Nigeon, sur la paroisse de Cbaillot
4. Pelletier à M. le Prince. Paris, 2 octobre lùyj, Papiers de Condé^ série M, t. XII, fol. 2S7.
94 LE GRAND GONDÉ.
donna les griefs de M^^ de Bourbon. De ce fait obscur date l'inimitié de l'illustre Mère de l'Église contre la Compagnie de Jésus et son attachement pour Messieurs de Port- Royal. « L'éloignement qu'elle avoit pour ces pères (jésuites), rapporte Rapin, étoit fondé, à ce qu'on dit, sur la malhonnêteté du P. Pelletier que le prince de Condé, son père, avoit mis auprès du duc d'Enghien, son frère, pour ses premières études, comme un homme uniquement à luy, dont il étoit sûr et qui n'avoit nuls égards pour la princesse de Condé, sa mère, ny pour elle-même quand elles vouloient voir le petit duc '. >
Grâce à cette fermeté rigide de M. le Prince et des maîtres, ni l'attrait des fêtes mondaines ni le charme des compagnies galantes n'avaient encore eu de prise sérieuse sur Louis de Bourbon, et jamais ils ne le fascinèrent assez pour lui faire perdre de vue le but plus noble qui le passionnait. La pensée que son père, nommé le 7 octobre 1637 commandant de Tafmée de Guyenne, sera de nouveau prochainement à l'ennemi, réveille en lui son amour de la guerre. Comme au temps du siège de Dôle, le voici repris de velléités de servir.
Monsieur mon père,
Mes lettres vous vont au devant, puisque vos commandements me defTandent d'y aller en personne pour vous randre mes respects et obéissances et vous assurer de l'excès de mes désirs et justes passions à vous servir icy et partout où vos ordres et vos commandemans vi^ attacheront, J'ay esté bien joieus d'apprandre l'estat de vostre parfaite sancté que je prie le ciel vous conserver, affain qu'il me laisse F Dbject de mon bonheur et le subjet des obéissances et services que je veu vous rendre inviolablem^ toute ma vie puisque je suis.
Monsieur mon père,
Votre très humble et très obéissant fils et serviteur,
Louis DE Bourbon *.
De Paris, ce 21* octobre 1637.
Une lettre écrite deux mois après exprime plus qu'une inquiète espérance , ce n'est pas une demande, mais une offre, avec la calme assurance d'être non exaucé, mais agréé. < Si je n'avois appréhantion de vous faire croire que je voulusse devancer vos volontés, estant obligé de les suivre inviolablement toute ma vie, je vous dirois volontiers que je suis désormais en estât de vous randre les services ausquels Dieu et la nature m'obligent ^ » L'enfant de désirs est maintenant prêt.
Je ne crois pas que M. le Prince eût jamais accepté la proposition de son fils, si elle eût été formellement contraire au règlement de l'Académie. Mais bien que Richelieu eût expressément fixé la durée de l'école à deux ans entiers pour les vingt gentilshommes élevés gratuitement, elle pouvait être abrégée pour les autres. Comme « je n'y devois être