Gasetle 1680^ p
6. Sur le P. Menestrier (163 i-i705\ voir X?^ Bibliothèque A\x P. Sommervogel, t. V. col. 905-945 ; le Catalogue des œuvres imprimées de Menestrier ^^^s J. Renard et le P. Sommervogel, Lyon 1883, in- 8 ; le Bourdaloue du P. Lauras, t. H, p. 504, et le Dictionnaire des amateurs français au dix- septième siècle^ par M. E. Bonnaffé. Paris 2884, in- 8, p. 216.
mêlant la fiction à la réalité, ce récit nous fait assister à une double contestation. La première, entre les plus célèbres fleuves, à qui fournira ses eaux. L'Eridan invoque Virgile ; le Nil, la croisade de saint Louis ; le Rhin, rimmersion des anciens Francs ; mais TOcéan prononce en faveur de la Seine. L'autre roule sur le nom à imposer. On parle € d'Achille, de Pyrrhus, d'Alexandre, de Scipîon, d'Annibal ou de César, > qui eussent présagé une valeur héroïque ; mais quelques-uns désirent un nom chrétien, tel que Constantin, Théodose, Justinien, Sigismond, Léopold, Rodolphe, Casimir ou Maximilien, recommandables par la dignité jointe à la piété. Sans aller chercher si loin, en pays étrangers, pourquoi ne pas s'arrêter en France, à Clovis, Childéric, Clotaire, Pépin, Charlemagne, Robert ou Philippe, Henry ou Louis ? Le grand Alcandre (Louis XIV) termine le différend en choisissant le dernier, synonyme de toutes les vertus royales.
Nymphes et sibylles prennent acte de ces diverses résolutions ; puis les Muses, dont 4L ce jeune prince est devenu le nourrisson, > font des acclamations publiques et jettent des médailles pour conserver la mémoire de la cérémonie, Menestrier, futur auteur d'une Histoire du roi Louisle-Grand par les médailles^ emblèmes^ devises^ jetions^ inscriptions^ armoiries et autres monuments publics (1689, in- fol), offre ici un modèle de sa rare ingéniosité. S'il est d'un goût douteux de représenter Madame, sous l'image de Thétys < plongeant le jetme Achille dans une eau sacrée pour le rendre immortel, > avec la légende : Ille Dëum vitam accipiet, n est-elle pas irréprochable cette médaille où le jeune prince du sang de France apparaît dans une guirlande de lis, avec le mot de l'Evangile : «Non sic Salomon in omni gloria sua. >
Ces muses du P. Menestrier se risquent même, en dressant un arbre généalogique, à faire des vers français :
Arbre où du grand Condk le Nom et les Anceslres Portent jusques au ciel la gloire des Bourboos, Conserve en celuy-ci tous les illustres noms Des Princes que le monde eut autrefois pour Maistres.
Au collège de la rue Saint-Jacques, en matière de poésie, grec et latin étaient de rigueur. Ces deux langues classiques fêtèrent à l'envi Louis de Bourbon, le vendredi 19 janvier. Des élèves choisis de chaque classe vinrent lui réciter ces compliments de bienvenue, signés quelquesuns de son régent : le P. de La Baune ; de ses précepteurs : les PP. du Rosel et Alleaume, et des PP. Sablé et Vavasseur ; la plupart, du P. Joseph de Jouvancy, le plus éminent latiniste de l'établissement '.
\. Serenissimo principi duci Borbonio^post acceptum a Reçe christianissimo Ludoinci nomen^ in soUmnibus sacri baptismcUis ceremoniiSyin colUgium Claromontanum redeunti^ selecii e singulis scholis ejusdem collegn alumni recitabant. Anno M. DC. LXXX, die XIV Kal. febr. Paris, Bernard, 1680, in-8. — La Bibl. nat. possède, dans sa réserve, an exemplaire (mYc, 983) qui porte les noms des a-.itears, écrits au bas de chaque pièce, de la main du P. de Jouvancy. Il provient du collège de Clermont.
JouvaTicy exploite la comparaison du « Louis d'or, > le symbole de l'héliotrope, tleur naissante qui se tourne aux rayons du soleil, et, avec un à-propos plus neuf, la pl^ce d'Iinperaior que Louis de Bourbon venait précisément de conquérir ; /'/«r liarùoniits Ludovici Homen aceepil eo tentpore, guo locitm Intpcratoris in sua scltola obtinebttt.
- Le Péhe Memkstrier. -
(D'après une estampe gravée par StÉph. Gantrel, 16S7.)
lemblance aisée à trouver avec son tout-puissant parrain :
QtiBm beni, dum ngni modtrarif utpha Latini Htroii wtmttt aiHda reg/nlit Aates l
« Puisque je porte déjà le nom du roi, fait dire La lîaunc au Prince, ourquoi n'arrîverais-je pas plus tard au surnom ? »
LaCruxICaïKl*. »
Jam dala pan magni mihi nominis : altéra retlat ; Nune Lodoix dùor : çuando ego magous ero /
Ces jeux d'esprit plurent vivement au duc de Bourbon. II n'eut de repos que le recueil des pièces fût publié. « Monseigneur, écrit le P. du Rosel, est dans l'impatience de voir les vers imprimés sur son baptesme. On y travaille, et cela sera bienlost achevé. On a eu la pensée de faire imprimer en mesme temps ce que M. Bourdelot a fait sur le mesme sujet, et on luy a dit qu'on le doit faire ; mais on a jugé enfin que la beauté de ces vers feroît tort à ceux des Pères du collège, et je •crois qu'on les laissera imprimer à l'autheur, quand il le jugera à propos '. > Bourdelot fit- il gémir la presse à part et à son propre compte? Le duc de Bourbon, qui n'aspirait jadis à connaître la prosodie qu'afin de [jouvoir critiquer les vers de son docteur ', persuadé d'instinct avec Molière qu'un médecin devrait être autre chose qu'un humaniste, ne paraît se soucier que de ceux des Pères; mais, à force de s'entendre ainsi comparer à Louis le Grand, il voudrait n'avoir pas failli attendre. « Monseigneur me demande tous les jours si les vers qu'on a fait à sa louange seront bientost imprimés, et, quelque diligence que nous fassions, nous ne pouvons satisfaire son empresssement'. > Un peu de vanité se mêlaît-il à ce désir inquiet ? Etait-ce, en son cœur, un effet du reconnaissant souvenir des grâces reçues et des joies éprouvées ? Il est certain qu'il manifesta des sentiments élevés et généreux. Le mardi 23 janvier, premier anniversaire du baptême, tout le collège avait congé, < en considération de Mgr le duc de Bourbon, qui en a bien profité ; ï fit aussi profiler les autres. Le même jour, une fête intime avait réi dans sa famille le P. Jacques Pallu, recteur, son prédécesseur, le P. Jei Pinelte, préfet des études, et les PP. Talon et de La Baune. < sont sortis d'icy fort contens et charmés de Mgr le duc de Bourbon, qui a esté en effet très gay et très joli avec eux. // 5es( souvenu qu'il avoit une place de boursier à demander * > pour le fils de son valet de chambri et, s'il est prêt à céder ses droits à Monseigneur le Dauphin, il les mail tient contre sa propre parente, la duchesse de Ventadour. Son ccet n'était donc pas fermé à la charité chrélienne ni vide de bonté.
Le progrès dans le travail fut un autre fruit de l'impression nanl solennité, et ce fruit devait se conserver presque intact jusqu'à la fin l'année.
A Pâques, il eut le premier prix de version et un vivat crié fortemei par l'assistance fit de ce vendredi (12 avril 1680) « une grande journi pour luy ' ». Le thème, exercice plus sérieux et meilleur indice de fort( études grammaticales, était toujours d'un assez bon élève, lambin