‹ Trois éducations princières au dix-septième siécleChapitre 34 sur 181 · Papien de Cotid/, série · texte numérisé non relu

Papien de Cotid/, série

des deux professeurs de ihétoriquc de Sainie-Marie :,i. VIK, fol. 114-

12. Piice attribuée a Bt éiait en celte 1 l'autre, le P. Pbillpi

PHILOSOPHIK ET DROIT. 61

Instruit. Esprit et caractère formés, où domina une piété digne d'un prince très chrétien ; il en est tellement imbu qu'elle épanouit en lui les plus brillantes vertus. Débuts d'un heureux augure qui promettent pour la suite des prodiges. Son âge tendre et sa culture avancée, les solides fondements de ses progrès, feront de lui, au jour où il sera un homme, le puissant soutien de la religion et du royaume. De tous les devoirs du chrétien, il n'en est aucun dont cet enfant modèle n'ait pratiqué l'entier accomplissement et au-delà. Assiduité aux sermons, fréquentation de la Sainte Table, dévotion à la Sainte Vierge, prière du matin et examen de conscience du soir sont pour lui des obligations sacrées. Il s'en acquitte dans la vie publique et privée, devant les siens et devant ses concitoyens '.

Dans ces conditions de vie profondément chrétienne, des vacances, même commencées au soir des Conclusions triomphantes,et sans perspective de fin prochaine, n'offraient point apparence de péril. Mais à la sauvegarde surnaturelle de la piété, M. le Prince était là pour faire joindre à son fils le préservatif naturel du travail. Changement d'études, c'est presque l'unique repos que connut M. le Duc accouru à Montrond dès la fin de juillet, tandis que ses camarades attendaient la distribution, plus lente à venir alors que de nos jours, entre les murs des classes. Le philosophe d'hier était maintenant étudiant en droit, mais étudiant d'autant moins libre qu'exempté d'inscriptions à prendre, il ne dépendait pas de la rentrée de novembre. Au mois d'août, il se mettait à l'œuvre, et le droit n'était pas seul à figurer au programme. Le plan des études nouvelles est tracé tout entier dans cette lettre du P. Pelletier à M. le Prince :

Monseigneur,

Le désir que j'ay de ne manquer en chose qui dépende de mon devoir fait que je reçois toutes les occasions que Dieu me donne pour rendre compte à V. A. de la parfaitte santé de Monsieur le Duc et de l'heureux succès et progrès de ses estudes. Nous avons desjà achevé le premier livre des Institus, et presque l'aritmétique, advançons en l'histoire qui est de longue haleine, et en la lecture de laquelle il prend plaisir ; aussi est-ce une belle échoie où se font les hommes. Les festes, je luy explique les controverses sur les épistres de St Paul, pour luy monstrer le chemin de la bienheureuse éternité, puisque c'est là où toutes ses actions doibvent viser pour correspondre à la grandeur de sa naissance. Aussi est-ce là où tout le monde le porte par souhaits, par prières, et par services. Je prie Dieu qu'il le conserve et me rende assé heureux que d'y contribuer tousjours quelque chose, afin que je me puisse dire en vérité ce que je suis

Monseigneur

De Vostre Altesse,

Le très humble, très fidèle et très obéissant serviteur en N. S.

G. Pelletier, de la Comp« de Jésus.

De Mon-Rond.

2 sept. 1635.

A Monseigneur.

I. Ac doctrinam çiuidem, subacto ingénie, superavit pietas ; christianissimo Principe dignam sobolem sic irrigavit, ut in omnem verae virtutis gloriam efflorescat : Isetissimi ortus mirifîcas progressiones aspromtttunt et grandibus illius «tas tenera praestructa rudimentis religioni regnoque magnum incrementum ab viro fore consignât. Nam quibus christiani officii partibus pueri excellentissimi pius animus non praefuit, modo verum etiam superfuii, cum audiendis concionibus, usurpandis cœlestibus epulis, colendae sanctissimse Matri, salutationis raatutinae serotinseque discussionis penso et soluto, publice civibus, privatim suis prxluceret. Littera annua, 1635.

Matières de cet enseignement supérieur, choix et influence des maîtres, distribution du temps entre les divers exercices valent bien qu'on s'y arrête.

La piété du duc d'Enghien ne devait point être pure affaire d'impression passagère comme les habitudes d'enfance. La transition du collège dans le monde demandait une foi éclairée par la raison, et initiée aux objections régnantes. Henri II de Bourbon-Condé voulut qu'on lui fit voir « la plus grande partie de l'Écriture sainte : tant ce bon prince craignoit que monsieur son fils ignorât quelque chose ' >. La question biblique, bien que sous une forme différente, alors comme de nos jours agitait les esprits. Protestants et catholiques discutaient sur l'interprétation du texte sacré pour en faire dériver leurs doctrines opposées de la justification. Si dans la docte ville de Bourges les réformés avaient rencontré en M. le Prince un ennemi déclaré, on se souvenait encore que Calvin avait étudié à l'Université, et tout levain d'hérésie n'était pas étouffé. M, le Uuc n'avait qu'à étendre la main pour trouver dans la bibliothèque de Montrond, à côté d'ouvrages ascétiques par des Jésuites et des Grandeurs de Jésus par BéruUe, le « Combat ckrestien de Du Molin, ministre », oublié là en 162 1 par le vieux huguenot Sully '. Le cours de religion était donc adapté aux exigences de l'époque et du milieu.

Rompu à l'argumentation scolastique et à l'usage subtil des distinctions, M. le Duc avait d'ailleurs un penchant naturel pour la controverse et ne pouvait que prendre intérêt à ce mode d'exposition des vérités chrétiennes. Sa vie durant, il conserva ce goût qu'il transportait dans tous les ordres des connaissances divines et humaines. A lui plus qu'à d'autres la discussion était d'un grand secours. Le bon La Fontaine appelait cela ses contestations. < Elles sont fort vives, dit-il, et font honneur aux sujets... Il aime extrêmement la dispute, et n'a jamais tant d'esprit que quand il a tort... Il n'est point plus content que lorsqu'on le peut combattre avec une foule d'autorités, de raisonnements et d'exemples ; c'est là qu'il triomphe ^ » Le P. Pelletier avait découvert, cinquante ans avant La Fontaine, cette tournure intellectuelle de son élève.

Le professeur de droit était un personnage aussi grave que sa toge, orné de grandes qualités et déparé par de moindres défauts. Ce docteur, que Lenet proclame sans ambages 1' « homme le plus fameux de son siècle» et qui était assis depuis 1612 dans la chaire de Cujas, en l'Université de Bourges, se nommait Edmond Mérille, qualifié <ï Conseiller de Sa Majesté, doyen des docteurs et professeurs es droîcts >. Sans parvenir à la hauteur écrasante de son plus illustre prédécesseur, il avait

Page 1