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venait de lui présenter de la part de Condé. Le Prince avait chargé ce Jésuite de faire une fois de plus connaître au premier supérieur de la Compagnie son estime et son affection pour la Société, et en retour le chef de l'Ordre prenait Dieu à témoin qu'après le roi très chrétien il n'était redevable à personne plus qu'à Son Altesse Sérénissime '.
Bien que ces échanges de politesses n'aient pas été fréquents, le petit nombre de lettres qui nous restent pour les années suivantes suffit à témoigner des relations les plus cordiales entre la petite cour de M. le Prince à Chantilly ou celle du duc d'Enghien à l'hôtel de Condé avec la curia du P. général à Rome.
Mais la plupart ont le tort de sentir le style officiel et d'être en partie rédigées par des secrétaires. La source la plus naturelle et la plus limpide, celle où se reflète le mieux jusqu'au fond l'âme d'un Jésuite dévoué aux Condé, est la correspondance du vieux P. Nicolas Talon'. Au service de leur maison depuis 1637 ^ et près de vingt ans (1647- 1666) attaché en qualité de confesseur à la personne d'Armand de Bourbon, prince de Conti, il avait été le directeur édifié de ses dernières années consacrées à la théologie 'et aux bonnes œuvres. Puis, n'ayant pas cru après sa mort encore récente (21 février 1666) pouvoir rester plus longtemps dans un milieu qui n'était pas celui d'un religieux, sans détriment pour la réputation de la Compagnie ^ il avait demandé et obtenu de rentrer dans la vie de communauté. Ecrivain facile et historique du bienheureux François de Sales, plus qu'auteur de son temps il avait naguère vulgarisé la morale à la fois sûre et douce du futur Docteur de l'amour divin *. Réintégré au collège de Clermont à Paris, pour ne plus le quitter, il composait une Histoire sainte du Nouveau Testament
Suède, accompagna la reine Christine de Stockolm en Italie. Pénitenciei durant vingt et un ans à l'église Saint-Pierre, il mourut à Rome le 20 avril 169 r. On a de lui une lettre sur la conversion de Christine. Voir le P. Carlos Sommervogel : Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus^ t. V, col. 470.
1. \ Certe Serenitati Vestrae sancte et syncere polliceor, ut nemo istic est, cui secundum Christianissimi Régis Majestatem plus debeat Societas nostra, ita... > Le P. Cliva au prince de Condé, Rome, 30 décembre 1664. P. C, série P, t. XXXII, fol. 318.
2. Le P. Nicolas Talon, (Taslon, Thalon, Talion,) est trop connu par ses ouvrages pour que nous nous étendions ici sur sa vie. Né à Moulins, le 31 août 1601, il avait été élevé au collège de cette ville tenu par les Jésuites. Entré dans leur Ordre le 9 octobre 1621, il fit sa profession à Paris le 3 février 1641, et mourut au collège Louis-Ie-Grand le 29 mars 169I1 après y avoir, sauf quelques intermittences, passé soixante et un ans. Les détails autobiographiques abondent dans sa volumineuse correspondance avec le grand Condé. Voir notamment ses lettres de Paris, 23 février (1663) à Caillet, le secrétaire ; et à M. le Prince, Paris, 29 septembre 1691, 8 août 1684, 5 janvier, 20 février et 9 avril 1685 et passim, A la fin, il avait oublié son âge, et après s'être donné avec raison quatre-vingts ans en 1681, il parle à tort en 1685 (17 avril) du ton de ses 82 ans. >
3. Le P. Talon au prince de Condé, Paris, 29 septembre 1681. P. C, t. LXXVII, fol. 243.
4. Magnam srtatis partem apud principes Condseae domus egit, ipsisque carusfuit ; huic tamen vitae privatam prsetulit, cum in illa diutius permanere se posse, salva Societatis fama, non putavit. Necrologium, A. C*. (Nous renvoyons par ces initiales aux Archives de la Compagnie.)
5. Voir la magnifioue édition en cours de publication par les soins du premier monastèie d'Annecy, Œuvres de S, François de Sales^ Annecy, 1892, m-8, t. I, p. Lxxxvu.
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dédiée à la mémoire du pieux et jeune Prince si prématurément enlevé'. En même temps, comme pour se dédommager d'avoir vécu tant d'années parmi les grands, il voua son zèle aux prisonniers de la capitale. Pendant près d un demi-siècle € son royaume, > comme il disait plaisamment *, royaume qui en vérité n'était pas de ce monde, eut pour limites le FortrÉvéque et Saint-Eloi, les Châtelets et la Grève.
Sa charité auprès des détenus et des suppliciés n'avait pas été toutefois jusqu'à rompre tous ses liens avec Condé, le frère de son cher et regretté Conti. De là avec M. le Prince des lettres familières, où la plume du pompeux biographe du saint évêque de Genève se fait alerte et presque joviale, pour courir sans fin à travers les nouvelles de la ville et du collège, les historiettes de la cour des miracles et de celle du roi.
Avec la guerre de Dévolution, l'année 1667 vit le duc d'Engfaien paraître comme chef des Volontaires, dans l'armée française qui envahit les Flandres espagnoles. Mais Condé avait été tenu en non-activité par Louis XIV. Il y eut pourtant une détente dans l'attitude expectante du souverain, lors du siège de Lille (août-septembre). On crut dans le public que M. le Prince et M. le Duc venaient d'être choisis pour porter nos armes en Allemagne.
Voilà le P. Talon au comble de la joie.
Dans la part très spéciale qu'il prend à l'allégresse générale de Paris, son bonheur serait que Condé fût à portée d'entendre < sur son chapitre et sur celui de Monseigneur son fîlz ce qu'en disent tous ceux qui ayment la gloire de ce royaume et qui sont les plus attachez aux intérests du roy et de l'Etat >. En son particulier il forme un vœu : ce serait d'aller servir à l'armée comme « mestre de camp des Aumôniers qui y seront en chaque régiment. J'assure V. A. que je les conduirai encore de bon cœur dans les trenchées, et, s'il est besoin, jusqu'aux pies des murailles des villes que V, A. S. assiégera, et que j'y conduirai les mineurs et ceux qui iront à l'escalade. > Mais il a une autre chose sur le cœur : « c'est qu'il plaise à Dieu me donner encore un prince de vostre nom et de vostre maison qui soit un digne filz de V. A. S. et de Monseigneur le Duc. J'attens cette faveur du ciel dans deux mois '. >
Dieu allait en effet bénir pour la seconde fois l'union du ducd'Enghien avec Anne de Bavière, union qui fut féconde. Dix enfants formèrent la couronne d'honneur des parents et grandirent, entourés de toutes les tendresses, au milieu de cette famille profondément unie. Les trois
1. Histoire sainte du Nouveau testament, Paris, Cramoisy, 1669, in-fol. Aa-dessus de la simple inscription < A la mémoire d*Armand de Bovrbon, prince de Conty, > on voit son portrait gravé avec son mausolée.
2. Talon à Condé, Paris, 2 mai (1680). P. C, série P, t. LXXVIII, fol. 251, et 22 septembre 1682, ibid.y t. LXXXVII, fol. 251.
3. La même au même (s. 1.), 3 septembre (1667). P. C, série P., t. XXXVI, foL 7a
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générations dont elle se compose semblent bientôt n'en former qu'une, tant les sentiments et les intérêts se confondent en un lien unique partant de l'aïeul glorieux et vénéré et enveloppant les plus jeunes et les derniers, mais non les moins aimés. On dirait, non les trois anneaux consécutifs
* Le Père Oliva, de i-^ Compagnjb iib Jésus. 4-
(lyaiwès on tabtetn de J.-B. Gault, gtaré par P- Simon.)
itrne chaîne qui s'allonge, mais trois anneaux entrelacés à la manière
BS trois croissants de la Renaissance.
Le premier des enfants avait été une 61Ie, Marie-Thérèse, née le I» février 1666, appelée Mlle de Bourbon. Un fils était impatiemment ©uhaité ; il vint au monde au commencement de novembre 1667 et reçut
le nom de Louis, que portait son aïeul '. € Le 5 de ce mois, annonçait la Gazette^ la duchesse d'Enguyen accoucha heureusement d'un Prince : et la Nouvelle en ayant esté portée à Leurs Majestez, à Saint-Germain, le Roy envoya aussitost le marquis de Bellînghem (Berînghem) au Prince de Condé et au Duc d'Euguyen, pour leur en témoigner sa joye. Le lendemain, Monsieur vint lui-mesme les en féliciter et Leurs Altesses en ont aussi receu les Complimens de toutes les Personnes de la plus haute qualité '. » Quelques jours après, c'était Louis XIV en personne qui, ayant quitté Saint-Germain pour les chasses de la Saint- Hubert à Versailles, puis Versailles pour son < beau Palais des Thuilleries >, alla visiter le duc et la duchesse d'Enghien ^
Louis XIV faisait encore mieux que de donner à la maison du premier Prince du sang des marques de bienveillance renfermées après tout dans l'étiquette. Sachant en vrai souverain mettre l'intérêt de l'Etat au-dessus des ressentiments, enfin effacés, de son < moi >, il s'était résolu de rendre à Condé sa place à la tête des armées françaises et il lui donnait la Franche-Comté à conquérir. La réunion des Etats de Bourgogne à Dijon fut le prélude des opérations militaires et le prétexte choisi pour en masquer les préparatifs. M. le Prince, en sa qualité de gouverneur de la province, était occupé à présider les séances, qu'il animait par ses < belles harangues ^ > après les avoir ouvertes par « un discours également fort et éloquent* », lorsque lui parvinrent les félicitations du P. Oliva, à l'occasion de l'événement de novembre ^ Il répondit aussitôt par cette lettre, fidèle écho, à trente-cinq ans de distance, de ses promesses de Bourges.
Monsieur Mon très Révérend Père,
J'ay veu avec beaucoup de satisfaction ce que vostre F^ R*"* me mande de ses sentimens au sujet de la naissance de mon petit-fîls. Ce n'est pas que je ne me sois bien attendu que V; Pai*^ Rév™* ayant autant de bonne volonté qu'elle en a pour Moy, prendroit sans doute quelque part à ma joye en ce rencontre. Mais comme je suis fort sensible à tout ce qui vient de sa part, estant chef d'une Compagnie que J'ay tousjours beaucoup considérée, et ayant d'aiilieur toute sorte d'estime pour la personne de Vre P*^ R'"^ il ne se peut pas que Je ne l'aye esté extrêmement aux marques obligeantes qu'elle me donne de son amitié. Là-dessus je la prie de croire que j'y correspondray tousjours avec beaucoup de chaleur et qu'on ne peut pas estre plus que je suis.
Monsieur Mon très Révérend Père,
Vostre très affectionné à vous faire service,
Louis de Bourbon.
Dijon, le 13^ Janvier, 1668 ^
1. Celui de Henri lui a été parfois attribué. Luillier, dans son Histoire manuscrite de la maison de Condé, dit qu'il ne fut pas nonmié.