‹ Trois femmesChapitre 15 sur 53 · UNE JEUNE FILLE A UNE FLEUR · texte numérisé non relu

UNE JEUNE FILLE A UNE FLEUR

Ces fleurs , je les tiens de lui-même.

(Cami'ENON, L'Attente.)

Tu redoutes l'hiver, tige frêle et craintive ! En vain veille pour toi ma tendresse attentive ,

Je ne vois pas encor ta fleur ; Tu formes lentement ton bouton en silence !... Ainsi , malgré nos vœux , nos rêves d'espérance ,

Bien lentement vient le bonheur !

II faudra bien des jours et bien des soins encore Avant que ce bouton que le soleil colore

Montre une fleur à mon amour ; Et pourtant , par les vents de la tige arrachée , En pleurant jaurai vu tomber ta fleur séchée

Avant d'avoir vu son retour.

Loin de moi maintenant peut-être qu'il soupire ; Peut-être , s'égarant dans un triste délire ,

Il contemple un sombre avenir... Que ne puis-je en son cœur réveiller l'espérance , L'amener vers ta tige , et montrer en silence

Ton bouton prêt à s'entr'ouvrir !

Auprès de toi toujours inquiète , empressée , Aux purs rayons du jour, à la douce rosée ,

Je viens t'exposer tour à tour :

Ainsi, veillant sur toi, dans mes jeunes alarmes, Sur ses maux tour à tour je verserais mes larmes

Et les doux feux de mon amour.

Jadis tu fleurissais au jardin de sa mère : N"a-t-il jamais fixé sur ta tige éphémère

Son regard timide et rêveur?

N'a-t-il point des débris de ta tige effeuillée Souvent marqué la place où, dans la sombre allée,

11 venait songer au bonheur?

Oh ! si je puis du moins, au jour de l'arrivée , Montrer à mon ami la tige conservée ;

Si son œil se tourne vers moi , Et que, nous poursuivant de son malin sourire. Ma jeune sœur tout bas se plaise à lui redire

Les tendres soins que j'eus pour loi;

Ou bien si , par hasard , il voit ta fleur cachée S'échapper de mon sein jaunissante et séchée ,

Comme un aveu tendre et muet , Et que , la ramassant d'une main frémissante , En prononçant mon nom , sur sa bouche brûlante

Longtemps il la presse en secret ;

Alors de tous mes soins je me croirai payée , Alors je lui dirai, sur son bras appuyée ,

Contemplant son regard si doux :

ce Elle vous rappelait : oh! je l'ai bien soignée ! « Sous le vent de l'hiver elle tomba fanée,

« Mais je songeais toujours à vous. »

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