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Du Rosel au même, 22 mars. P. C

depuis Pierre Bourdin \ continue à marcher dans la voie des pérîpatéticiens. Il consacre la dernière et la plus intéressante de ses Disputationes à détruire l'édifice échafaudé par Descartes.

Analyse et réfutation du Discours de la méthode se partagent cette remarquable dissertation. L'analyse est serrée et substantielle ; les écoliers d'alors n'avaient rien à envier, sous le rapport de l'art du résumé, aux manuels de nos modernes candidats au baccalauréat. Leur professeur se fait même pour eux plus clair quç l'auteur. Martineau expose d'abord le dessein de Descartes, son origine et ses motifs : dégoût des ouvrages existants et désespoir d'atteindre par eux la vérité, dédain des préjugés, amour de la raison pure. Il passe ensuite à la division, et se contente d'embrasser les parties deuxième, troisième, quatrième et sixième. Les quatre principes sont énumérés à leur place, ainsi que les trois règles de morale. \J emploi de la nouvelle méthode comprend les preuves de l'âme humaine par la conscience de la pensée, et de l'existence de Dieu par l'idée de notre imperfection.

Ayant ainsi condensé tout le fameux traité en ces trois paragraphes, il reprend successivement dessein, parties et emploi, pour soumettre les doctrines à une critique exacte et précise.

Avec quelle mordante ironie il examine la genèse du grand projet ! A l'en croire, on ne peut s'empêcher de louer les sentiments d!humanité de Descartes, qui, à la vue de ses semblables plongés dans un abîme d'erreurs, entreprend de dissiper leurs profondes ténèbres. L'admiration n'égale-t-elle pas l'étonnement en entendant ce novateur déclarer que, de tant de beaux génies ses devanciers, de tant de chercheurs échelonnés avant lui sur la route des siècles, aucun n'a pu l'aider en rien, ou ne lui a servi que si peu ! Faut-il crier à la grandeur d'âme ou à la témérité d'esprit devant un philosophe assez osé pour se persuader que l'entreprise tentée et manquée par tous avant lui, seul il peut la reprendre avec ses propres forces et la faire aboutir? Pour conclusion, gardons- nous d'accuser Descartes de modestie !

Contre le maître, le P. Martineau a daigné aiguiser ses flèches ; contre les disciples, il frappe à coups de massue. Les cartésiens, qui donc supporterait ces gens-là } Pour exalter leur chef, ils rabaissent tous les autres. Dans leur piété naïve, ils bénissent le Ciel d'être nés en ces temps heureux auxquels était réservé un tel docteur de sagesse. Pour eux, rien de bon dans la philosophie aristotélicienne, comme si chaque cartésien était nécessairement un ennemi juré d'Aristote. Quant aux vils péripatéticîens, aveugles, ils suivent un aveugle. A peine saint Jérôme et saint Augustin trouvent-ils grâce.

I. Voir De Hypothest Cartesiana, Positiones physicomatkemaiica^ 13 juin 1665, thèse signalée par le P. Alfred Hamy ; les décrets des Congrégations de Paris et de Rome en 1682, cités par le P. de Rochemonteix, Collège Henri IV de La Flèche, t. IV, p. 81. Il est à remarquer que le premier cours de logique et de morale < un peu modernes I professé à La Flèche est de 1688 {tbid,, p. 31). La trouvaille des cours du P. Martineau fait remonter la date pour le collège Louis-le- Grand.

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Descartes a avancé € qu'il est bien plus vraisemblable qu'un homme seul ait rencontré les vérités un peu malaisées à découvrir que tout un peuple > ; cette affirmation ne semble pas au P. Martineau tout à fait conforme au bon sens. Sans doute les sciences relèvent de la raison et non de l'autorité ; s'ensuit-il qu'on ne trouve pour les étudier aucune aide dans autrui?

Neque enim amnia fossumus omnes.

On épargne sa peine à tirer parti des inventions et des théories des autres ; non pas qu'on leur accorde une foi aveugle, mais un assentiment éclairé.

Et voici le dilemme d'où ne peut sortir Descartes : Ce qu'il dit est vrai ou ne l'est pas. S'il est dans le vrai, il n'apporte pas de neuf, car le critérium de l'adhésion aux assertions des auteurs a toujours été la vérité et non leur parole. S*il apporte du neuf, il est dans le faux, car l'inutilité du recours aux lumières d'autrui, telle qu'il la proclame, n'est point acceptable. Et puis, est-il bien sûr que Descartes lui-même n'ait pas emprunté, et beaucoup, comme on le démontrera en son lieu, aux philosophes anciens et mêmes récents ?

Arrivé aux quatre grands principes de la méthode et aux trois de la morale cartésienne, Martineau va-t-il les rejeter en bloc ? Non, mais sa critique de détail en laisse subsister bien peu. S'il les reconnaît utiles, c'est pour rétracter aussitôt cette concession forcée, en niant leur originalité et leur nouveauté. Il lui semble que quiconque avait jusque-là recherché la vérité avec quelque souci de la logique, ne s'était jamais incliné que devant l'évidence.

Et puis à quoi me sert de savoir maintenant que je ne dois < recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connaisse évidemment telle >, si l'on ne me fournît le moyen de discerner l'évidence vraie et fondée de l'évidence seulement apparente }

Les idées claires et distinctes paraissent elles-mêmes sujettes à caution au régent anticartésien. Descartes en est pour lui un exemple : sous prétexte qu'il avait l'idée claire et distincte de la matière indéfinie, il a cru l'univers sans limites ; or son opinion est erronée. Sa règle pourrait être vraie en soi, malgré les conséquences de l'abus ; à tout le moins, elle n'est pas pratique.

Le principe fondamental : ego cogito, ergo sum, fût- il juste, ne saurait être qualifié de premier principe ni soutenir toute une philosophie. Luimême repose sur cet axiome \prius est esse quant agere, il faut être avant que d'agir et de penser. Cet axiome est évident ; or il préexiste au raisonnement de Descartes ; ce n'est donc pas celui-ci qui est à la base de nos connaissances méthodiquement ordonnées.

Le doute érigé en système est contraire à la nature des choses. Peuton bien en effet tenir un instant pour incertain ou pour faux ce qu'on

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perçoit comme évidemment vrai, puisque le propre de l'évidence est d'exclure tout soupçon d'erreur ?

Descartes cherche à mettre l'essence de l'âme dans la pensée ; ses raisonnements ne portent pas. II veut prouver l'existence de Dieu par la conscience de notre imperfection, d'où naît en nous l'idée de l'être parfait : même impuissance à faire sortir la certitude de ses démonstrations.

Ainsi son édifice logique et métaphysique est déclaré caduc. Ses règles morales, la première surtout, qui consacre la croyance due et gardée par l'éminent penseur à la foi de ses pères, ne reçoivent qu'une part d'éloges, et assez mesurée.

Martineau était sévère ; mais avait- il tort .'^ Il ne laisse rien debout de ce qu'il y a d'original dans le Discours de la méthode, et crie, dès qu'il y rencontre quelque opinion plus solide, au plagiat d'Aristote. La révolution cartésienne n'aurait- elle donc été qu'un leurre et une illusion ? Martineau le prêchait — dans le désert. Il y a tout juste un an que deux docteurs de l'Université reprenaient sa thèse et soutenaient à leur tour que Descartes, l'homme qui avait cru tout renverser pour tout refaire à nouveau, fut, non le premier des modernes, mais le dernier des anciens \

Dans l'intérieur de l'hôtel de Condé, le dernier mot n'était pas dit pour cela aux disputes scolastiques. Le jeudi soir (8 avril), le duc d'Enghien fait argumenter contre son fils, ^ pendant le souper, > M. Deschamps, aumônier de Mme la Duchesse. On débat l'éternelle question : siens est 7inivocum respectu Dei et creaturce. Les Pères étaient absents. M. Deschamps fut content, M. le Duc également, et Mme la Duchesse rapporta au P. Bergier la satisfaction de son mari.

Le duc de Bourbon ne pensait déjà plus qu'à Chantilly et aux vacances de Pâques *. Quelque chose d'inaccoutumé se préparait pour lui. Il € fit ses dévotions > d'avance, le jour des Rameaux ; le lendemain, lundi, il partait emmenant le P. Martineau, son régent, et le chevalier de Longueville, un de ses meilleurs camarades, celui-ci enchanté € autant qu'on le peut être. > D'autres Pères et jusqu'au Frère coadjuteur Ricardeau, le socitis attitré du P. Bergier, d'autres amis s'y rendirent ensemble ou les rejoignirent ^.

Le jour de Pâques (i8 avril), Condé tient conseil avec le duc d'Enghien, et il est décidé entre eux que Louis de Bourbon recevra la confirmation. Envoi de l'abbé Blanchet, aumônier de M. le Prince, à Sanguin, évêque de Senlis, pour demander l'autorisation de faire la cérémonie dans la chapelle du château. Il rapporte une permission verbale € tant pour Mgr le duc de Bourbon que pour tous ceux qui s'y présenteroient >. Le

1. G. Milhaud. Num Cartesii Metkodus tanium valeat in suo opère illustrando quantum ipse senserit, — F. Martin, De illa quant Cartesius sibi ad iempus effinxU ethica, 1894, in-8.

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