LA BEAUTÉ
Non, vous n'êtes pas jolie, Élisa...
mais vous avez quelque chose de plus que la beauté.
(Lettres d'Yorick à Elisa.)
Pourquoi donc près de moi rester sombre et muette? Tu m'écoutes souvent en secouant la tête,
Et je t'entends pleurer tout bas ; Hier, tu me disais d'une voix alarmée : « Tu ne vois point mes traits tant que je suis aimée ,
« Peut-être un jour tu les verras ! »
Oh ! ne redoute rien , vierge douce et fidèle ! Je sais bien qu'ici-bas tu ne parais point belle. On te jette à peine un coup d'oeil ;
Quand , jeune enfant encor, tu fermais la paupière, Auprès de ton berceau jamais ta jeune mère N a souri d'amour ni d'orgueil.
Au milieu des mortels passant inaperçue , Un jeune homme jamais ne s'arrête à ta vue
Pour te suivre longtemps des yeux ; Dans un songe jamais retrouvant ton image , 11 ne te voit vers lui pencher ton doux visage
Comme un ange envoyé des dieux.
Non , tu n'as pas en toi la beauté de la terre ; Mais il en est une autre et plus pure et plus chère
Que les ans ne peuvent flétrir ; Elle est dans ce souris , dans ce regard modeste , Révélant la candeur de ton âme céleste ,
Et qui forcent à te chérir.
De cette autre beauté devinant le mystère , Le cœur seul reconnaît son divin caractère, Le monde l'ignore à jamais.
Le regard de l'ainant l'aperçoit dans la femme : Seul il voit sa beauté, car seul il voit son âme... Le monde n'a vu que ses traits.
Hélas ! sur cette terre, où tout brille et s'efface, D'un front noble et fleuri le temps courbe la grâce ,
Un jour emporte la santé ; La rose brille et meurt... mais la pâle immortelle Sous le souffle du temps fleurit , toujours plus belle ,
Et brille pour l'éternité.
Ainsi tu brilleras , pour moi toujours la même , Le temps n'ôtera rien à ton charme suprême ,
Car rien n'éteindra ton amour; Brûlant, comme pour Dieu, d'une céleste flamme. Je trouverai toujours ta beauté dans ton âme ,
Pure , et plus jeune chaque jour.