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TROIS ANS DE PLUS

Bonheur vaut mieui qu'honneur.

( Proverbe.)

Parmi de vains espoirs et des regrets amers

Trois ans sont écoulés !... et je relis ces vers,

Et , le bras appuyé sur mon épaule amie,

Une épouse avec moi les relit attendrie ,

Et , s'arrêlant , plaintive , aux plus sombres endroits ,

Console d'un baiser mes douleurs d'autrefois.

Ainsi ces jours rêvés comme de doux mensonges ,

Ils sont venus, plus beaux que dans mes plus beaux songes '

Tant de fois désolée, avec quelle douceur L'âme s'épanouit au soleil du bonheur ! Ah ! trop longtemps jaloux d'une longue mémoire , A travers les dégoûts j'ai mendié la gloire; Trop longtemps au milieu de nos heureux auteurs Ma muette fierté chercha des protecteurs ; Dans leurs cercles du soir, relégué près des femmes , Froid , n'osant approcher mon âme de leurs âmes , Honteux d'un nom qui seul n'attirait nul regard , Assez longtemps déjà j'ai souffert à l'écart. Et qu'ai-je donc besoin que l'avenir me nomme? Pourquoi me faire grand, quand je puis me faire homme, Quand je puis, comme époux, comme père, obtenir Tout ce que de bonheur au monde on peut cueillir? Adieu les vains projets , gloire , triste chimère , Je veux aux sorts de tous mêler mon sort vulgaire ; J'ai trop usé mon âme à vouloir, à sentir, e ne veux plus avoir de cœur que pour jouir.

Et toi, repos obscur, retraite tant rêvée , Ma retraite chérie , enfin je t'ai trouvée,

Avec ton humble toit de vignes entouré,

Tes bois , ton puits rustique et ton air épuré.

Ah ! parmi tes parfums dont mon âme s'enivre ,

Je veux , lassé de tout , vivre rien que pour vivre.

Sentir, dans ma poitrine ardente de douleurs ,

Couler l'air pur et frais qui passe sur tes fleurs ;

Et quand le soir viendra , sans craindre les visites ,

Avec ma femme assis près de tes clématites ,

Ses deux mains dans la mienne et la nommant tout bas ,

Sentir mon jeune enfant s'endormir dans mes bras.

Allez donc, ô mes vers! enfants de ma jeunesse, Vous qui me rappelez tant d'heures de tristesse , Délire , joie, amours, espérances d'alors , Allez , mes vers sans art , pareils à ces accords Que d'un clavier sonore où sa main se repose Fait sortir une femme en rêvant d'autre chose ; Vous n'éveillerez pas au loin de longs échos. Mais qu'importe ? pourvu que là-bas , près des flots , Sous de sombres sapins, près d'une maison grise. Quelquefois en pleurant une femme vous lise ;

Pourvu qu'ensevelis dans son cœur offensé ,

Vous y soyez toujours une voix du passé ?

0 mes vers , c'est assez , vous avez votre gloire ;

Ne cherchez point à vivre en une autre mémoire.

— Et si jamais encor, comme un soleil d'hivers ,

Un rêve apparaissait dans ma vie!... ô mes vers,

Rappelez-moi ce temps d'illusions étranges

Où mon âme vivait dans le monde des anges,

Longtemps défendez moi du désenchantement

Qui descend sur le cœur de l'homme à son couchant;

Mes premiers chants ! mes chants d'amour et de jeunesse ,

Retentissez encor longtemps dans ma vieillesse.

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