‹ Trois éducations princières au dix-septième siécleChapitre 94 sur 181 · Condé à Lenet, Namur, 7 décembre 1654. Ibid.^ fol · texte numérisé non relu

Condé à Lenet, Namur, 7 décembre 1654. Ibid.^ fol

2. Archives générales. Papiers de l'audience. Liasse 773. — A la suite de cet ordre, le duc d'Enghien alla habiter une maison à proximité du collège et dans la même rue.

3. Voir André d'Ormesson, Mémoires^ 24 juin 1654; la Gasette^ 23 mai 1654, p. 503 ; et la corr^pondance de Lenet, passim,

4. CTondé à Lenet, Namur, 22 janvier 1654. i/jx. de Lenet, t. XVII, f. fr. 6718, fol. 205.

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dans un assez bon état de conservation. Si Ton veut regarder la magniûque église paroissiale de Saint- Loup comme n'ayant pas cessé d'en faire partie, l'ensemble a gardé son cachet monumental Après la blancheur des habitations neuves de la place, l'œil se repose avec un certain plaisir sur ces murs jaunes émaillés de sombres volets. Les surfaces sont unies et les fenêtres banales ; mais la porte cintrée présente sur sa clef de voûte, sculptée en écusson, le lion doré des comtes de Namur, entre les deux millésimes 1 6 14 et 16 17, indiquant l'un, la fondation ', l'autre, quelque restauration. Le porche ouvre sur une cour rectangulaire aux bâtiments plus voisins, semble-t-il, de la première date que de la seconde Ils forment équerre à gauche et vis-à-vis. Le bâtiment de côté est le plus élevé ; celui d en face offre en saillie un pavillon pentagonal, avec niche en pierre bleue qu'habite une blanche madone. Au-dessous de la Vierge, patronne des jeux et des travaux de l'enfance, on lit ce chronogramme :

UAR\yE

VlRGim DEIPAR^

CLIBNTES

La place avait été faite à Dieu ample et belle. La chapelle d'autrefois, devenue église paroissiale et passée du vocable de Saint-Ignace de Loyola à celui de Saint-Loup, est une splendeur *. D'un style très contestable, elle a une allure grandiose et originale. Même sous son revêtement chargé de marbres et de stucs, avec sa parure luxuriante de chêne feuillage, sous sa voûte prodigue de caissons et de rinceaux, elle attire l'œil et le fixe. Le regard reste agréablement ébloui dans une lumière de clair-obscur tombant de ce vélum de pierre grise, strié de raies blanches et noires. La pureté du goût classique n'est nulle part ; l'imposante majesté d'une décoration fastueuse met partout un charme étrange et captivant. C'est l'unité acquise à force de variété. On raconte qu'un Frère coadjuteur a passé sa vie de religieux tout entière à fouiller ce banc de communion, à sculpter ces boiseries latérales si luisantes de vétusté, à tordre et enguirlander, à canneler et anneler les bizarres colonnettes de ces confessionnaux. Est-ce lui aussi qui a suspendu au-dessus du large maître-autel le chiffre de la Compagnie, éclatant de dorure sur une tenture marmoréenne aux lueurs violacées ^.

Les retables des bas-côtés sont de proportion plus réduite et de forme plus légère. L'un, placé autrefois sous l'invocation de sainte Adèle, parait aujourd'hui consacré à la Sainte Vierge.

1. D'après De Backer et Sommervogel, t. V, col. 1557, la date première de la fondation du collège est 1610.

2. D'après M. le chanoine Ch. Wilme», cette église, commencée en 1 621, fut consacrée le A ???V^'*^* ^*'"^°^^® ^P^'^s l'Ascension, par Mgr Des Bois, qui la dédia en Thonneur du mystère de 1 Adoration des Mages, sous l'invocation de Saint-Ignace, dont la statue couronnait le maitre-autel. Fragjneni (Pune histoire ecclésiastique de Namur. Episcopat des évêques Dauvin et Des Bois, dans Us Annales de la Société archéologique de Namur ^ t. IX, p. 11.

Quand je lexaminai par une journée d'été, ce n'était déjà plus le mois de Marie, et pourtant la dévotion populaire en avait fleuri les degrés et les marches. Je finis par apercevoir, perdue sous un dôme de plantes, comme un solitaire dans sa thébaïde, une statuette de saint Antoine de Padoue ; le saint faisait tort à la Reine du Ciel.

Le retable opposé est dédié à saint Joseph. Un écusson sévère le domine et met sur la haute muraille le triple quintefeuille d'or, à fond de gueules, entouré du collier de la toison d'or, qui est Arenberg. Cette maison princière, illustre entre les plus illustres, et alors à l'apogée de la fortune et des honneurs, était presque en possession du gouvernement de Namur '. Nous verrons bientôt qu'un cousin du gouverneur fut camarade de M. le Duc au collège et le retrouvera plus tard sur un autre terrain.

Au pied de cet autel le duc d'Enghien a dû répandre ses prières d'exilé. La date 1649, inscrite dans un cartouche, surmonte la niche à coquille où se penche la statue.

Les Arenberg, dont les armes se remarquent encore parmi les sculptures de la chaire à la cathédrale, n'avaient pas été les seuls bienfaiteurs de la superbe église. Au milieu, à droite et à gauche du même autel, se détachent les blasons des Huet et des Rupplémont, rappelant le souvenir du dernier héritier de ces deux nobles familles, qui devint Jésuite et fut un insigne bienfaiteur du collège de Namur \

Le Conseil provincial lui-même avait contribué de ses largesses à la construction de l'édifice. Sur la façade aux massives colonnes et aux lourdes volutes, entre les statues de saint François de Borgia et de saint François Xavier, un chronogramme latin redit les sentiments de la cité, fière encore de nos jours d'avoir restauré en 1867 ce qu'avaient bâti ses aïeux :

NAUWRCl

D^CVS AC GLORIA

RESWRGO

A l'ombre de la vaste église, se pressait dans ses quartiers, beaucoup plus modestes, une jeunesse écolière composée de quatre à cinq cents élèves, tous externes \ Ils appartenaient à la bourgeoisie, peut-être

1 . Pendant le XYII** siècle, après la mort de Charles, comie d'Egmont (1620), fils de la célèbre victime du duc d'Albe, — à qui le roi d'Espagne avait rendu tous les biens et honneurs de son père, ainsi qu'au fils aîné du Taciturne,le prince d^dange, oncle du grand Condé, — nous voyons trois membres de la famille d' Arenberg parmi les gouverneurs de la province de Namur : Philippe, comte d'Arenberg, duc d'Aerschot, de 1626 à 1640 ; Philippe d'Arenberg, prince de Chimay, de 1649 a 1654 ; Octave-Ignace d'Arenberg, prince de Barbançon, de 1675 ^ '692.

2. Le P. Jean de Huet, né à Namur, en 1604, était fils unique de Pierre de Huet et d'Anne de Rupplémont. Il fut reçu de la Compagnie de Jésus, en 1623, par le P. Provincial Florent de Montmorency. Après avoir été prédicateur dans plusieurs collèges de la province de Gallo- Belgique, il mourut, à Namur, le 16 décembre 1682, en la 79" année de son âge et la 6o* de son entrée en religion. — < M"** de Rupplémont, dit le chanoine Wilmer, fit (1649) les frais d'un autel en marbre qui porte ses armoiries avec son nom et celui de son mari. > Op, cit.^ p. 12.

3. Album- colUgii Namurcensis, Mss. de la Bibliothèque de Namur.

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même au petit peuple de la ville et du pays wallon. Leurs noms, en partie venus jusqu'à nous, sonnent bien français. J'ai relevé Dubois et Godard, tous deux de Namur ; Moussebois et Lardinois, Blondeau et La Barbe, Pinchart et Deschamps, Noël et Preud'homme. Sur les longues listes de lauréats ne figurent que quatre ou cinq enfants de familles nobles : un de Thier et un d'Yve; deux frères sans doute : Adrien- Charles et Egide-Alexis de Glymes, dont la famille, issue des ducs de Brabant, possédait et possède encore le beau château de la Falise ; enfin Octave-Ignaced'Arenberg, de la branche de Barbançon'. Les principes d'égalité dans l'éducation, si chers à la fois et aux Condé et aux Jésuites, trouvaient ici leur application la plus parfaite. Perdu au milieu delà foule des hobereaux et des roturiers, Henry-Jules de Bourbon ne semble avoir été l'objet d'aucune distinction, ni même d'aucune attention spéciale de la part de ses maîtres. Les Lettres annuelles gardent le plus complet silence sur le petit prince étranger. Les deux Pères qui s'occupent de lui sont Français, et à peine les désigne-t-on dans les catalogues. M. le Duc n'eut d'autres mentions que celles dues à son propre mérite : invariablement son nom paraîtra au Palmarès pendant ses trois ans de séjour.

A son arrivée à Namur, en décembre 1653, il entra en troisième, ou, comme on disait dans la province Gallo-Belge, en classe de syntaxe '. Les syntaxiani, au nombre de quatre-vingt-dix-sept, formaient à eux seuls plus de la cinquième partie du collège, preuve que plusieurs écoliers ne continuaient pas au-delà leurs études et se contentaient des classes de grammaire sans prétendre à la littérature. Ce n'était pas l'esprit du Ratio studiorum, qui visait à former des chrétiens d'abord et ensuite des humanistes ; mais les parents d'humble condition pouvaient craindre de déclasser leurs enfants en les poussant plus loin.

Dans cette classe de près de cent élèves, l'émulation avait beau jeu et M. le Duc était peu préparé à soutenir si rude concurrence. A rouler par le monde, de la Garonne à la Meuse, il n'avait guère pu amasser que des notions disparates de géographie. Or, c'était de latin qu'il s'agissait. Le brave enfant ne bouda point la lutte ; il eut le courage de s'y mettre de tout cœur et il tint lui-même son père au courant de ses alternatives de succès et de revers. Cette correspondance est rédigée en français. Est-ce un signe de décadence des études ? Nous nous souvenons que Condé, élève de Bourges, avait toujours écrit en latin à son père. Serait-ce lui-même qui avait délivré son fils de cette obligation } Bourdelot, à Montrond, avait proposé de faire faire au duc d'Enghien des lettres

I. Octave- Ignace d'Arenberg était le fils aîné d'Albert de Ligne d'Arenberg, prince deBarbançon, né en 1640 ; il fut tué à la bataille de Neerwinden, le 29 juillet 1693. V. Annuaire de la noblesse de Belgique^ année 185 1, p. 269.

2. La province Gallo- Belge de la Compagnie de Jésus comprenait alors lescollègesde Cambra*, de Douai, de Saint-Omer, d'Aire, de Valenciennes, de Lille, d'Arras, de Maubeuge, de Béthune, de Cateau-Cambrésis, villes qui appartiennent aujourd'hui à la France ; les collèges de Tournai, de Liège, de Mons, de Namur, de Dinant, de Huy, de Nivelle?, d'Ath et de Marche, qui font partie du royaume de Belgique ; le collège de Luxembourg, capitale du Grand- Duché indépendant.

TROIS ANS A I4AUUR. 161

latines ; or, nous ne voyons nulle part que ce projet ait été agréé par M. le Prince, et encore moins qu'il ait reçu un commencement d'exécution.

Monsieur, Ayant composé pour les places, je n'ay pas voulu Tnanquer de me donner l'honneur de vous escrire et de vous envoyer mon thesnie. Je vous prie de croire. Monsieur, que j'y ay apporté loutie ta peyne que j'ay peu, tant pour vous satisfaire, que pour tascher d'avoir UDC meilleure place dans la classe, que je n'ay eu jusques a présent ; je ne suis iKiurtjnt moDté que de trois places, a cause d'un mot que j'ay luis, et que vous verres, ftlontitur.

NAMUR, — CoLLtôE tr ÉCUSE L>ES PERtS U£ LA COMFAUME DE JtbUS, AU TEMPS DU PRINCE DE CONDÉ

(D'»près une gravure de l'ouvrage < I^s D/lices du pays de LiigetI du comli de Namur, 1748- »

quand vous prendrés la peine de lire mon thesme ; mais je ra'efforceray de faire encore nieui i l'avenir, et de vous tesmotgner toutte ma vie, que je suis, avec tout le respect que dois,

Monsieur,

VoBtrc très humble et trfes obéissant fils et serviteur

Henry Louis de BointBOH.

De NamuT, le dousiesme

mars 1654.

Adrttse ; Monsieur,

Monsieur le Prince

à Bruxelles ',

I'm. le Duc à M. le Prince, Namur, 11 mars 1654. Jtfw.dc LcQet.l. ti^W. Ulirti d trailH, if. fr. 67 '8. fol. 96.

I meuKi ^DeNat

La pièce justificative ou plutôt, hélasîla pièce à conviction était jointe. Français et latin, le devoir se retrouve tout entier dans les riches recueils de Lenet ' : le français écrit de la main de Saint-Simon ; le latin, de Is main encore molle et timide de M. le Duc, mais déjà plus ferme et plu; élancée qu'au temps de Bordeaux.

Lots que je pense en moy mesme attentivement aux grandes misères, desquelles le Chiestieus jtar toutte l'Europe se sentent affligez, et qu'ensemble je vois les Ennemis <Il nom de Dieu mener une vie paisible, et après plusieurs victoires s'adonner à toutte sorti de délices, je ne trouve autre raison de cette diversité, que la trop grande desbauche àes Chrestiens, et leur vie abandonnée aux vices, desquels !ef plus barbares mesmes ont honeur. Il n'y a homme tant soît peu lettré, qui ne sçache que de tout temps les péchés ont renrerîé les Roystumes, lesquels avoient esté establis par la vertu. Ne lisons-nous pas que l'Empire des Romains perdit beaucoup de sa puissance, aussy tost que les débauches et crimes commencèrent à s'augmenter ? La mesme nuit que le Roy Baliazar faisoit bonne chère avec les grands de son Royaume, l'Ennemy gagna par force la ville, saccagea les Bourgeois ; s'estant de mesme furie fait maistre du palais, surprit les conviez, au milieu d'une salle, tel fit passer par le fil de l'espée, donnèrent le coup de mort au Roy, et lui ayant passé sur le ventre, le vid s'estouffer dans son propre sang, mais comme il n'y a rien plus inconstant que la fortune, n'y plus oublieux de sa fragilité que l'homme, ces victorieux virent tomber en décadence les Royaumes, à mesure qu'ils se jettèrent plus librement dans toutte sorte de vices.

Cum calamitates, quibus Christîani in tota Europa afRciuntur, mecum attente repuio ac Jésus nominis hostes [ranquilkm agere vltam ac post muUas vîclorias omnibus seM voluplalibus peimittere video, nuUam hujusce diversîlaiis (prxter nimias Christianorum libidines et vîtam vitio deditam, a qua ipsi Baibari hotrenl) causam esse arbitror. Homines utcunque litteris tincti Régna virtute aidilîcata vittis eversa fuisse sciunt. Nonne Romani imperii potentîam, statim atque libidines vitiaque propagata sunt, multum concidisse legimus ? Eadem nocte, qua Rex Balthazar Regni magnâtes laute exciperet, hoslis vi urbem expugnavît, trucidavit cives ; et cum eodem impetu Palatium sibi comparasse!, nec opinantei invitatos média in aula occupavii, ferro cœcidit, interfecit regem et eura pedibus conculcatum proiirio sanguine suffocari vidil. Sed sicut fortuna nihil magis inconstantius sit et nihil fragUitatem magis quam homo oblivJscatur, victores îlli Régna in deteriorem Matum prolabl viderunt, cum libentius omnibus vitiis vacaverunt.

Henricus LuDovifus BosBONius, lertianus, pro loco ".

Quelle est la faute qui avait empêché M. le Duc de gagner plus de trois places ? Il n'y a que l'embarras du choix pour la désigner. Est-ce le barbarisme yesiis, au génitif, pour yesu, imputable à une évidente distraction ; est-ce le barbarisme plus grave ctTcidil pour cecidit ? ou bien les solécismes ont-îîs été les vrais coupables ? Faut-il en accuser l'emploi du subjonctif après sicut au lieu de l'indicatif, ou encore le

lù nous avons puisé la plupart des documents qui suivent a formé oa

inséré dans le lome XV'l des .t/ji. de Lenet. Bibl. nat.,f. fr. 671a. L«

. , Lcrvée (fol. 9;), porte ce titre au recto . Ltllres AriUs à S. A. S,

MonseÏRntur le Prime Louis 3" par S. A, âi. Monseigneur le prince henry julle,aute des T)iimet\

de S. A. S. gui étudiait d IVamur. Au verso du même feuillet, le titre est ainsi abrégé : Lettrii

de S. A. S. AfoHsei^neur le Prime htnryjulU du temps guil Ûudioit à Nan... (sic).

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