Le Cid fut représenté vers la fin de novembre
3. Mérigot à Pelletier. Auxerre, 9 novembre 1636. Ibid.y foL468.
et Thonnête correspondant le rapporte « avec la mesme naïveté > qu'on le lui a fait entendre.
Phénomène singulier : Auxerre, si ravagée par la désastreuse épidémie de 1633, respirait maintenant à Taise dans sa vallée ouverte. Avallon, derrière son rempart de forêts et de collines enchevêtrées, était de plus en plus envahi par la contagion : € Il y a en tout 12 a 13 maisons infectées, et environ trente personnes mortes au plus, ou Messieurs les Eschevins nous ont desguisés la vérité. Le plus grand mal est vers la porte d' Auxerre... Toute nostre appréhension est au train espandu par la ville. Il seroit aussi aisé de tenir le vent renfermé que Messieurs les Pages. V. A. sçait qu'elle-mesme les ayant fait mettre en séquestre à Dijon, ils ne laissèrent pas de trouver la liberté... Il (M. le Duc) a esté quelques jours se plaignant à moy d*une pesanteur dont je m'apperœvois assé pour ne le voir manger ny dormir à son ordinaire..., toujours ^vec quelque appréhension de la maladie, encor que je face mon possible pour en divertir sa pensée \ >
D'heureuses nouvelles de Dijon étaient venues cependant apporter . à Tesprit perpétuellement agité du duc d'Enghien la diversion qu'il souhaitait. Grande avait été sa joie d'apprendre que son père, naguère humilié par Téchec devant Dôle, venait d'être plus heureux dans la défense que dans Tattaque* L'enfant remercia Dieu des succès et des € glorieuses entreprises > de Henri II.
Mais ce ne fut pour lui qu'une éclaircie ; il ne pouvait détourner les yeux de l'affligeant spectacle qui l'entourait, et le P. Pelletier, tremblant pour les jours de son élève, était plutôt propre à augmenter ses alarmes qu'à les calmer. Le précepteur, jugeant la position intenable, prit un parti extrême ; il supposa l'autorisation de quitter Avallon avec M. le Duc et toute la suite :
Monseigneur,
L'extrême appréhension où le mal nous a mis ne nous donne pas le loisir d'attendre les ordres de V. A. pour sortir M. le Duc de cette ville, à cause que la peste s'espand dans toute la ville. Un des «schevins a esté si peu avisé que d'entrer dans le logis ; la peste estant en sa maison ; je veu croire qu'il ne le sçavoit pas ; elle a pourtant esté recognue dès la nuit mesme, qu'il vous a vu et pailé longtemps dans la sale. De plus vîs-à-vis la porte du logis de la Grand-maire^ ce matin un garçon cordonnier a esté recognu contagié, et plusieurs autres endroits de la ville, si bien que nous avons creu devoir esloigner une si * chère personne qu'est Monsieur le Duc et le mener au chasteau de Mailly ... Ce qui augmente ma crainte est le voyage de M. Champion et le sieur Pirrot, eschevins qui seuls avoient le soin de mettre ordre dans la ville, si bien que désormais chacun recèlera son mal, en danger de tout perdre. J'ay donc mieux aymé faillir en cecy par une prudente précipitation, que d'attendre qu'un délays nous face- gémir à l'éternité \
M. le Prince aimait qu'on demandât ses ordres, et non qu on les prévint. Dès le lundi 24, après Tétape de Mailly, le duc d'Enghien arrivait
1. Pelletier à M. le Prince. Availon, 13 novembre 1636. Ibid^ fol. 490.
2. Le même au même. Avallon. 15 novembre 1636. làid.^ t XI, kH 12.