‹ Trois femmesChapitre 31 sur 53 · UNE AMIE · texte numérisé non relu

UNE AMIE

Aimez-moi, ne m'oubliez pas.

[lu Murguerile. )

Je suis triste, il est vrai : sur la baie écuniante Je contemplais au loin , d'un œil désenchanté , La vague qui blanchit, s'élève murmurante.

Et se perd dans l'immensité.

La crainte, à cette vue, a glissé dans mon âme : Quelqu'un, montrant les flots, me disait l'autre jour Que les attachements , dans le cœur d'une femme , Se succédaient do même et passaient tour à tour.

Dois-jele croire? Hélas! loin d'un bonheur tranquille, Aux orages bientôt je vais encor m'offrir; J'emporte un long regret en quittant votre asile... Y laisserai-je un souvenir?

Je ne sais, mais nos cœurs paraissent se comprendre ; Un nœud mystérieux nous liait à demi ; Souvent, quand je parlais, vous aimiez à m'entendre, Et j'ai cru quelquefois que j'étais... votre ami. Souvent, comme une sœur vous veniez me redire Un éloge entendu , des discours enivrants , De ces mots qui vous font rougir et puis sourire Et qu'on se rappelle longtemps.

Biais d'un absent , hélas ! le souvenir s'efface , De quelque ami nouveau l'on aime les discours; Il sait plaire , et bientôt il usurpe la place Que l'on avait promis de nous garder toujours.

Oh ! qu'il est triste , auprès d'une personne chère , De trouver au retour un visage étranger, Qui , d'un œil protecteur, d'une voix familière , Semble vous accueillir et vous encourager! De ce nouvel ami tout vous montre l'empire , Un œil riant sur lui sans cesse est soulevé ; On caresse, on approuve avec un long sourire Le mot qu'il n'a point achevé.

Toujours , par un hasard qu'inspire la tendresse , On s'assied près de lui sans s'en apercevoir; Pour un léger service à lui seul on s'adresse , Et c'est lui qu'on regarde en répétant : Bonsoir. Et l'ami délaissé , qu'on recherchait naguère , Suit tous ces mouvements d'un œil triste et confus; Peut-être qu'une larme a mouillé sa paupière , Mais on ne le regarde plus !

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