Jouvancy à Condé, 19 juillet
5. Comment dans la Notice biographique sur La Bruyère, collection des Grands écrivains de la France^ a-t-on pu écrire, p. LViii, une erreur aussi monumentale que celle-ci : < ... Le collège de Clermont qui devait ^/>m/<5/ recevoir le nom de Louis- le-Grand. > Or, l'auteur de celte notice se place en 1684, c'est-à-dire deux ans après l'événement qui, nous le répétons, date des fêtes pour la naissance du duc de Bourgogne, 10 septembre 1682. Cf. Sommervogel, t. V, col. 920, iC" 81.
sujet de l'enregistrement au parlement des Lettres patentes par lesquelles Louis XIV se déclarait fondateur du Collège ' : < Nous avons cru, disait le roi, ne pouvoir mieux favoriser les soins que les Pères Jésuites prennent si utilement dans notre royaume pour élever la jeunesse et luy apprendre ses véritables obligations envers Dieu et envers ceux qui sont préposez pour gouverner les peuples, qu'en reconnaissant ledit collège pour fondation royale. >
I. cTous nos pères protestèrent hautement qu'ils priroient Dieu pour vous toute leur vie, et qu'ils diroient la messe pour vostre santé le jour de Noël qui est le plus propre pour obtenir de Dieu ce qu'on luy demande. > De Champs à Condé, 24 décembre 1682. P. C. Deux ans après, Condé se convertissait entre les mains du P. de Champs. Les Lettres patentes sont datées de Fontainebleau, novembre 1682. Leur enregistrement au parlement de Paris eut lieu le 12 décembre.
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A rhétorique du duc de Bourbon, maintenant achevée, n'était pas naguère commencée que déjà, autour de Condé et même fort à distance, on se préoccupait du futur régent de philosophie. Le P. Bergier avait utilisé, à la fin d'en découvrir un capable, son voyage en Anjou
___ ^ aux vacances de 1681. Avant d'arriver à La Flèche, le
vieux collège illustré par le plus célèbre philosophe du siècle, René Descartes, il a passé par trots maisons de la Compagnie, dont Orléans et Tours. Or, tandis qu'on lui demande, à lui Parisien et familier de Chantilly, les noms « de ceux à qui on peut penser >, il évite de se déclarer pour personne, se contentant de s'informer c tout doucement des uns et des autres >, en vue du rapport à faire à M. le Prince, qui pourra choisir lui-même '.
Douze mois d'avance, on avait songé au choix du maître ; il convenait de se préparer, six mois avant la rentrée, sur le programme. Aussitôt après Pâques (1Ô82), et tout en continuant sa rhétorique, Louis de Bourbon fut pourvu d'un répétiteur chargé de l'initier aux éléments de la philosophie. Ce répétiteur parait avoir été l'un des deux précepteurs. < Quelquefois, écrit le P. du Rosel, on prend certain moment pour parler de philosophie, et pour en entretenir ce que Mgr le duc de Bourbon en a appris '. :» On s'exerçait aussi à parler latin, ce qui sortait moins de la littérature.
Mais enfin, vers le 15 juillet, on partit pour Chantilly, et le choix du régent devînt imminent. Il faut bien reconnaître que si la chaire de logique fut, dans la circonstance, une sorte de bénéfice scolaire laissé à la présentation de Condé regardé comme patron, il n'abusa point de ce droit de numination, lequel d'ailleurs n'exista peut-être jamais que dans
I. Kergier à Condé. La Flèche, 14 septembre 1681. V.C 3. Dix Kosel au mfme. Patis, 25 mai i6Ez. P. C.
les idées du P. Bergier. M. le Prince n'avait point demandé pour son petit-fils d'autre professeur que le professeur en place : le P. Isaac Martineau. Ce Jésuite descendait d'une famille angevine partagée entre la robe et l'Eglise, et jouissant dans le pays d'un renom traditionnel d'honneur et d'intégrité \ Successivement régent à Vannes, à La Flèche et à Rouen, il l'était depuis quatre ans au collège de Clermont, où deux fois il avait enseigné le cours entier : logique et physique. C'était donc un mattre émérite ; mais la petite vérole, à laquelle on échappait si peu alors, l'avait affreusement grêlé. De là cette anecdote, ni plus ni moins authentique sans doute que beaucoup d^ana^ et conservée par le Moriri • : € Louis de Bourbon, devant passer de rhétorique en philosophie dans le collège des Jésuites, les supérieurs dirent au prince Louis de Condé qu'ils avoient un excellent régent... mais qu'ils n'osoient le donner parce qu'il étoit extrêmement laid. M. le Prince répliqua : < Est-il aussi laid que le démon ? > Après l'avoir vu, il dit : < Il ne doit pas faire peur à qui a vu Pellisson ; il faut le faire venir ; on s'accoutumera à le voir et on le trouvera beau. »
On eut tout le mois de septembre pour s'y accoutumer. Le P. AUeaume étant allé en Bretagne arranger quelque affaire de famille, Martineau le remplaça pendant les vacances ^
Sous une vilaine enveloppe, c'était un noble cœur et une âme droite. Honoré de la confiance de Bourdaloue, qu'il assistera à son lit de mort, et de l'affection du duc de Bourgogne, dont il sera l'heureux directeur et l'inconsolable historien, Martineau admira et comprit plus que personne, à Chantilly, le caractère magnanime et élevé de l'excellent Prince qui ne lui avait pas tenu rigueur de ses désavantages physiques. Sa modestie l'avait toujours empêché de paraître en chaire ; il y voulut monter et n'y monta Jamais qu'une fois : ce fut pour prononcer à Bourges \ Oraison funèbre de l'ancien élève de Sainte- Marie, devenu le grand Condé ^ Ce discours respire d'un bout à l'autre son bonheur d'avoir approché le
1. Isaac Martineau, né à Angers le 22 mai 1640 (date vérifiée aux archives de Maine et-Loire), était l'arrière petit fils de Nicolas Martineau, surnommé la Grande- Barbe^ juge de la prévôté d'Angers. Il entra dans la Compagnie le 5 septembre 1665, à Pans, fit profession le 15 août 1683, au collège Louis-le-Grand, et mourut le 20 décembre 1720 à la Maison professe de Paris. Cf. Sommervogel, t. V, col. 627 (sauf erreur pour date de naissance reportée à tort en 1650) ; le P. Lelong, n*» 10389 et 10416 ; les Mémoires de Trévoux^ novembre 1710, page 1933 ; novembre 1712, p. 1878 ; décembre 1714, p. 21 12 ; \t Journal de Dangeau, t. VII, p. 400, et XIV, p. loi ; le Mon'ri^ édit. Drouet, t. VII, p. 302 ; le Saint-Simon de M. de Boislisle, t. VII, p. 189 et note 6 ; enfin, à la Bibliothèque d'Angers, divers manuscrits. Le Néçrologe manque aux archives de la Compagnie.