‹ Trois femmesChapitre 24 sur 53 · BALLADE · texte numérisé non relu

BALLADE

Les superstitions sont la poésie du peuple et des âmes tendres.

(Marchangy.)

11 est bientôt minuit : du feu de la veillée Vois danser sur le mur la blanchâtre lueur; Les pâtres sont partis , la lampe s'est voilée , Et , des contes du soir l'âme encore troublée, Je tremble! ô mon ami, serre-moi sur ton cœur!

Tout est calme : on n'entend à cette heure sacrée Que la sourde rumeur des vents de la forêt ;

Ii2 REVES POÉTIQUES.

Sous les saules pleureurs , doucement égarée, La rivière gémit comme une âme éplorée Que sous ces verts rameaux attire le regret.

Maintenant du côté des bosquets de platane , Là-bas , sur la hauteur, dans cette vieille tour, Comme un nuage blanc, la belle duchesse Anne Montre sur les créneaux son ombre diaphane Et chante doucement sa romance d amour.

Bientôt, au sein des nuits, la pâle lavandière Par ses coups répétés réveillera nos bois ; Au bord du grand étang , à genoux sur la pierre , Elle viendra laver son grand drap mortuaire... Malheur au voyageur qu'appellera sa voix!

Parle, ami : ton accent et rassure et console !... Souvent je crois au loin entendre un triste appel : Est-ce le vent du soir qui gémit dans le saule. Ou rame d'un parent qui vers les cieux s'envole , En jetant à nos cœurs un adieu solennel ?

RÊVES POÉTIQUES. u:i

Mais, ciel! Écoute... écoute... à celte porte mcMne N'entends-tu pas ce cri qui ma glacé d'effroi? C'est l'oiseau de la nuit! Dans cette heure suprême, Vient-il pour m'annoncer la mort de ce que j'aime? Mon bien-aimé, je tremble! oh! parle, parle-moi.

Mais non , l'oiseau s'envole; à l'église lointaine Minuit sonne, et mon âme a calmé sa frayeur; Donne un dernier baiser, mets ta main dans la mienne; Que ton bras étendu me presse et me soutienne : Je veux , ô mon ami , m'endormir sur ton cœur.

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