‹ Trois éducations princières au dix-septième siécleChapitre 38 sur 181 · octobre · texte numérisé non relu

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9. Nicolas Coeffeteau^ dominicain^ évêque de Marseille (l 574-1623), par Ch. Urbain. Paris, Thonn, 1893. ^^^^ le chapitre vu : La Traduction de Florus et V Histoire romaine. Il n'eût pas été hors de propos d'y rappeler que Coeffeteau fut un des livres de classe du duc d'Enghien.

Le P. Pelletier ne tolérait point, malgré Mérille, que l'heure de droit romain fût supprimée, et tenait pour l'exacte observation du règlement d'études. Mais il se rendait compte qu'un adolescent de l'âge du dut: d'Enghien — il avait eu quatorze ans le 8 septembre — avait besoin de grand air et de mouvement. La complexion de Louis de Bourbon n'était rien moins que forte. Leriet, qui avait eu l'honneur d'être «cogneu de luy dès le temps qu'il estudioitaux humanJtés.etmesme d'entrer dans ses plaisirs et sa familiarité, » ne donne qu'une raison pour laquelle, au sortir du collège, M. le Duc retourna à Montrond : < encore trop délicat pour les exercices violans '. > Maigre et pâle, à en juger par touS les portraits de ses premières années, il était loin d'avoir une complexion vigoureuse. Son père craignit les entrai nements de son ardeur et recommanda une sage prudence même dans les jeux. La lettre du P. Pelletier, datée du 1 5 septembre, est dans ce sens. « Monsieur le Duc se commande grande^ ment dans ses exercices qu'il prend sans aucune violence et avec beaU' coup de modération, et j'assure V. A. qu'il ne fut jamais dans si grand respect ni désir de luy plaire, comme il fait le seul sujet de ma consolation, puisqu'en faisant vos volontés très justes, il fait celles de Dieu. II employé exactement le temps qu'elle a ordonné pour les exercices, sans en rien relâcher. > Mais, aux yeux du directeur, il n'y avait pas assez de détente dans tout l'ensemble de cette existence déjeune prince vouée à un travail continu et à une réclusion nuisible 11 eût souhaité plus de promenades. Ici, il se heurta à la résistance du brave La Buffetîère, chargé de l'éducation de M. le Duc. Le portrait de ce gentilhomme dauphinois par Lenet donne la clef de \ imbroglio qui va suivre : « Doux et quelque vertu, bon homme, fidèle et bien intentionné, et qui savoit suivre au pied de la lettre tout ce qu'il (M, le Prince) ordonnoit pour la conduite de son fils '. > La Buffetière se déclara contre ce qu'il regardait comme un excès de promenades ; il est vrai qu'elles retombaient sur luî, ce qui l'excuse amplement. De là de véritables scènes de famille, auxquelles les doléances du P, Pelletier n'enlèvent pas tout leur comique.

Le médecin, M. de Montreuil, prit, paraît-il, parti pour le P. Pelletier, ainsi que Mérille, et l'affaire fut portée devant M. de Maulour, le gouverneur de la place. Mais La Buffetière ne céda point et son obstination mit le pauvre Jésuite au désespoir.

Pour vaincre l'opiniâtreté de ce dernier, le P. Pelletier imagina que l'innocence de M. le Duc serait plus puissante que son éloquence, et ce fut l'enfant qu'il députa au vieux gentilhomme. Lui, insensible aux grâces, laissa éclater toute sa colère. L'explosion fut peu terrible. Après la comédie, la tragédie ; mais suivie d'un heureux dénouement.

Il en fut de ces vacances comme de toutes les choses bien réglées elles portèrent leur fruit ; la raison de M. le Duc mûrissait de plus en plus sous celte paternelle discipline ; sa constitution débile acquérait de

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la force ; le jeune homme remplaçait renfant. Sur ce thème du progrès moral et physique de son petit Prince, le P. Pelletier ne tarit pas. Le 7 octobre, il rompt un silence de courte durée, pour redire « la parfaite santé de M. le Duc > et les « perfections de son corps et de son esprit qui se fortifient également. > Mais devant le spectacle de cette transformation qui fatalement arrachera bientôt à la tutelle de précepteurs vigilants et à la compagnie de vertueux camarades, Tancien élève de Sainte- Marie et le congréganiste de Notre-Dame, son cœur de père se resserre, son regard se trouble et il ne peut s'empêcher de verser une confidence de crainte dans l'âme de M. le Prince. Toute cette éducation si lentement et si patiemment élaborée, tous ces efforts multiples convergeant sur une seule tête si chère, allaient-ils donc se perdre et s'évanouir sans laisser de trace, au souffle délétère des compagnons perfides et des libertins de profession ?

Monseigneur,

.... Monsieur le Duc se porte très bien grâces à Dieu, obserue exactement et sans répugnance l'ordre que V. A. luy a prescrit,tant il s'estudie à faire,avec tout respect et amour,ses volontés, ce qui me donne des consolations bien sensibles, et me fait espérer que croissant en aage, il se fortifiera contre les discours que les libertins du temps ont cous tu me défaire^ et pourront, pour le divertir du devoir et obéissance qu'il est obligé de rendre à Vostre Altesse, s'il veut estre béni de Dieu et aymé des hommes. C'est la leçon que je luy redis souvent avec protestation : que tandis qu'il sera obéissant aux commandements de V. A. et aux lois de Dieu, jamais il ne sera sans les bénédictions célestes. C'est le désir et le sujet (de mes) vœux et (de mes) prières '.

Alarmes peut-être prématurées. L'heure de l'entrée dans le monde n'avait pas encore sonné. De Montrond l'on revint à Bourges après trois mois de vacances, et les études y continuèrent comme devant, sauf que M. le Duc ne retourna plus au collège Sainte-Marie € matin et soir > comme il avait fait pendant près de six ans.

Une des dernières préoccupations du précepteur en rentrant de la campagne à la ville avait été la question dérèglement. A Jacques- Cœur, i les heures de la prière, de la messe, des repas et des divertissemens % > avaient toujours été distribuées à la perfection ; mais maintenant que le manque de classes laissait une large lacune dans le cadre aux compartiments naguère si pressés, les leçons de droit et d'histoire devraientelles remplir tout entière la place demeurée vide } Le P. Pelletier consulta par deux fois M. le Prince ^ La réponse fut dans le goût du duc d'Enghien, qui remercia avec effusion son père de le taxer à deux heures seulement par jour, et protesta facilement que, lui eût-on imposé davantage, il l'eût accepté de bonne grâce ^ Auprès de lui. à Jacques-Cœur,

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