Même lettre
2. T>iiba\sson-Aubeaa.y,yûitnM/ dei ^uerrei civiles, t. II, p. II.
3. Voir notamment dans la Bibliotk>iftu des écrivains de la Compagnie de Jésus, par De Backer et Sommervogel, les articles du P. Labbe (Philippe), Bourges (collège de] et Labbé (Pierre). Ce deraier ^laii de Clermont-Ferrasd.
4. Gatelte, lâsr, n'38, p. 309 et «liv. Extraordinaire du 35 mars 1651. Les resiouisjancts faiUs dMU la ville dt Bourges, pour la délivrance des Princes tt à l'entrée de la Princesse de Condiet du duc d'Anguyen en la mesme ville.
ancienne gravure.)
touchant. Le gouvernement lui-même n'avalt-il pas calmé maintes fois les provinces soulevées contre l'autorité royale en leur montrant uni régente et un jeune roi, Louis XIV et Anne d'Autriche? Des deux côté on se ralliait autour de l'image de la faiblesse et de l'innocence, forte de leur naturelle séduction. La première affaire de Bordeaux l'avait fai voir avec éclat '. La fêle de Bourges, qu'il nous faut enfin décrire, fu un gage de cette disposition populaire.
Comme Dijon, autre ville jadis ducale et longtemps gouvernée ps les Condé, Bourges comptait plus de cinquante clochers. Tous se mireo joyeusement en branle. Il n'en fallait pas tant pour donner lesignal d'ui chômage universel. En une demi-heure les boutiques se ferment, excepti les merceries mises au pillage. Rubans et taffetas sont enlevés par les manifestants désireux de se parer d'écharpes aux couleurs de Condé bleu et Isabelle. Bientôt les trompettes et les fifres jettent leurs note! aiguës, les tambours battent aux champs et le bruit de l'escopetteru répond aux sonneries des églises.
Danses publiques : feux de joie.
Le lendemain, iS février, on songea à la décoration ; cent vingt fais ceaux de lauriers furent alignés en pilastres sur toutes les avenues.
Enfin, le dimanche 19, cinq cents cavaliers se portaient sur la routi de Montrond au-devant du duc de Bouillon, qui ne fit que traverser Bourges pour se rendre à Paris. 11 y eut messe à la cathédrale et banquet; Mais M™^ la Princesse, retenue par une malencontreuse indisposition) ne vint pas, en sorte que les lauriers durent rester plantés sur la voie e les malheureux bourgeois sous les armes, plus de deux semaines, jusqu 'ai mardi 7 mars '. Mais alors quelle revanche ! Maire, conseiller élu, éche vins, officiers et sergents environnés de la jeunesse à cheval se portenl à trois lieues hors des murs au-devant de la princesse de Condé et di duc d'Enghîen. Les dames mêmes s'y étaient donné rendez-vous ei carrosse. Drapeaux et enseignes bottaient ; le canon de la ville ripostai à la Grosse-Tour. Dans le cortège, ce n'était pas seulement Bourges mais La Châtre et Saint-Amand. Aux casaques de velours rouge dea archers de la maréchaussée berrichonne s'assort issaient les robes de soie verte des Saint-Amandinois transformés en gardes du corps,
Mme Ja Princesse parut d'abord en carrosse, puis elle descendit poui remonter en une litièr e « ouverte de tous costez » afin de mieux recevoii
1. C'est une des scènes les plus célèbrci de la P'ronde que M°" la Princesse ei le duc d'Enghien demandant aide et refuge au parlement de liordeaux aussitôt après remprisonnemeni de Condé. Goulas lu raconte ainsi : < Madame la Pi incesse, le lendemain de son arrivée, se pr^enia au parlemctil, et ayant salué ces Messieurs, les larmes aux yeux, ei fort bas, les conjura de les mettre, elle et son fils, en ia protection du Roy et de la cour ; et le pelit prince allait à lo«s /« J préiidenli, et leur demandait la libertJ de son papa. > Mi'moires de N icotas Goulas, genlilhommi ordinaiie de la Chambre du duc d'Orléans, [. III, p, 213.
2. Le S mars, d'après Le Large, à qui nous empruntons les renseignements qui complitent __ Gasetle. Voir Lhroniques berrickoKKes du XVI l' siècle. Journal des Le tarff (/(>Jj^-/(îp.^), publMj par M. Henri Jon>;leuit. Bourges, 1S81 et sulv, — Le 6 mars, d'après Lenei, dont l'iniéressa ' lettre à Condé, llourges, 9 mars, offre nombre de détails à comparer avec les relations que 1)1 avons suivies. Ms, de Lenel, I. IV, Ltllrts et IraiUs, fol. 139, minute.
les compliments. Elle se rendit au palais archiépiscopal, dont Mgr Anne de Lévis de Ventadour, son parent, n'avait pas encore pris possession.
€ Le Duc d'Anguyen venoît après, à cheval, à la teste de ses gentilshommes et de ceux de la province et de la ville, tous bien montez, ayant à son costé le comte d'Anthlieil \ son Gouverneur : et, Tinfanterie après, ensuite de leur descharge : le peuple souhaitant par ses acclamations toutes sortes de prospéritez au Roy et à ces Princes. > On remarqua que le duc d'Enghien gouvernait son cheval « en homme d'un plus grand âge que le sien. »
Laissons à la prolixe Gazette l'énumération des arcs triomphaux et des pyramides à panonceaux. Les fontaines, qu'on ne faisait pas encore lumineuses, versaient au lieu de torrents de clarté des flots de vin du crû ; < un rocher artistement écaillé par l'industrie des Jacobins » en répandait avec abondance. Un Te Deum solennel fut chanté à l'orgue de Saint- Etienne par la musique « qui n'est pas des moins délicates du Royaume. >
Le mercredi 8, messe à la magnifique cathédrale encore, et tenue sur les fonts baptismaux d'un enfant dont M. le Duc est parrain.
L'église et la place publique ayant eu chacune sa fête, ce fut au tour du collège Sainte- Marie, pour qui c'était presque une réunion de famille.
Les Jésuites qui ne furent jamais taxez de perdre les occasions de tesmoigner leur affection à ceux qui leur en ont donné sujet, comme a toujours fait la Maison de Bourbon, firent représenter une Tragédie Françoise faite à propos de la délivrance des Princes par vingt de leurs £scholiers des meilleures familles de la Province : Au sortir de laquelle la Maison de ville leur fit une belle collation.
L'avocat Le Large, à qui nous devons un récit plus succinct, rapporte seulement de la <: tragy-comédîe » qu'elle fut « très belle, > mais il ne prodigue pas, comme la Gazette, cette épithète à la collation publique donnée par la ville. Il semble que l'usage de piller les buffets ne soit point particulier à la démocratie moderne.
Bien que la table fût destinée à la <: grande et célèbre compagnie » qui suivait M°^« la Princesse, elle fut « mal conservée > et ensuite « plus tost consommée qu'elle nel'eust veue. > Il lui fallut manger < à part dans une chambre avec grande incommodité accause de l'abondance du peuple. > Après que les invités et la foule se furent ainsi offert à eux-mêmes le banquet servi en son honneur, ils lui offrirent, la nuit venue, un ballet dansé par la plus adroite jeunesse de la ville et composé de dix entrées, sortes de tableaux vivants qui figuraient le Désordre chassé par le retour du Bon temps. Les mœurs théâtrales y paraissent assez simples et les efforts d'imagination peu considérables.
Dans laquelle représentation, de dessous une toille sur laquelle estoit peinte une nuit fort obscure, éclairée seulement par les incendies, accompagnez de meurtres, vols, harpies