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UNE PRÉFACE

— Paris, 1828 —

0 gloire, donne-moi du pain!.

Les voilà , ces tableaux de mes longues souffrances , Par instants colorés de reflets d'espérances ; Ces rêves ingénus d'une âme de vingt ans , Que mon luth destinait aux vierges, aux enfants!... A qui les adresser?... De tant d'amour jurées, De longues amitiés par le tenips consacrées ,

11 ne me reste pas dans le monde un seul cœur

Que j'osasse charger du poids de ma douleur.

Lorsqu'à mes vieux amis j'ai raconté mes peines,

Jetant sur l'avenir des espérances vaines,

Leur froideur n'a point su dans mes larmes , hélas !

Deviner les tourments que je ne disais pas.

Qu'ils gardent leurs repos !... resté seul sur la terre ,

Souffrons seul... malheureux ! Mais n'ai-je pas ma mère?.

Ma sœur, ma mère... hélas ! ce sont ces noms chéris

Qui m'imposent la vie au sein de jours flétris.

Avec peine échappant à mon destin funeste.

Pour appuyer leurs maux , seul ici je leur reste

Comme un dernier débris , que peut-être à leurs yeux

Tant de malheurs encor rendent plus précieux.

Mais , pour les secourir, hélas ! que puis-je faire ? Perdu dans le fracas dune ville étrangère , Sans ami , sans soutien, dans mon obscurité Je cache en gémissant ma timide fierté. Ah ! de mon sombre aspect se sentant l'âme émue , Si quelque grand sur moi daignait jeter la vue.

Je pourrais le servir et donner à ses fils

Ce peu de vain savoir péniblement acquis !

Mais ne l'espérons pas : jamais mes traits sans grâce

Ont-ils fixé les yeux du riche heureux qui passe ?

Je n'ai point ce regard qui charme avec douceur,

Et le ciel sur mon front n"a pas écrit mon cœur !

Pourquoi me plaindrait-on, d'ailleurs?... sur mon visage

3Ies pleurs n'ont pas encor sillonné leur passage,

Et , si l'oreille à peine entend ma faible voix ,

Sur ma bouche un souris s'arrête quelquefois.

De mon cœur palpitant la souffrance brûlante

N'use que lentement ma jeunesse puissante.

Aux yeux indifférents est-ce assez de souffrir?

On ne croit à vos maux qu'en vous voyant mourir.

Et pourtant , ô mon Dieu !... s'ils voyaient dans mon âme

Cet enfer renfermé dont je cache la flamme ,

S'ils pouvaient bien sentir, comme mon cœur aimant.

Cet ennui destructeur d'un long isolement !...

— Dieu ! qui pourra me rendre , avant que je n'expire ,

Cette brise des mers que ma mère respire,

Cet air frais apporté sur le flot matinal?...

Que je voudrais mourir clans le pays natal !... Mais non. C'est me bercer d'une image trop douce : Je ne dois plus m'asseoir sur ces vieux lits de mousse Où seul , rêvant au bruit de la vague et des vepts , Le flot venait mourir sur mes pieds indolents. Je dois , loin de ces bords , dans la cité royale , Désarmer, s'il se peut, la fortune fatale. Dans la foule des grands chercher des protecteurs , Leur sourire , et chanter en leur cachant mes pleurs.

Que ces vers aillent donc pour ma sœur et ma mère Demander la pitié des riches de la terre. Entourés du secret que cherche le malheur, Sous les toits que connaît la gloire ou le bonheur, Ils s'offriront, pareils à ces femmes voilées Qui, sur un seuil, le soir, quelquefois isolées. Le front pâle et courbé, chantent un air plaintif Implorant l'homme heureux qui passe inattentif.

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