Du Rosel à Condé, 19 et 24 mai 1680. P. C
GRAMMAIRK KT LITTÉRATURE. 261
écrit du Rosel, m'en demande tous les jours de nouvelles à faire ; mais il faut songer aussi au latin et à la version, outre que Ton a partagé les autres fables entre plusieurs écholiers qui y travaillent de leur côté. > Louis de Bourbon avait des titres uniques pour les considérer comme son bien propre. N'est-ce pas à lui que Benserade avait dit :
Monseigneur,
Je m'adresse à vous, parce que je ne sçauroîs m'élever plus haut, et que je ne me sens ni la force ni le courage d'atteindre jusques à ceux qui vous ont donné la naissance : ils sont trop grands pour moy^ et je trouve bien mieux mon conte avec vous qu'avec eux. Proposez-vous de si beaux modelles, suivez les exemples domestiques, allez par où vous estes venu, et vous arriverez de bonne heure au comble de la gloire. Mais que n'entrevoyonsnous pas déjà aux brillants éclairs de vostre cœur, de vostre esprit et de vostre raison ? Aussi que ne doit-on pas espérer de vous, estant fils du Duc d'Anguien, petit-fils du Prince de Condé, et, pour dire encore plus, formé de ce mesme sang qui bout dans les veines du Monarque qui fait tant de bruit par toute la terre, qui sçait si bien l'art de régner... etc Que n'aurez vous point à soutenir vous-mesme quand vous serez dans le tems des réflexions, et que vous viendrez à comprendre de quelle importance il est de ne pas dégénérer. En attend^ que la suite des années dégage les promesses que vous nous faites, agréez ces Petites Fables \
En classe, aux heures plus graves, on parait avoir expliqué beaucoup Virgile et presque à livre ouvert '.
La troisième est la première année, à ce qu'il semble, où Ton parle latin, et cette nouveauté ajoute à Tentrain ^ Enfin Ion commence à se lancer dans la déclamation et ceci stimule plus encore que cela. Condé étant venu de Chantilly à son hôtel de Paris passer les fêtes du jour de Tan (1680). le petit Duc fut prié de donner devant Son Altesse un spécimen de son talent en ce genre. L'acquis lui manquait, et « il le fit mal* >. Quinze jours après, un vendredi, il démanda aux PP. Alleaume et du Rosel de l'exercer, afin d'être prêt pour le lendemain samedi, — jour traditionnel, — au cas où il serait désigné par son régent. Refus des Pères, qui le veulent punir de leur avoir fait si peu d'honneur en présence de M. le Prince et lui répondent vertement : « Si l'on vous interroge, Monseigneur, vous vous en tirerez comme vous pourrez ; vous méritez bien de recevoir quelque confusion de n'avoir pas donné en cette matière satisfaction à S. A. S. » A cette menace, Louis de Bourbon ouvre de « grands yeux » ; mais il aura sa vengeance. Le samedi matin, il se rend en classe à l'ordinaire et déclame, livré à ses ressources personnelles, avec le prince Camille et d'autres écoliers de qualité. Comme le sage du bon La Fontaine, il avait appliqué le proverbe : Ne t'attends qu'à toi seul, et il n'eut qu'à s'en féliciter. « Le désir de la gloire, écrit Bergier,