‹ Trois éducations princières au dix-septième siécleChapitre 51 sur 181 · I. Histoire des princes de Condi, I, 111, p · texte numérisé non relu

I. Histoire des princes de Condi, I, 111, p

:. Pelletier à M. le Prince. Avallon, i6 septembre i6jâ. Papiers de CaruU, I. X, fol. 1x4.

3. Le même au même. Avallon, 18 octobre 1636. fùid., fol. 318.

ny ne dormoit à Tordinaire ; son esprit de plus fort inquiété pour avoir, à ce qu'on m'a dit, rencontré, retournant de la chasse, un homme languissant soub un arbre^ et pour ne pouvoir divertir sa pensée des périls où il vous croit. Je fais mon possible pour le rasseurer, bien aise pourtant de cognoistre son bon naturel et la tendresse d'affection qu'il a pour V. A. Aussi en a-t-il bien sujet. Il a repris le logis de Madamoyselle la Grandmaire, la chambre estant plus hors de bruits que celle où il couchoit. Il y a deux ou trois malades de nouveau soupçonnez de contagion en cette ville. On m'a dit qu'il y avoit force flux de sang à Auxerre ; je m^nformerai au vray de nos Pères ce qui en est. Ils m'ont écrits la mort du Père Rousselet, recteur ', d'une fiebvre continue '.

L'humble logis où M. le Duc venait de rentrer existe encore aujourd'hui, et garde pour les érudits son nom â! Hôtel de Condé.

Moins on a et plus on aime le peu qu'on a.

Les Avallonnais n'ont pas oublié. Lorsque, au sortir de la curieuse église Saint Lazare, on passe sous le massif beffroi en se dirigeant vers la statue de Vauban, Ion remarque sur la droite une ancienne maison, au fronton triangulaire en forte saillie au-dessus de la porte. Entrez sous le porche, traversez une cour qui n a rien de spacieux, pénétrez dans le corps d'habitation flanqué d'un lourd escalier, rien ne vous frappera vivement. Mais descendez dans la seconde cour avec son échappée sur le vallon des Minimes et les pentes boisées du plateau des Chaumes, reposez-vous sous ce mûrier noirci et amputé qu'on dit plusieurs fois séculaire ; donnez un coup d'œil aux salles basses et voûtées des offices et admirez l'immense étal, fait d'une seule pierre, reposant sur ses trois supports ; l'on vous racontera que cette sorte de dolmen poli servait à dépecer le gibier des merveilleuses chasses dé M. le Duc et de son père. Le temps adoucit tout. Dans l'hôtel de Condé, transformé depuis vingt ans en école communale, ne s'ébattent plus que de petites filles rieuses, et sur la longue table à trancher elles jouent aux osselets ^

Le manque de sommeil et l'effroi causé par l'apparition de 1' € homme languissant ^ dans ce pays plein de légendes, ne furent pas les seuls incidents fâcheux de la villégiature du duc d'Enghien. Les domestiques de sa suite mirent sa patience à l'épreuve, et apprirent à leurs dépens qu'il savait faire le maître.

Monsieur mon Père,

Je suis toujours avec vous, puisque mon esprit vous suit dans les dangers où vous estes, non sans grande appréhension. Plaise à Dieu que les prières que je luy adresse pour vostre conservation soient aussi efficaces que je l'en supplie de tout mon cœur. La Guérinières a pris son temps lorsque j'estois à la chasse, mardy, pour ouvrir mon cabinet et y prendre dans ma cassette quatre ou cinq pistoles, avec Buade qui gardoit la porte, tandis qu'il faisoit

1. Jean Rousselet (i $91-1636), né à Reims, fut recteur du collège de Metz et de celui d' Auxerre, où il mourut le 30 octobre, à peine entré en charge. De Backer a mis par erreur : Auiun,

2. Le même au même. Avallon, 30 octobre 1636. Ibid., fol. 418.

3. Sur THôtel de Condé voir une charmante page, mais écrite d'une plume qui embellît ce qu'elle touche, dans Un Coin de Bourgogne (le pays d'Avallon)^ par M. R. Vallery-Radol. Paris, Ollendorff, 1^93, p. 161. Nos remerciements publics à M. Chambon, ancien professeur au collège d'Avallon, notre aimable guide dans la vieille demeure, ainsi qu'à M. Delestre, bibliothécaire, et à M. Jordan.

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sa maio. Il est du tout incorrigible et dit qu'il n'aura jamais affection pour mon service. Il ne sert que pour donner mauvais exemple. Je Tay fait chastier, mais il est si peu sensible et à rhonneur et aux coups que les remèdes sont inutiles. Pour moy je ne veu vivre qu'autant que je seray dans le respect et devoir que je suis obligé de vous rendre, estant

Monsieur mon Père

Vostre très humble et très obéissant

fils et serviteur

Louis de Bourbon '.

D'Avalon, 30 oct. 1636.

Les vacances tiraient à leur fin, et, sî giboyeux que fussent les bois du Morvan ou la plaine d'Annéot, le P. Pelletier songea au retour ou plutôt à la retraite devant le fléau qui gagnait. Il en écrivît au P. Claude Mérigot, Jésuite du collège d'Auxerre.

Les lettres du P. Pelletier ne brillent point par leur style ; le français en est lourd, inégal, chargé d'archaïsmes et de répétitions ; on ne se doute guère à le lire qu'on vit en l'année du Cid ^ ; mais Pelletier parle simplement et sans pédantisme. Il voit parfois ceux qui ont vu la cour. Claude Mérigot crut de sa dignité de faire des phrases pour exposer l'état sanitaire d'Auxerre, et balança une série d'antithèses, imitées, croiraît-on, des stances de Rodrigue, sur les déchirements de son âme. € V. R., répond-il à Pelletier, a mis mon cœur dans deux mouvemens contraires quasi en mesme instant ; je veux dire dans deux passions fort diverses d'espérance et de crainte, l'espérance faisant espanouir mon cœur, et la crainte le ressérant ; l'espérance ouvroit mon cœur à la joye, m'imaginant de^à la présence de ce brave prince que j'honore et chéri tendrement ; la crainte le refermoit de peur que quelque maladie ne nuisit à sa santé si prétieuse que nous devons désirer de perdre la nostre pour conserver la sienne. Dans ce double mouvement, je diray franchement ce qui est de la pure vérité, pour ne me point rendre coupable. Je me suis donc enquis de Monsieur le Président, M. le Maire, Messieurs les médecins et semblables, et ay appris qu'il y avoit eu quelque quantité de diarrées, de dysenteries, de petites véroles, de fiebvres pourprées, quoy que quelques uns d'entre eux disent que ce n'est pas grande chose ^ > Sauf ces derniers cas qu'il cite ici, le P. Mérigot conclurait volontiers que tout le monde se porte pour le mieux dans cette bonne ville d'Auxerre, malgré ses maisons serrées au pied de ses églises et de ses monastères dominant les bords pleins et tranquilles de l'Yonne. Les maisons contaminées ne sont que « deux environ > ; encore les tient-on fermées et les surveille-t-on bien ; enfin, elles sont situées dans un quartier écarté, et la peste qui y est entrée vient d'ailleurs, « ce qui fait qu'on ne s'en met pas beaucoup en peine. » C'est le dernier mot de M. le Maire,

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