AU SÉRÉNISSIME DUC D*ENGHIEN
15 avril 1652.
La lettre de Votre Altesse adressée en date du 2 mars à mon prédécesseur, enlevé à la Société par une mort prématurée, a été reçue par moi comme un gage précieux de cette bienveillance héréditaire envers la Compagnie que vous avez bien voulu nous attester longuement. A ces sentiments nous nous efforcerons de répondre autant qu'il sera en nous par nos services. Nous le ferons surtout durant tout ce temps où, marchant sur les traces de votre père et de votre famille, vous ajoutez aux vertus de votre race et du sang royal Fomement de la littérature. Votre présence dans nos classes est pour nous un honneur, un avantagepour les belles-lettres, et un noble exemple donné aux princes non seulement devant la France, mais aux regards de toute FEurope. Je iais que vous joignez Téclat du talent à la passion ardente de l'étude. Je sais que vous faites luire en votre jeune âge la fleur de la pié:é chrétienne. Que ne nous promettent pas de tels commencements dans un si grand prince ?
En nous livrant de tout cœur à ces heureux souhaits pour la prospérité de la France et de ses princes du sang, nous vous octroyons bien volontiers la petite faveur qui peut être de nature à rehausser votre rang. Je vous accorde le libre accès dans le jardin de la maison dont vous avez demandé la jouissance. Je félicite de son bon jugement le Père provincial qui, suivant une haute convenance^ a regardé le désir de Votre Altesse comme une faveur faite à lui même et a prononcé cette parole : que le caractère sacré et religieux de la clôture reçoit par vous non une atteinte mais une consécration. Je prie le Ciel de répandre sur Votre Altesse toute félicité.
Ne nous étonnons pas de cette importance attachée par le P. provincial à la permission du jardin privé. Les simples questions d'étiquette prenaient alors de bien autres proportions. La lettre de Condé réglant la manière dont sqn fils devait vivre à Bordeaux avec le duc de Guise et le reconduire à son carrosse, mais sans lui tenir la porte, donne la .mesure de ce qu'on appelait alors € la dernière civilité \ »