‹ Trois éducations princières au dix-septième siécleChapitre 57 sur 181 · Papiers de Condé, série M, t. XII, fol · texte numérisé non relu

Papiers de Condé, série M, t. XII, fol

3. M. le Duc à M. le Prince. Paris, 18 décembre i6yj,Ibid.y fol. 409.

4. M. le Duc au même. Paris, 29 mars 1637. làid,^ t. XI, fol. 381 .

suppléer à ses prédications de Saint-Merry ; en suitte j'ay creu qu'elle ne trouveroît pas mauvais que je changeasse l'heure de l estude du matin en une du soir jusques après les Pasques... Le jour que Madame vient voir Monsieur le Duc à l'Achadémie, elle dit tout haut qu'elle avoit demandé congé. A quelques jours de là, il fut disner avec elle ; je ne sçay s'il ne fit pas d'assé bonne grâces ses complimens aux dames qui y viendrent, mais elle luy dit qu'il n'estoit pas nécessaire qu'il y allast souvent. Le jour d'hier, St-François de Paule, il fut avec elle au sermon des Minimes où Mons*^ de Lingendes prescba, et comme je m'apprestois pour luy aller faire sa leçon après disnée, il m'envoya un valet de pieds pour m'advertir qu'il m'en dispensoit, et qu'il alloit tenir un enfants sur les fonds de baptesme avec Madame. Monsieur de Benjamin est allé en sa maison des champs proche Aaxerre pour 15 jours '.

Louis de Bourbon gauche et emprunté dans le monde ! C'est bien le détail de cette lettre le plus à noter.

Mme la Princesse pouvait se rassurer sur ce défaut passager de son fils ; il devait se corriger vite : ses airs d'écolier mal dégourdi ne lui durèrent pas ; ils disparurent même sitôt, qu'à part les témoins immédiats du changement, on ne semble pas avoir soupçonné que le jeune prince ait eu à se former aux manières gracieuses. C'est ainsi que Lenet ^ nous le montre, dès son arrivée à Paris, qui commence à se plaire au cercle de M"^^ sa mère, à l'hôtel de Condé, s'y rendant le plus assidu qu'il lui était permis, et y prenant « les premières teintures de ceste honeste et galante civilité qu'il a toujours eue et qu'il conserve encore pour les dames. >

Cependant les règlements de l'Académie lui avaient sans doute rarement permis de sortir pour aller dans le monde. Uae seule fois, en l'hiver de 1637, on trouve mentionnée sa présence au théâtre, dans une représentation offerte par Richelieu à la cour. Le jeune académiste y assista entouré de toute sa famille ^

En attendant qu'il acquière la politesse mondaine sous l'influence maternelle, le sentiment qui le dominait encore était un ^respect très profond pour son père ; on peut en juger par cette lettre à lui adressée, qui nous conduit des vacances de Pâques à celles de la Fête-Dieu ; elle est écrite au château de Saint- Maur, et, lorsqu'on songe au parc délicieux couvrant alors de ses ombrages la boucle de la Marne, on ne peut guère s'empêcher ensuite, à lire M. le Duc, de constater que ce sentiment filial intense nuisait un peu chez lui non seulement à son affection envers sa mère, mais encore, ce qui est moins grave, au sentiment de la nature.

Monsieur mon Père,

Le peu de séjour que vous avés faict dans tous les lieus où vous avés esté, depuis que je n'ais eu Thonneur de vous voir, m'a faict retarder jusque ici à me donner l'honeur de vous escrire^ ce que je vous prie très humblement n'attribuer pas à manque d'affection ni de respect que je vous assure de conserver toute ma vie au point que je connois y estre obligé.

1. Pelleiier à M. le Prince. Paris, 3 avril 1637. IHd.^ p. 393.

2. VAvev^U de Smyme. Tragi-comédie, Par les cinq avthevrs. Paris, Courbé, 1638.— Gazette^ 1637, p. 128.

J'ay appris que vous aviés estes un peu indisposé» dont j'ay receu un sensible déplaisir qui n'u pu estre diminué que par l'assurance qu'on me donna aussitost que Dieu vous avoit incontinant ranvoié vostre parfaite santé que je luy prie par sa grâce vous vouloir conserver. Je suis venu passer les festes à Saint-Mort et y séjoumeray encort quelque temps, M. Guénost aiant jugai appropos de me baigner pour me donner une plus parfaicte santé que je ne souliaite que pour estre plus en estât de vous obéir et vous faire paroistre que je suis

Monsieur mon père

Vostre très humble fîls

et très obéissant serviteur,

Louis de Bourbon '.

Nous ne savons si les mêmes divertissements hygiéniques attirèrent de nouveau M. le Duc pendant les grandes vacances dans cette magnifique maison des champs, où le roi, toujours courant de château en château, ne dédaignait point parfois de descendre. Aux premiers jours d août, Louis de Bourbon était encore à Paris et figurait avec son père dans une imposante cérémonie, aussi militaire que civile, en cour de Parlement : la réception du vieux maréchal de La Force, nommé du cet pair, pour plus d un demi- siècle de services ^

Il n*est pas téméraire de supposer que cette solennité de grand apparat ne fut pas le seul spectacle auquel il assista durant cette époque de repos et de plaisir, et qu'il se mêla à des assemblées moins austères. Vers la fin de ces vacances de 1637, il était déjà quelque peu rompu à rhabitude du monde et il en goûtait les divertissements. A peine rentré à l'Académie pour y faire sa seconde année, il voulut assister à une pièce de société jouée en famille par sa sœur. M^^^® de Bourbon, la future duchesse de Longueville, âgée de dix-huit ans et l'idole des salons, exerçait sur lui, plus jeune de deux années, un redoutable ascendant ; Mme la Princesse elle-même était entrée dans le complot ; mais il fut déjoué par l'inflexibilité de Benjamin et du P. Pelletier.

Monseigneur,

Les meilleures novelies que je puisse donner à V. A. est la santé parfaitte de Monsieur le Duc, lequel eut hier un déplaisir qu'il fit assé paroistre. Madame envoiant sçavoir de ses novelies, luy avoit fait dire tout bas qu'elle l'envoiroit quérir pour le divertir avec une petite comédie que Mademoiselle sa sœur représentoit avec d'autres. Monsieur Benjamin m'en avoit touché un mot le jour auparavant, et nous trouvions qu'il ne lui estoit pas expédient de converser encor trop souvent avec les femmes et les filles^ car enfin on y prend feu à la longue ; il fît donc dire le matin à Monsieur le Duc, comme il se promettoit d'aller trouver Mons' de la Ville-auz-Clercs à Nijgon ^ où il l'attendoic, qu'il s'estoit trouvé extraordinairement indisposé la nuit, et partant qu'il ne pourroit sortir de tout le jour, ce qui rompit la partie ^..

L'affaire devait aller loin. Jamais la duchesse de Longueville ne par-

I. Lettre inédite. M. le Duc à M. le Prince (Saint- Maur,4 juin i6yj).Papiers de Condé, t.XII,foI.68.

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