‹ Trois éducations princières au dix-septième siécleChapitre 172 sur 181 · Cérémonial Ms · texte numérisé non relu

Cérémonial Ms

2. € I. Assignare mentis operationes, earumque tum naturam, tum ordinem explicare. — 2. Assignare syllogismorum figuras et earum régulas tum communes, tum particulares explicare.

— 3. Assignare modos, in quâlibet figura légitimes, et metbodum eorum inveniendorum exi>licare.

— 4. Apprehensio simplex non potest esse falsa. — 5. Gradus metapbysici non distinguuntur realiter. — 6. Ens est univocum respectu substantise et accidentis. > Alleaume à Condé. Paris, 13 mai 1683. P. C

La famille chrétienne y est étudiée aux points de vue multiples de la société conjugale : droits et devoirs réciproques des parents et des enfants, des maîtres et des domestiques. Les principes supérieurs qui doivent présider au bon choix d'un époux, avec de précieux conseils sur Tâge convenable, les qualités à rechercher, la préférence à donner aux qualités du caractère et du cœur sur les biens de la fortune, sont exposés à la double lumière de la sagesse antique et de la révélation chrétienne, d'Aristote et de saint Paul.

D'autres traités apprennent quelle est la meilleure forme de gouvernement, évidemment la monarchie, comme plus ancienne, plus rationnelle et plus imitée de la nature.

Le lien étroit qui unit le citoyen à l'homme et les vertus du prince ou des particuliers à la prospérité générale, inspire à l'auteur les plus sages considérations sur l'utilité d'une religion d'Etat, laquelle doit être la vraie religion.

Ce cours renfermant des pages entières sur le divorce et ses inconvénients, la comparaison de l'éducation publique avec l'éducation privée, la bonne gestion du pater familias d'après les jurisconsultes romains, etc., s'adressait, en la personne de Louis de Bourbon, à un enfant de bientôt quinze ans, mais qui devait se marier à dix-sept ans et demi (24 juillet 1685). Les princes et les jeunes gens de haute naissance entraient tôt dans la vie. Aujourd'hui, les limites d'âge sont reculées. Est-on pour cela mieux instruit par avance de tous les devoirs à accomplir, de toutes les grandes et saintes choses à respecter ?

Malgré la surabondance des matières d'un cours de morale si largement entendu, et allant presque de \ Ethique à Nicomaque au Manuel d'éducation civique, le dernier mois de Tannée fut aussi consacré à la physique générale. Sur ce terrain, le régent de Louis-le- Grand se retrouvait aux prises avec Descartes, et il n'esquiva point la lutte. Le livre des Principes devint son objectif; il le cribla. Ce n'est pas qu'il fût rétrograde et regardât sans cesse à Raymond Lulle ou à Aristote ; il se réjouit que de singuliers progrès aient été faits depuis peu d'années dans la connaissance des choses naturelles, grâce à l'alliance de l'expérience et de l'observation avec le raisonnement. Mais il y a limite aux hardiesses de la science. Le vrai ne pouvant être opposé au vrai, comme il le rappelle d'après le concile de Latran, toute assertion contraire à la Révélation devra être tenue pour fausse, ou le conflit pour apparent. Aussi ne sait-il pas trop mauvais gré à Gassendi qui a tenté d'adapter le système cosmogonique d'Epicure aux découvertes récentes et à la foi chrétienne \ A Descartes lui-même il finit par accorder le génie en mathématiques et une brillante imagination en matière d'hypothèses physiques.

I. < — Donec recenti memoria Petrus Gassendus, vir doctissimus atque in rébus astronomicis versatissimus, intermortuam illam excitavit perfecitque doctrinam, detractis praesertim iis (}uae Christ ianae fidei minus congruerent. > Physica^ Ms.^ fol. 9. Ce texte s'ajoute à ceux qu'a cités Francisque Bouillier, dans son Histoire de la philosophie cartésienne^ 3* éd., t. I, p. 575.

Cette polémique perpétuelle eût fatigué, si le texte même des Principes attaqués n'eût passé sous leurs yeux. Louis de Bourbon n'entrevit pas seulement Descartes à travers le P. Martineau ; il le connut directement Tannée suivante, en classe de physique (1683- 1684): «Nous avons examiné aujourd'huy la suite du traité des Causes et ensuitte nous avons continué de lire les Principes de Descartes. Comme le livre est remply de figures qui représentent les trois élémens de cette Philosophie, Mgr le duc de Bourbon se fait un plaisir d'y retrouver les matières subtile, globeuse et rameuse qui y font leurs effets. »

Les expériences ne l'amusaient pas moins que ces savantes figures. Le froid et la gelée interrompirent au fort de l'hiver le fonctionnement des appareils. Courte relâche. Vers la fin de janvier on avait repris < la machine de Bœl et celle de Toricelli. > Le P. Martineau explique < la question de la pesanteur de l'air à laquelle on attribue les effets qu'on attribuoit autrefois à l'horreur du vuide. » Le bon Père, — voulait-il se faire la main ou cédait-il au goût de son élève, avide de ces récréations scientifiques } — songeait à essayer ses expériences en particulier avec le duc de Bourbon avant de travailler devant la galerie à^s physiciens, à Louis- le-Grand. Du vide on passa au mouvement. Mais on revenait sans se lasser à l'étude de ces admirables découvertes qui eussent à elles seules immortalisé chez nous le nom de Pascal. La joie d'avoir arraché un de ses secrets à la nature et répudié à jamais une des formules pompeuses dont s'était décorée une séculaire ignorance, perce entre les lignes de toute la correspondance d'alors. Les découvertes du paratonnerre au dernier siècle, du téléphone ou de l'éclairage électrique dans le nôtre, n'ont pas flatté davantage l'orgueil ou la vanité de générations plus instruites. <L On fit hier matin (27 janvier 1684), en présence de Mgr le duc de Bourbon, depuis huit heures et demie jusqu'à onze, toutes les expériences qui regardent le vide et plusieurs de celles qui regardent la pesanteur et V équilibre des liqueurs. Il ne s'y ennuya point du tout. Il fut fort attentif à ce qu'il voyoit et il rendit asses bien raison de plusieurs phénomènes sur lesquels on l'interrogeoit. Tous les jeunes jésuites de sa classe qu'il avoit eu la bonté d'inviter y furent présens. On fronda beaucoup f horreur du vide, et tout fut attribué à la pesanteur et à la vertu élastique de l'air. >

Après Pâques, on étudia, entre autres questions, « en quoy consiste la transparance ou la diaphanéité des corps, > et l'on expliqua c les phénomènes de l'air, ceux de la terre, les fontaines, la mer, la cause pourquoy elle est salée, les opinions différentes sur son fiux et sur son reflux, etc. >

De chimie, on s'occupe assez peu. C'était encore l'alchimie. Les savants les plus avancés tenaient pouf cinq éléments au lieu de quatre. Martineau croit que c'est aller trop vite et qu'on peut se contenter des quatre. Tous se divertissent des inventions plus par curiosité que par savoir. Quand le P. Talon n'a rien à mander à Condé sur ses gens du

Châtelet ou de la Grève, il lui annonce qu'un Jésuite étranger vient de trouver la recette du feu grégeois. Heureux temps où les explosifs n'intéressaient guère que les princes du sang et les aumôniers de prison !

Ce qui passionnait cette fin du grand siècle, aussi éprise de spéculations élevées et de principes rationnels que la nôtre de naturalisme, de positivisme et d'applications matérielles, c'était donc la querelle du cartésianisme. Les Œ/^/r^j de Descart^ avaient été achetées aux dépens de Condé pendant les tacances de 1683, et remises à son petit-fils entre les deux années de philosopîiie '. A peine celui-ci sorti du collège, La Bruyère continuera à lui faire lire les Principes, sous lesyeux mêmes des PP. Alleaume et du Rosel.

Nous ne suivrons pas le duc de Bourbon dans cette seconde phase de son éducation, l'éducation du dehors, celle qui durant deux années encore (1682 84) continuera avec des maîtres nouveaux, dont nous venons de nommer le plus illustre, l'auteur des Caractères. La correspondance, toujours aussi abondante, des deux précepteurs jésuites, nous permettrait de le faire ; mais elle a été utilisée avant nous par M. Allaire. Son vaste ouvrage en deux volumes apprend sur cette période tout ce que l'on peut apprendre, et au-delà.

Revenons seulement en arrière, ou plutôt arrêtons-nous durant quelques pages, pour nous demander quel bagage de connaissances accessoires le duc de Bourbon emportait du collège Louis-le-Grand. Il avait négligé le grec. Avec certaines notions d'histoire, dont en rhétorique il étudiait tous les soirs < quelque chose à l'ordinaire >, il possédait aussi des éléments de géographie. Il avait également commencé cette dernière étude dès la rhétorique, contrairement à l'usage ordinaire des collèges de la Compagnie, où elle était réservée pour la philosophie. Peut-être ne l'apprit-il pas d'abord en classe, mais dans les répétitions privées du P. du Rosel. Toujours est-il qu'on y attachait assez peu d'importance. Le meilleur du temps était consacré aux humanités : version, vers, amplification, explication des auteurs ou des principes de littérature, exercices sur les figures de rhétorique ; la géographie, on n'y « pense que dans les moments indifférents. »

La raison n'en est pas un dédain systématique de cette science, mais l'expérience de sa facilité. Le duc de Bourbon y réussit sans effort ; rhétoricien de treize ans, il avait la mémoire encore toute fraîche et fortement développée par tant d'années de leçons ! Savoir par cœur, il y arrive ; mais réfléchir, il ne s'y décide pas. C'est l'éternel refrain des précepteurs : « On continue... à apprendre quelquefois la carte, et l'on n'a aucune peine dès qu'il ne s'agit,que de concevoir ; l'affaire est d'avoir ensuite une application constante à se servir de ce qu'il a très bien conçu. » Cette observation est de décembre 168 1. En février 1682, l'on

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