Armand de Bourbon, prince de Conti, frère du grand Condë
2. Mss de Lenet, t. IV, f. fr. 6705, fol. 52. Il est à remarquer que cette lettre est égarée parmi les portefeuilles de l'intendant de Condé, tandis que toutes les autres se trouvent à Chantilly. Ecrite le i'^ février 165 1 ,eile ne parvint sans doute pas à M. le Prince avant sa sortie de la prison du Havre le 13, et fut conservée par Lenet, qui jugea difficile de la remettre où à qui elle revint
OU du prochain. Il ne leur recommandait rien tant que de modérer sa langue < en contredisant, en disputant, en conseillant, en corrigeant, en se moquant, en gaussant et raillant, ou en contrefaisant, en récitant joyeusetés, en choisissant des mots propres, se servant de la langue maternelle ou bien d'une autre. > Il leur conseillait de se préparer à ce qu'ils avaient à dire, de former leur voix, de prononcer suivant les règles, de fuir le babil, de ne pas interrompre les autres et de ne pas demeurer muets lorsqu'ils parlent à leur tour. Enfin il jugeait les voyages fort utiles. Ce multiple enseignement, il l'avait résumé en deux distiques qui valent sans doute tous ceux de Caton :
Cum pietate dididsse fideîiUr artes ;
Cum linguis, mores composuisse graves^ Noscere et exiernos mores urbesque^ futuri
Principis hoc studium qui neget esse boni ' ?
C'est bien le programme, — les voyages compris, — que remplira le duc d'Enghien.
En ce moment sa maison, confinée à Montrond, venait de s'augmenter par l'adjonction d'un gouverneur, le comte d'Auteuil, personnage tout différent de Bourdelot, grave, érudit, pieux, sincère, mais violent, original et mauvais courtisan. Son collègue en annonça l'arrivée à Condé, sorti depuis deux jours de sa prison du Havre, bien qu'on l'ignorât encore en Berry,par une lettre qui, avec la précédente du i^"' février, est le vrai point de départ de nos informations sur les études du petit Henry-Jules de Bourbon '.
Depuis la dernière que j'ay escritte à V. A*, Monsieur le Viconte d'Auteuil est arrivé, qui sans doute vous aura confirmé par ses lettres tout ce que je vous ay mandé de Monseigneur le Duc ; j'espère qu'il fera des progrès encor plus visibles dans ses meurs, en de si bonnes mains que les siennes. Pour sa santé elle est au meilleur estât du monde ; il a esté purgé il y a huit jours par précaution, comme je l'avois mandé à V. A^ Il continue d'estudier avec chaleur et gayeté. Il compose fort poliment et si vous avés agréable, parfois il vous escrira latin, et quand je confronte ses termes avec ceux de Cicéron, il comprend desjà fort bien
1. Nous n'avons pu en rencontrer aucun exemplaire à la Bibliothèque nationale, mais nous avons sous les yeux cette composition polyglotte : Le Gaîatée, premièrement composé en Italien par 1, de la Case^ et depuis mis en FrançoiSt Latin, Allemand et Espagnol ^Kt Jean de Fournes, 1609. Petit in- 16 de 919 pages. La littérature des Livres de civilité, fort peu explorée jusqu'ici, vient d'être l'objet d'études pleines de finesse et d'érudition, publiées en partie dans la Revue des Deux- Mondes^ par M. Edmond Bonnaffé.
2. Charles Combaut, comte d'Auteuil, petit-fils de Gilbert Combaut, grand audiencier de la Chancellerie (f 1626), fils de Charles Combaut ('J' 1620) et de Marie Pajot, avait épousé, vers 1626, Louise de Lameth de Bournonville. Sa sœur, Magdeleine Combaut, se maria au président Nicolas Perrot d'Ablancourt, célèbre par ses traductions. Sur les prétentions généalogiques du comte d'Auteuil (qualifié indifféremment comte, vicomte ou baron), voir son Historiette dans Tailemant des Réaux, 3' édition, in-8°, t. V, p. 19 et suiv. Nous aurons occasion de revenir sur Auteuii, à propos de ses ouvrages d'érudition historique. Il en avait déjà fait paraître plusieurs. Voir dans les Mss de Lenet, t. IV, fol. 16, Lettres et traités, une lettre d'Auteuil à cet intendant, par laquelle il avait sollicité sa protection de M*"*" la Princesse ; elle éclaire d'un vrai jour son entrée dans la maison de M. le Duc. Condé qui ne le conservera pas, n'avait sans doute pas en l'initiative de ce choix fait un peu en dehors de lui .
124 HENRT-^ULES DE BOURBON.
en latih. Je comance à luy doner pour ses thèmes des versions de Cicéron qu'il met en l'élégance de la phrase, et l'imite de luy-mesme le jour suivant
Il ne monstre plus de répugnance à composer, qui est une marque du plaisir qu'il y prend et de l'habitude qu'il y a desjà prise.
Ses estudes le mettent desjà en estât que V. A^ aura joye de le voir ; il a un désir pour cela incroyable^ et un emportement pour aller au devant des courriers qu'on ne le peut retenir. Après vostre liberté il ne nous restera rien au monde à souhaitter. Pour un jour qu'elle retarde, je donerois d«x ans de ma vye. Elle est à V. A^ et j'ai trop de bonheur d'estre
Monseigneur
Vostre très humble très obéissant et très fidelle serviteur,
BOURDELOT
A Mouron, ce 15 féb. 165 1.
Thème d'imitation et composition latine en style cicéronîen, tels sont les deux exercices indiqués par ce rapport ; ils forment la base intelligente de la formation littéraire d'un enfant de sept ans et demi. Il est visible que leffort exigé par tout travail d'expression de la pensée, dans une langue ancienne et apprise, rebutait parfois lenfant, et que le mattre avait à le pousser dans cette voie. Il n'y épargna point sa peine et dès maintenant Ton peut augurer qu'elle réussira. Henry-Jules gardera en français ce goût, contracté dans son enfance, du style élégant et poli. Déjà il aime à recevoir de jolies lettres et à y répondre.
Le retour de Condé à la cour arrivait à souhait pour faire pleuvoir à Montrond et à Paris les félicitations. M™^ et son fils le duc d'Enghien en eurent leur part.
Il y en avait pour M. le Prince ', celles par exemple des officiers du régiment de Condé lui écrivant de Montrond, le 18, afin de l'assurer que de ses plus fidèles serviteurs aucuns ne ressentaient une plus parfaite joie de sa liberté. € Nous serions allés tous an cors la tesmoigner à V. A., ajoutent-ils ; mais l'honneur que nous avons de garder Madame et monseigneur le Duc nous fait espérer que vostre Altesse aura bien agréable nostre séjour, coy que ce soit avecq beaucoup d'impatience de nostre part ^ ; > et les braves gens déléguèrent un Monsieur de Saint-Aubin; afin de les représenter. Le siège présidial de Bourges envoya aussi ses compliments ; l'on peut lire au bas de sa missive, parmi les noms des officiers, la signature du conseiller Bourdalouë, père du prédicateur.
Il y en avait de Guyenne pour M"^® la Princesse. Elle éprouva un vrai bonheur en apprenant « la continuation des bonnes volontés de M^'s de Bourdeaux ^ » envers son mari.