‹ Trois éducations princières au dix-septième siécleChapitre 48 sur 181 · Lettre inédite, liid.^ fol · texte numérisé non relu

Lettre inédite, liid.^ fol

3l SeÎRlièreà M. le Prince. Dijon, 29 juin 1^36^ IbidyUA. 422. 4. Voysins au même. Dijoii, dernier juin 1636. Und^M. 434.

74 LE GRAND GONDÉ.

Malheureux, mais brave, dompté par la maladie, mais plus fort que la mort, M. le Prince continua de coucher sous une hutte où pleuvaîent les boulets, et de refuser à M. le Duc l'accès du camp devant Dôle. La consigne fut inflexible. Enghien se soumit : € .... Il faut que j'apprenne à vous obéir, leçon que je ne veu jamais oublier, puisque Dieu me l'apprend et commande et que c'est toute ma félicité '. > Félicité morale et puisée à la source de la résignation religieuse. Le 6 juillet, il écrit en revenant « de la congrégation » : « J'estois allé me communier, en intention de vous obtenir de Dieu les grâces nécessaires pour vostre conservation ^ >

Si le moral d'Enghien se soutenait, il n'en était pas de même de ses forces physiques. Le passage des gens de guerre et l'affluence des gens de la campagne réfugiés en ville, y avaient amené une de ces contagions désignées alors sous le nom vague de /fesie, et qui pendant un demisiècle demeura endémique en Bourgogne. Le 7 août, le P. Pelletier donne tous les détails d'une altération dans la santé de M. le Duc, de nature à inspirer quelque crainte. € Mais grâces à Dieu, son mal de teste n'est qu'ordinaire, et quelque humeur acre et mordicante qui luy fait plaindre l'œil gauche, sans qu'il paroisse rien. > Suit la description des remèdes, en formules d'apothicaire. Elle défie toute citation. Le résultat de ces belles ordonnances a été nul, même fidèlement suivies : « Il s'estoit levé ce matin, mais après la messe la douleur de son œil l'a obligé de se coucher. Il n'a point du tout defiebvre.J'ay creu néantmoins devoir advertir V. A. de sa légère indisposition. Je me doubte qu'elle est causée par les chaleurs, et appréhension qu'il a de la maladie qui court ; je vouldrois qu'on ne luy en parlast jamais. On dit que les villages circonvoisins commencent à estre forts affigés, et que les paysans entrent librement dans la ville pour y vendre leurs fruits, ce qui pourroit accroistre le mal \ »

Au milieu de ses propres souffrances M. le Duc n'oubliait pas celles beaucoup plus grandes de son père, atteint de la gravelle :

Monsieur mon Père,

Je suis affligé des peines et inquiétudes que vous a données ma légère indisposition ; j'en ay esté quitte pour deux jours d'un petit mal de teste et d'œil dont je suis tout à fait guary grâces à Dieu. Je le prie de tout mon cœur vous conserver parmy tant de dangers qui me donnent plus de peines d'esprit que mon mal qui n'est rien à l'égal de ce que vous souffres. Je vous rends humbles grâces et suis

Monsieur mon Père

Vostre très humble et très obéissant fils et serviteur

Louis DE Bourbon \

1. M. le Duc à M. le Prince. Dijon, 24 juin 1636. Histoire des princes de Condé^ t. III, pièces et documents, p. 565.

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