Urr s'employait alors pour enseigner
4. Pelletier i M. le Prince. Montrond, 17 septembre 1635. Papitrs de CotuU, série M, t. VI,I fol. 195.
5. C'est ce que rappellera M. le Duc à son père, dans une lettre datée d'Avallon,i3 octobre 1636 Hiitôirt des Princtt de Condé, t. II!, p. 567.
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En fondant à Sainte-Marie une Faculté de théologie, Henri II de Bourbon-Condé n'avait accordé au collège qu'un bienfait stérile et plus honorifique qu'efficace, si la collation des grades n'y attirait des élèves. Or cette collation était subordonnée à l'incorporation dans l'Université, et celle-ci refusait de recevoir les cinq nouveaux maîtres que les Jésuites lui offraient. Les Jacobins, bien que vivant en bonne harmonie avec les Pères du collège \ craignaient-ils la concurrence de nouveaux docteurs ? Ils fournirent quelques membres à l'opposition ; mais le plus grand nombre d'entre eux avaient déjà souscrit à une transaction honorable pour les deux Ordres, dont chacun devait avoir désormais quatre voix dans les assemblées de l'Université. Le décanat de la Faculté de théologie était partagé entre réguliers et séculiers. En vertu delà transaction du II août 1634, il appartenait une année au supérieur des Jacobins, une année à celui de Sainte- Marie, et la troisième à un docteur étranger aux deux maisons. On reconnaît dans cet accord l'influence toujours conciliatrice de M. le Prince '. Elle n'échoua guère que devant le Jacobin Mathurin Régien, <L religieux de grand poids et de mérite > au dire des siens et de <L beaucoup de fermeté ^ », vertu qu'il plaça dans une résistance aussi vigoureuse que prolongée.
Son antagoniste était un écrivain de l'école de saint François de Sales. Etienne Binet, provincial des Jésuites de France, avait dans ses écrits la grâce, encore exagérée chez lui, de l'évêque de Genève, son modèle \ Il résolut d'en finir, en s'appuyant sur la volonté inflexible du prince de Condé et sur le concours énergique du P. Le Mairat. D'abord, il vit le P. Pelletier en passant par Bourges, et le précepteur écrivit à M. le Prince pour « supplier humblement (Son Altesse) d'acheuer ce qu'elle a ambrasse avec tant d'affection, l'union de la Théologie auec l'Université de Bourges, laquelle ne peut estre que par son authorité, afin que les PP. Jacobins n'y apportent plus de retardemens et oppositions ^. »
1. i Cestoit la coustume pour lors et qui s'est pratiquée encore longtemps après, d'envoyer les Novices (Jacobins) chez ces Rnds Pères Jésuites pour y faire leurs basses classes. > Page 170 de V Abréf»é de V Histoire du couvent des Frères Prêcheurs de la ville de Bourges^ en Berry^ par F, Antoine Gevry^ docteur en théologie y religieux du même couvent. A Bourses ^ le XXY Janvier i6q6. Cette histoire, demeurée manuscrite, a été retrouvée dans la Bibliothèque de Saint- PétersbourfT, et publiée par les soins de M. de I^ugardière et de l'abbé de Champgrand, en 1877 (Bourges, Sire). Elle ajoute beaucoup à Raynal, 2Linsi qv^iiVmtértsssLnie Monographie du couvent des Jacobins de Bourges^ par M. l'abbé A. Menu (Bourges, 1873.) Un deuxième exemplaire a été découvert depuis à la Bibliothèque nationale .
2. Oo lit au bas de l'acte : € Nous remercions les Pères Jacobins et ks Pères Jésuites de s'estre accomodez de leurs différens à nostre prière et trouvons tout ce qu'ils ont fait fort bon, en tant qu'en nous est Fait à Mouron, 12 Aoust 1634. Henry DE Bourbon. > Ap. Gevry, p. 164.
3. < Le Père Régien ne consentit qu'à peine à ce Traitté, quoyque le premier Prince du Sang de France, à qui cette Maison avoit de très grandes obligations pour les charitez et aumosnes considérables qu'il nous faisoit toutes les années, luy eust fait l'honneur de luy en parler plusieurs fois en particulier, comme d'une chose qu'il souhaittoit et qu'il luy feroit plaisir.> Ap, Gevry, p. 161 et 164. — Mathurin Régien, venu à Bourges le 26 mai 1591, docteur le 13 février 161 8, mourut le 16 octobre 1638.
4. Etienne Binet (1569-1639). Voir sur ses innombrables opuscules de dévotion la Bibliothèque du P. Sommervogel. éd. în-4*', t. I, col. 1488 et suiv.
5. Pelletier à M. le Prince, Bourges, 21 novembre 1635. Papiers de Condé^ série M, t. VI, fol. 443.
ne séance orageuse venait de se produire. Le P. Le Mairat, recteur de Sainte-Marie, avait exposé dans l'assemblée générale son projet d'union, mais sur sa déclaration que ie serment prêté par ses religieux ne les obligerait à rien de contraire à leur Institut, il avait été accueilli par une fin de non-recevoir. < Bref, ils n'ont d'autre but par leurs remises que de nous lasser et ester le désir et les moyens de faire florir ta Théologie que V. A. nous a fondée par sa bonté et libéralité. » Pelletier ne hait pas les détails plaisants ; il signale l'attitude d'un Jacobin « Père à à la jambe de bois, » qui se distingue par son opiniâtreté. Le Matrat, plus digne de ton, et mieux informé pour avoir porté la parole au nom du général Vitelleschi au milieu de l'assemblée, se félicite de l'assistance bienveillante prêtée par François Broé, docteur en l'un et l'autre droit, ■et recteur de l'Université, mais termine par l'aveu du même insuccès, « sur quoy et nostre Père Provincial et le susdit S"^ Recteur de l'Université, qui désire avec passion ceste union, ont esté d'advis, que pour maintenant il ne falloit passer oultre, ains attendre le retour de V, Altesse à Bourges, la présence et authorité de laquelle viendroit aysément à bout de tout '. »
A ces deux lettres françaises, parties de Bourges le même jour, était jointe une supplique latine de M. le Duc à son père, éloquemment écrite. La complication des affaires, effet ordinaire de la pluralité de ceux qui les traitent, et la difficulté de réunir trop de têtes sous un même bonnet de docteur, y sont exposées en un latin sententieux. L'appel final à l'intervention souveraine du Prince est saisissant de brièveté et d'élan. Un pareil langage tenu à l'assemblée eût peut-être changé la face des choses. U la changea en effet dans une réunion ultérieure convoquée le 7 décembre en un local qui cette fois n'était point celui de l'Université et sans costumes d'apparat. Le recteur Broé y avait amené le chancelier Perrot et l'assesseur Voîllard. La Faculté de droit civil y était représentée par son doyen Mérille, et celle de droit pontifical par son doyen Pinson. Le P. Le Mairat, doyen de celle des Arts, avait avec lui deux docteurs de Sainte-Marie, les PP. René Chassebras et Jean Alexandre. A Jacques-Cœur oïl il les avait solennellement rassemblés, le duc d'Enghien était chez lui, et devant le fils du gouverneur de Berry presque tous les récalcitrants s'inclinèrent. Ils reconnurent par acte signé que le serment des nouveaux maîtres ne pouvait entraîner de dérogation a leur Institut. Dès lors la dernière barrière opposée à leur réception était levée. La présence de M. le Duc avait décidé la victoire '.
Le retour de M. le Prince au commencement de 1636 ne fit que confirmer la victoire de son fils et dans des circonstances presque identiques. Au mois de mai. le provincial Etienne Binet regardait donc
1. Le Mdirat à M. le l'ïince. Bourges, 21 novembre 1635. Paii'eri lU Cotidf. série M. l. VI, foL 445-
2. Le même au même. Bourges, 9 décembre i6j;. Ibid., fol. S'?- Sur celle séance du | 7 décembre 1635, voir le Compte rtidu du président Rolland qui cite l'acte et tes signataires f mais commcl la grave méprise de substituer M . le Prince à son fils .
PHILOSOPHIE ET DROIT
l'affaire comme définitivement conclue. Dans un français meilleur que celui de ses confrères, il proclame la nouvelle obligation du collège
a tableau de C. le Brun,)
nte-Marie envers son constant protecteur. « C'estoit un coup réservé à V. A., et je croi que nul autre ne l'eût sceu faire ni si bien ni de si bon - eeeur. A la vérité, tant de bienfaits les uns sur les autres nous accablent,
et je ne sçai ce que nous pourrons faire pour n'estre point ingrats. ]
A Bourges le duc d'Enghien n'avait eu affaire qu'à la robe des docteurs, mais des docteurs réunis des quatre Facultés, et il y aurait eu là de quoi intimider moins résolu que lui. Bientôt c'est au milieu des magistrats de Bourgogne qu'on le verra prendre séance avec le même succès. Futur gouverneur de province, prince de sang appelé à si^er dans les conseils de la couronne et les compagnies souveraines, il ne pouvait donc que gagner à s'initier jeune à la science des lois. Homme d'épée destiné à présider les hommes de toge, il aurait d'autant plus d'ascendant qu'il parlerait leur langue, et serait moins étranger à leurs idées. La connaissance approfondie que possédait Henri II de Bourbon, son père, des lois du royaume et de l'ordre de la justice ', était une des causes qui faisaient également aimer et respecter ce prince ; il importait que M. le Duc marchât sur ses traces ; les études étaient dirigées dans ce sens.
Mîis il semble que les Jnstitutes aient été pour lui une toile de Pénélope, toujours au point d'être achevée et toujours à remettre sur le métier. Le 21 novembre, en annonçant que le P. Bînet était « repassé de Molins par Bourges, pour faire la révérence à Monsieur le Duc ». le P. Pelletier ajoutait : « Il a ce jourd'huy heureusement achevé ses hisiilûtes. M. Mérîlle luy fait des thèses sur les difficultés afin de l'exercer sur icelles '. » Deux semaines plus tard, on termine encore un traité, celui < des substitutions que Monsieur le Duc a écrit, ensuitte duquel nous reuerrons les principalles questions et notions du droit, selon l'ordre que Vûstre Altesse nous en a donné jusques à Noël, après lequel je ne sçay ce qu'il plairast à V. A, qu'on lui enseigne. C'esi vn esprit auquel il faut de l'employ. et je trouve qu'il n'en a pas trop d'une heure le matin et autant le soir, ij je ne gagnois le temps qu'on l'habille pour luy faire ■quelque bonne lecture '. » Ce besoin perpétuel d'occupation, signalé par le P. Pelletier, est un trait de lumière projeté sur le caractère historique du duc d'Enghien qui devance déjà le grand Condé,
Mais le droit le captivait peu. Satisfait sans doute de saisir les premiers principes et d'effleurer les sommets, il ne prêtait aux détails qu'une attention médiocre. Les enseignements de MériUe tombaient dans une oreille distraite par des bruits de guerre vers la frontière de Bourgogne. M. le Prince et le P. Pelletier tenaient à faire voir à M. le Duc < les obligations et contrats ' ». Mérille se renfermait dans les substitutions, prétendant que « c'estoit un traitté fort beau et difficile, auquel je ne crois p^s, poursuivit Pelletier, que nous soyons pourtant bien sçavant ».
Sans être grand clerc en ces matières juridiques, Louis de Bourbon i