en sorte que toutes les choses qui peuvent contribuer à la félicité de cette vie, esgualant le mérite et l'estime universelle des incomparables qualités de Monseigneur le Duc, celles qui doivent servir à l'éternelle les surpassassent d'autant qu'il est préférable d'estre grand aux yeus de Dieu, à le paroistre aux yeus des hommes, et qu'un bon establissement est plus souhaittable dans le ciel que sur la terre. Mais pourquoi ne pas espérer l'un et l'autre d'une alliance faitte avec autant de choix, et d'inclination des parties, en laquelle toutes choses conspirent à une parfaitte union des cœurs de deux personnes en qui la naissance et l'éducation n'ont rien que de très favorable à la vertu ? Je ne puis douter que Vostre Altesse Sérénissime n'approuve la continuation de mes vœus pour leur prospérité dans les mesmes sentimens, en leur désirant particulièrement la bénédiction du ciel pour donner à la France un bon nombre de princes, assés tost affin que Vostre Altesse Sérénissime puisse avoir la satisfaction d'en voir de nouvelles alliances non moins heureuses que celle-cy. Et parce que leur bonheur en cette vie ne dépend de rien tant que de la propre conservation et prospérité de Vostre Altesse Sérénissime à laquelle toute la France entre en intérest, elle sera aussy toujours le subject principal de mes vœus ^... >
Vers la fin de cette même année, une lettre du général Paul Oliva renchérissait encore, s'il était possible, sur celle de son assistant. Elle répondait aux compliments que le P. Charles von Manderscheydt ♦
1. Par le contrat de mariage signé au Louvre (lo décembre 1663), Louis XIV donnait 150.000 livres à M.le DucLe roi et la reine de Pologne adoptaient Madame la Duchesse,déclarée leur unique héritière. Ils lui faisaient donation des duchés d'Oppeln et de Ratibor, en Silésie. La reine Marie ajoutait des pierreries et joyaux pour un million, et la somme de 300.000 livres. M. le Prince et Madame la Princesse reconnaissaient M. le Duc pour leur héritier principal et lui concédaient le Clermontois en Argonne, le comté de Vallery en Gâtinais, avec le marcjuisat de Graville en Normandie. De ces trois apanages, Vallery était le domaine le plus ancien et presque le plus sacré. C'était le Saint- Denis de la famille, dont aujourd'hui encore il garde les sépultures. Archives de la Maison de Condé»