I. Raynal, Histoire du Berry ^ t. IV, p. 282 et suiv
les pfix et joua les premiers rôles. Il plaisait au Duc; un mutuel courant d'estime s'établit entre les deux écoliers. La pièce où ils parurent ensemble sur la scène, M. le Duc dans le personnage du petit Hyacinthe, Agard de Champs dans celui du roi son père, cimenta leur amitié. Quelques jours après, ce sentiment qui, de la part de l'enfant, pouvait n'être encore qu'une simple camaraderie, dut se changer en admiration réiléchie. Le 5 septembre, jour même de l'ouverture des vacances, Etienne de Champs. le brillant déclamateur, le favori du jeune Ducquittait le collège au seuil de la philosophie, et, le 1 1, sans avoir perdu une journée, ne fût-ce que pour visiter Paris, il entrait au noviciat de la Compagnie de Jésus, au faubourg Saint-Germain. Ce renoncement à toutes les espérances du monde, cette relraite si habilement ménagée, si vivement conduite, frappèrent sans doute l'imagination du duc d'Enghien. Il n'oubliera point. Ce fut entre les mains du P. de Champs, devenu vraiment son père devant Dieu, que ce grand homme de guerre converti voulut faire l'humble aveu de ses fautes '.
Une représentation théâtrale aussi religieuse dans ses effets et si proche encore par son sujet des mystères du moyen âge, n'offrait rien qui pût détourner le jeune Prince de ses devoirs envers Dieu. Nos Lettres annuelles nous apprennent que si en classe il était un modèle par son ardeur militante et sur la scène par l'aisance de ses manières, à l'église, et jusqu'à Jacques-Cœur, il laissait tous ses droits à la piété. Non content de respecter Dieu soi-même, il imposait aux autres ce respect. Alors, il en devenait, dirons-nous apôtre, ou gendarme? Quand parfois quelques-uns des siens n'étaient pas assez attentifs aux offices, d'un mot ou d'un regard sévère il les rappelait au devoir '. Lointaine esquisse de ce grand Condé qui. paroissien de Saint-Sulpice, au milieu de l'auditoire bruyant et nombreux attendant Bourdaloue, s'écriera ; Silence, voilà l'ennemi ^!
Cette inclination sérieuse vers la piété était l'effet direct de l'action commune exercée sur lui par tous les Pères de Sainte-Marie, mais plus spécialement par les deux Pères que M. le Prince avait fait attacher à sa personne, sous l'autorité supérieure du Père recteur. Ces deux Pères, ou plutôt ces deux perpétuels compagnons et ces deux témoins éclairés de toutes ses actions, s'efforçaient de façonner à la vertu son caractère docile, et plus encore de fortifier en lui des sentiments religieux qu'il semblait avoir reçus avec le sang de nos rois *.