‹ Trois éducations princières au dix-septième siécleChapitre 85 sur 181 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

24 janvier 1653.

Je me suis d'autant plus réjoui de la lettre que V. A.S. a daigné m'adresser,que j'ai compris par cette même lettre (et c'est l'avis unanime) qu'il n'y a rien en vous qui ne soit grand,

I. Spanheim, Helaiions de la Cour de France en lôço, Paris, 1882, in-8**, p. 86.

excepté votre âge. J'ai vu la marque d'un savoir surprenant dans ce style plein d*élégance et dans ce titre d^Imperator qui vous a été conféré à bon droit Que V. A. S., en reçoive mes plus sincères compliments.

Votre piété n'est pas inférieure à votre instruction. Elle vous porte à solliciter une part dans les mérites et prières de la Compagnie. J'acquiesce à la requête de V. A. S. et elle recevra en son temps le diplôme de la faveur qui lui est concédée. £n attendant et à partir de ce jour, elle a le bénéfice de cette communication.

Je joins à la présente lettre la parcelle de la vraie croix qui naguère avait été omise par oubli, lorsque les autres reliques de corps saints ont été envoyées. Pour finir, je présente mon respect à V. A. S. et prie le Seigneur de la combler davantage de jour en jour des vrais biens.

Les félicitations adressées au style épistolaire du jeune Prince sontelles exagérées * ? Son rang àUmperator, qui n'avait pu être obtenu qu'au concours, nous prouve qu'une fois au moins il était arrivé, et par le mérite, à la têie de sa classe. Mais pour se prononcer sûrement, il serait nécessaire d avoir ses lettres à Goswin Nickel sous les yeux. La question est double. A supposer que ces lettres, telles qu'elles parvinrent au destinataire, fussent écrites avec cette grâce aisée et délicate qui révèle une main princière, étaient-elles Tœuvre de M. le Duc ou bien lui avaient-elles été dictées ? Etant donné le peu d écrits qui nous reste de lui et la difficulté du contrôle, il serait hardi de se prononcer catégoriquement. J'inclinerais pourtant à croire quil composait à peu près lui-même ses brouillons, que c'était là son attrait littéraire et son exercice exclusivement préféré. Henry-Jules de Bourbon n avait pas le génie vaste et pénétrant de son père, ni même l'ardeur emportée de l'élève de Pelletier et de Mugnier ; mais, grandi dans ce monde de la Fronde où les correspondances et les dépêches jouèrent souvent un rôle supérieur à celui de la parole et de l'action, de bonne heure il aspira d'instinct à bien tourner une lettre, et travailla sa plufne.

11 existe, à notre connaissance, soit aux Archives de Condé, soit à la Bibliothèque nationale, pour cette période qui va de 1650 à 1653, six ou sept lettres originales du duc d'Enghien enfant. La première paraît être un brouillon sans date sur lequel une main étrangère a écrit plus tard, et à tort selon nous, la date de 1653.

I. Elles sont assurément fondées, car voici ce que Nickel écrivait en même temps au P. de La Falluère :

< 20 janvier 1633. — En m'informant de la piété du prince, de son degré d'instruction, de son profond attachement pour votre personne, Votre Révérence a su embrasser en peu de mots beaucoup de choses qui m'ont comblé de joie et d'admiration. Tout cela n'a pas été rapporté par vous à la légère et sans fondement, ainsi qu'en témoigne la lettre dont S. A. S. m'a honoré. On y voit en effet briller une élégance et une politesse dignes d^éloge dans une âme aussi tendre. Je félicite W R. à qui est échu à cultiver un sol si illustre et si heureux. J'écris au sérénissime prince avec quelle satisfaction je le rendrai participant de tous nos biens spirituels. J'admets aussi à leur communication l'illustre comte d'Auteuil, et je le fais d'autant plus volontiers que dans ma pauvreté religieuse je n'ai aucun autre moyen de payer de retour ses bonnes dispositions envers la Compagnie. J'aurai soin de faire expédier en leur temps les diplômes de cette concession. Cependant il jouira de la participation accordée à partir du présent jour. Je prie V. R. de saluer humblement le comte d'Auteuil. >

Cette lettre accompagnait sans doute et même contenait la précédente, datée quatre jours après, et attendit pour être expédiée en même temps.

Ce fragment de composition peut être, à enjuger par récriture, haute, irrégulière, incohérente, antérieur même à 1650. Nous le citons textuellement, avec son orthographe presque phonétique et tout à fait enfantine. Le destinataire est inconnu et ni le nom de Vallot, premier médecin du roi, ni celui de Ondedei, lagent de Mazarin, ne suffisent à en éclairer les vagues allusions. Les € niesse 1^ seraient-elles les fameuses nièces du Cardinal ?

Je suis bien fâché de se qu'il est parti tant de monde. Je vous prie de croire pour se qui est de la leire que vous disiés que Monsieur Valot m'a voit donnée idit qu'il ne se que cet Mosieur, vous me pardonnes ci y il a lontems que je vous et escrit; je meurs d'enuie de vous voir. Maman m'a dit que vous veniés dimanche ou lundi Pourtant je vous et escrit créiant que vous ne vienderiés pas. £lle me disoit tou les jours que vous veniés ; elle m'auoit dit aussi que vous enuoiés vos niesse devant vous, mes Ondedei m'a dit qu'il ne venoit point, qui m'a obligé beaucoup '.

Contemporains de cette pièce, sinon plus anciens, sont deux petits billets adressés par M. le Duc à Lenet et conservés par lui avec cette mention : « Premières lettres de Mgr le Duc ». Elles sont sans date ni adresse et offrent le même type d orthographe et d'écriture.

Voici la première :

Monsieur. Periculum in mora. Je vous prie d'exécuter mes comandemans. Puisqu'il y va du service du roy, vous le ferés. Je suis asseuray de la fidélité de mon aumosnîer, comme estant celuy en qui j'ay plus de confiance, come estant à luy à vous faire service.

Henry de Bourbon '.

Adresse :

A Monsieur

Monsieur Lenet.

Le second billet, qui concerne le même obj'et, est encore plus court. La hauteur des lettres sans tige y est, comme dans le précédent, de dixhuit millimètres. La disposition des lignes est meilleure.

Monsieur,

Prenés confiance à mon aumosnier, à ce qu'il vous dira de ma part et seurtout n'obliés ce que m'avés promis et suis

Monsieur

Vostre serviteur

Henry de Bourbon '.

Ces lettres, écrites d'une main molle et traînante, seraient-elles bien de

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