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sa qualité de premier supérieur de rétablissement, devait se montrer et se montrait gardien soucieux et rigide observateur des règles et même des usages de la pauvreté religieuse. Le P. Jean Pinette poussa les choses à ce point, vis-à-vis du duc de Bourbon, qu'il craignit, par un zèle intempestif, d'avoir dépassé les bornes d une sage modération. Il s'en ouvrit au P. Général. Oliva fut loin de le blâmer. Mais Condé était intervenu ; son nom, ses titres de bienfaiteur et d'ami parurent autoriser une sorte de concession qui, vu sa qualité et son rang, ne pouvait créer aucun précédent. Pinette fut approuvé à la fois pour sa sollicitude inquiète de la stricte observance et pour sa légitime condescendance envers l'héritier présomptif du premier prince du sang royal '.
Au-dessous du P. recteur Jean Pinette, venait presque immédiatement le Principal des pensionnaires (primarius), le P. Nicolas Le Paige, L'intransigeance que Pinette apportait dans son horreur du faste, Le Paige la mettait dans l'amour de la discipline extérieure. Personne n'était moins empressé envers les princes et les grands, — aucune lettre de lui n'existe aux Archives de Condé. — Doué d'un excellent esprit et d'un jugement éminent, il eût été capable de remplir les plus hautes fonctions \ D'abord ministre, il avait succédé en 1675 au P. Pommereau^ dans la charge de principal et il s'en acquitta avec bonheur neuf années consécutives (1675- 1684) ^ Durant cette période relativement longue et qui s'était ouverte avant l'éducation du duc de Bourbon, pour ne se terminer qu'avec elle,lui,inamovible au milieu des changements fréquents de recteur^
1. < Non est quod existimct V. R. nos ejus zelum minus probasse, cum segre passa est, ne paupertati quidquam ofBceret splendidioris cubiculi habitatio, in quo accuratam tjus sêUicitudinem fnaxime comnundamus ; sed cum seren. Principis auctoritas intercessit, id ejus meritis omnino concedendum fuit, quod V. R. cum laude praestitit. > Oliva à Pinette. Rome, 27 avril 1677. (Réponse à sa lettre du 19 mars ) A. C* .
2. François- Nicolas Le Paige, né à Rouen le 22 octobre 1642, entré dans la Compagnie le 30 août 1660, profès le 2 février 1676, devint plus tard recteur des collèges de Caen et de Lille et mourut à Bourges le 6 septembre 17 10. On lit dans sa Nolice nécrologique : t Erat excellenti ÎDgenio prsepollentique judicio prîeditus et vel maximis muneribus gerendis peridoneus. > A. C'^.
3. Pierre Pommereau était principal en 1674*1675. Voir une lettre de lui au P. Bergier, Lisbonne, 29 mars 1683. P. C.
4. Notice nécrologique et Curriculum vitœ. Son successeur fut le P. Mégret ou Maigret. Voir Talon à Condé. Paris, 1*' octobre 1684. Le duc de Bourbon venait de quitter le collège aux vacances.
5. Trois recteurs se succédèrent durant les années d'études du duc de Bourbon. Le premier (25 septembre 1674 au 18 avril 1678) fut le P. Jean Pinette, remplacé comme provincial de France, le jour de sa nomination au rectorat, par le P. Etienne de Champs. Il n'entra dans ses nouvelles fonctions que le 21 novembre 1674. — Après lui, ce fut le P. Jacques Pallu (15 mars 1678- 168 1). Lettre de lui à Condé du 4 mai 1680. P.C. — Enfin le P. Etienne de Champs gouverna le collège de 1681 à 1684; il adressa à son ami M. le Prince une lettre intéressante à la date du 24 décembre 1682. P. C. — Il importait d'établir cette liste pour rectifier la méprise grave et pleine de fausses conséquences échappées à M . Ailaire, qui paraît ignorer Texistence même des Pères recteurs et fait du P. Nicolas Talon le i principal > du collège de Clermont. (La Bruyère dans la mcUson de Condé^ t. I, p. 89 et 95.) La vérité est que ce jésuite, presque octogénaire, voué exclusivement aux œuvres de charité, n'avait pas d'emploi. Il est exact qu'il < portait à l'élève des PP. Alleaume et du Rosel le plus vif intérêt ; > mais inexact que ces Pères fussent < sous sa surveillance, > le P. Talon étant un simple religieux sans aucune autorité sur qui que ce fût. M. Ailaire serait inexcusable s'il n'avait été induit en erreur par le P. Talon lui-même, qui, en manière de badinage, avait imaginé le slalus^ ou état du personnel, purement fictif, d'un soi-disant collège de Chantilly. Talon à Condé, 27 décembre 1683 et 22 janvier 1684. P. C.
fut véritablement le ressort vivant et l'âme du coU^^e. Sa sévérité était telle que plus d'un de ses collègues la jugeait implacable. Aucune acception de personne. Avec les cinquante surveillants ou préfets, aussi bien qu'avec les jeunes gens de la première noblesse, fatigués de son impitoyable raideur, il semblait braver l'impopularité ', mais l'ambition personnelle était la dernière préoccupation de cet homme désintéressé qui n'écrivit ni une ligne pour M. le Prince, ni un ouvrage pour le public Sa modestie, égale à son mérite, visait plus haut qu'à ses succès d'amourpropre. Son nom ne figure point dans la Bibliothèque de la Compagnie et sa mémoire a été profondément oubliée. C'est cependant grâce à lui que le collège de Clermont a atteint au dix-septième siècle sa plus grande prospérité. En vain les détracteurs du P. Le Paige se plaignaient que l'austérité dune règle appliquée sans accoounodement rendait plus pénible encore la pratique de devoirs ennuyeux par eux-mêmes, détruisait tout entrain et nuisait par suite à la piété comme au travail ; que l'assujétissante monotonie de la vie scolaire, n'étant plus rompue par quelques divertissements, dégoûtait tant de gens de cœur et de dévouement et exerçait un contre-coup fâcheux sur les enfants; que les pensionnaires habitués à enlever jusque-là tous les premiers prix, les laissaient maintenant à d'autres, au détriment de la bonne réputation du coll^[e* ; sa réponse était dans les faits. Le nombre des pensionnaires s*élevatt de trois cent dix en 1673 à près de cinq cents en 1677. Jamais le vieux collège fondé en 1563 par l'évêque de Clermont, Guillaume Duprat, n'avait été aussi florissant \ A la fin de l'année 1678, les Lettres annuelles prennent un accent de triomphe. Le chiffre de cinq cents pensionnaires est de beaucoup dépassé. Nulle part les belles-lettres ne paraissent plus en honneur ; nulle part, au jugement du public et des personnages les plus considérables, on ne veille mieux aux études et à la vertu des écoliers. C'était le fruit de la piété et de l'union fraternelle qui r^naient parmi les directeurs de cette jeunesse et le résultat de la bonne volonté souple et docile des inférieurs, de la vigilance assidue et intelligente des supérieurs ^ La maison se trouva trop petite, et un bâtiment neuf, large
1. < Quamvis enim P. Primarius convictus suim mereatur laadetn in continenda extema disap/ina^ consiaoks tamen est opinio plurimorum, ^i^m sud implaaxbili severiicUe trga frimut Hûbilitaiis adoUscenteSy modum omnem excedere; et quoniam 50 praefectos ex NN. potins exaspc* rat quam sibi conciliet, etc. > Cliva à Fallu. 13 février i68a A. C**.
2. Inde fit ut officio jam ex se molestia taedioqae plenoa^re se applicent ; atqae ita nec pteUs apparet in convictoribas neque progressas in litteris, ubî satis a|>erte patuit in distributione prsemiorum, cum semper hactenus convictores reliquis omnibus ut plurimum antestarent ; atque ita tandem illustrior convictus fama obscurabitur. > Même an même. — < In convictu Parisienss si Pater Primarius prxfectonim alacritatem non foveat et molestas illorum circa pueros vîgîlias aliquA suavitaie nondemulceai^w^XAt timendum est, ne dum inviti se applicant,multa praetereaot, quse essent scolasticis utiliora, ac ne forte eorum amarities in pueros exoneretur. > Cliva à Vertha* mon, 22 mars 1678. — < De P. Prinarii severitcUe ']2Lm prescripsimus et omnino cupimus emendationem agnoscere ac majorem circa ipx2t{tc\os placabiUiaiem, > Même au même, 24 mars.
3. i Nunquam magis convictus Parisiensis floruit Convictorum numerus ad 500 propemodam excrevit. > Li itéra anniuty 1677 exeunte. A. C^.
4. € Nullibi splendidius florent litterse quam in coUegio Parisiensi, ubi convictores mirum in modum quotidie multiplicantur. yi:/;;/^»^ çuingentorum numerum longe excedurU, Nimirum ea
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et haut, en belles pierres de taille, fut à peine achevé que les nouveaux le remplirent jusqu'aux mansardes.
Le nombre des jésuites, tant du scolasticat que du collège, atteignit en 1680 le chiffre de cent cinq, y compris les Frères coadjuteurs *.
Le seul qui nous occupe actuellement est le régent de cinquième. Nous croyons, sans pouvoir l'affirmer, que ce fut le P. Jacques de la Baune. Et son âge et ses talents l'eussent appelé à une autre chaire, si ses supérieurs n'eussent sollicité de lui ce sacrifice en considération du duc de Bourbon. L'éminent professeur de grammaire et d'humanité, si goûté naguère durant cinq années en ce même collège de Paris, obéit simplement et redescendit en cette basse classe. A nouveau il suivit pour le petit prince la série ascendante de l'enseignement des lettres, ne courant aucun risque de faire ses écoles aux dépens de l'élève et lui apportant cette sûreté de méthode que donne seule l'expérience du chemin exploré et battu *.
Ces notions acquises sur l'établissement et le personnel revenons à réducation.
Sorti en 1675 ^^s mains des femmes, à l'âge de sept ans, pour être confié, dans l'intérieur de la famille, aux soins des PP. AUeaume et du Rosel, puis élève du petit cours préparatoire au collège de Clermont, durant toute l'année scolaire 1676-1677, le petit-fils du grand Condé venait d'accomplir depuis quelques jours sa neuvième année (11 octobre 1677), quand il entra en classe de cinquième.
Le premier qui recueillit des nouvelles pour les transmettre à M. le. Prince fut ce père attaché au duc d'Enghien après l'avoir élevé, et que son nom de François Bergier diV^xi fait surnommer le berget de Chantilly. Lui-même prenant au sérieux l'aimable jeu de mots, véritable expression de sa sollicitude pastorale envers tous les membres de la maison, de l'aïeul aux enfants, signe cette lettre, ainsi que beaucoup d'autres, du pseudonyme transparent Pastor fido. Le bon père relève de maladie et se trouve entre deux médecines. Depuis longtemps il n'a pu se rendre
nunc est omnium, prxsertim optimatum communis opinio, nusquam alibi melius quam apud nos consuli pueronim studiis et pudori. Facit banc celebritatem egregia nostrorum, qui adsunt con* victoribus, pietas et conjunctio, promptaque et facilis ad omne obsequium voluntas, tum vero eoram, qui prscsunt, solers et erecta vigilantia. — In convictu Pari&iensi, novum sdîfîcium extnictum est, quadrato lapide, amplum et praealtum, quod statim ab confluentibus convictoribus occupatum est, et ad tegulas usque babitari cœptum. > UtUra annua^ 1678 exeunte. A. C*.