M. le Prince à Lenet, 17 avril
7. < Mandez moy si M. le Marquis de Caracene ira voir mon fils, ou non. > Le même au même. Bruxelles, 27 avril 1656. — < Mandez- moi s'il ira voir mon fils ou non, et si c'est purement Diligence ou quelque autre raison. > Le même au même, 27 janvier 1657.
bien. LesiègedeNamur était vacant depuis la mort de Tévêque Engelbert Des Bois (15 juillet 1651). Dans un des bâtiments de son palais, on installa Enghien et ses gens. Nous aurions voulu retrouver cet asile de Técolier proscrit ; mais ce n'est pas à Namur qu il faut chercher des monuments ecclésiastiques d'une antiquité même très relative. La fondation de son évêché, œuvre, comme plusieurs autres de Belgique, du zèle catholique de Philippe II, ne remonte qu'à la seconde moitié du XV I^ siècle (mai 1559). De la première demeure des évêques, il ne reste, semble-t-il, pas plus trace que de la vieille église dédiée au martyr de Mayence, saint Aubain, renversée elle-même au XVI 11^ siècle, pour faire place à une cathédrale telle qu'on la pouvait construire à cette époque de froide raison. C'est une réduction de Saint- Pierre de Rome, avec un faux air de Panthéon. Point de palais épiscopal accolé au côté d oit de l'édifice isolé et comme perdu ; mais, presque en face, un hôtel de noble apparence et d'une simplicité distinguée, où réside actuellement le gouverneur provincial. Ce fonctionnaire civil y est plus chez lui que les évêques du siècle dernier pour qui il fut élevé. Toutefois l'emplacement n'avait pas dû beaucoup changer lors de la reconstruction, en sorte que M. le Duc n'avait qu'un chemin très court et très facile à parcourir pour se rendre au collège. La rue de cet établissement scolaire débouche à l'extrémité de la place Saint-Aubain, du même côté que l'évêché. La distance égale à peu près celle de Jacques-Cœur à Sainte- Marie de Bourges.
Mais une des lois de l'exil est de n'avoir pas de demeure permanente. Le successeur de l'évêque Engelbert, Mgr Jean de Wachtendonck, nommé depuis le 10 novembre 165 1, avait enfin reçu ses bulles le 5 octobre 1654. Sa prise de possession avait lieu le 9 novembre, sans doute par procureur. Condé, alors au camp de Beaumont, pressentit que son fils ne pourrait plus occuper le palais épiscopal. Dès le 24 novembre, il écrivait à Lenet :
M. TEvesque de Namur estant prest d'entrer en possession de son évesché, je ne croy pas que mon fils puisse demeurer plus longtemps dans son logis. Je vous prie de retirer un ordre de M. le C. de Fuensaldagne pour le gouverneur et pour les Estais de Namur, pour trouver un autre logis commode pour mon fils, et envoiés-moy cet ordre au plus tost affin qu'en passant à Namur, à mon retour à Bruxelles, je puisse ajuster cela avec eux '.
Condé avait raison de recommander à son agent de mener vivement l'affaire. Une douce lenteur administrative régnait dans les bureaux de l'Archiduc. M. le Prince arriva à Namur avant qu'aucune réponse l'y eût prévenu. En revanche, il trouva les chanoines très montés. Il récrivît : « Je vous prie d'envoyer au plus tost Tordre pour le logement de mon fils. C'est une chose qui presse, Messieurs du clergé m en ayant encore
I. Condé à Lenet, du camp près de Beaumont, 24 novembre 1654. Mss, de Lenet, t XVI Ii f. fr. 6719, fol. 221.
parlé. Adressez-le à La Fontaine \ > Sur ces entrefaites, 13 décembre, Mgr de Wachtendonck recevait, dans Téglise métropolitaine de Malines, la consécration épiscopale, des mains de l'archevêque de Cambrai.
Cependant Tordre de TArchiduc existait. Nous Tavons lu aux Archives du Royaume de Belgique '.
Madame la Princesse n'avait pas attendu ce dernier incident pour tâcher de quitter un pays où Thospitalité, même garantie par Son Altesse impériale l'archiduc Léopold, était au fond si précaire ; depuis longtemps, elle avait de Valenciennes envoyé une requête au parlement de Paris à l'effet de jouir de ses biens personnels et de rentrer en France avec son fils. La requête avait été retournée à Louis XIV, qui n'y fit aucune réponse favorable ^ Mais au cours de ces négociations, Condé avait révélé l'affection profonde qui l'eût empêché en aucun cas de se séparer de son enfant.
Il me semble qu'il ne faut du tout parler de mon filz, car peut-estre lui proposeroit-
on de luy donner passeport pour aller en France, et comme il n'y a aucune substitution sur mon bien, et qu'il y a seulement cent mil escus à y prendre suivant le testament de feu Monsieur mon père, fayme mieux manquer à sauver une somme comme celle-là^ que de risquer la personne de mon filz. Pour ma femme, je trouveray bon qu'elle accepte un passeport pour aller en France, n'y ayant pomt de péril pour elle ^
Monsieur le Duc continua donc de vivre à Namur. Sa mère quitta Valenciennes après quinze mois de séjour, le 30 décembre 1654, non pour venir habiter avec lui, mais pour aller s'installer à Malines. C'était presque s'ensevelir. Dans cette petite ville toute flamande, en ce milieu tout ecclésiastique, elle vécut en vraie recluse, séparée à la fois de son mari toujours à Bruxelles, et de "son fils toujours à Namur, eux du moins en pays de langue française. Si elle se hasardait à sortir de ces rues désertes, bordées de couvents et d'églises, ce ne sont pas les mornes campagnes environnantes, écrasées sous un ciel humide et gris, qui pouvaient récréer son âme en distrayant ses yeux. Même de nos jours, alors que Tair circule davantage dans les rues élargies de la cité épiscopale et que la voie ferrée d'Anvers y jette les échos stridents du mouvement commercial et industriel, rien ne trouble ni ne réveille cette oasis du passé, l'oasis du silence et du recueillement solitaire.
Nous n'aurons plus désormais à nous occuper de Madame la Princesse. La scission entre son existence et celle de son fils est consommée. Revenons au collège de Monsieur le Duc.
Cet ancien collège, — aujourd'hui l'Athénée royal, — existe encore