‹ Trois femmesChapitre 38 sur 53 · A MARIE · texte numérisé non relu

A MARIE

Hélas ! je suis Lieu jciino aussi , et toute mon histoire est dans les peines de mon cœur.

( Barginet.)

Vous souvient-il d'un jour où jetais près de vous? Je disais, vous parlant d'un regard tendre et doux , Que le nom de Marie avait pour moi des charmes , Lorsqu'avec ce souris plus triste que les larmes Vous dites que ce nom , aux douleurs destiné,

{*) Celte pièce ftait la dédicace d'une nouvelle- intitulée Marie, qui ne sera jamais imprimée.

On sait que le nom de Marie siguiQc en hébreu prcdcilinalioii. —

Ainsi qu'un sceau fatal marquait l'infortuné,

Et de loin annonçait, au jour de sa naissance ,

Combien de maux devait semer son existence.

Vous répétiez alors, avec un air plaintif.

Mille récits charmants que j'écoutais pensif;

Pour me convaincre mieux , vous chantiez ces romances

Oii des vierges, pleurant de longues espérances,

Sous ce funeste nom paraissent pour mourir...

Et moi, je me sentis tout à coup attendrir,

Car votre voix alors s'arrêta si tremblante ,

Une larme en vos yeux brilla, si déchirante.

Votre main , vivement portée à votre cœur,

Semblait y repousser un tel poids de douleur.

Que je pensai que Dieu, sous le nom de Marie,

Vous avait exilée au milieu de la vie

Pour expier peut-être une faute du ciel

Et savoir ce qu'ici le monde a de cruel.

Aussi , depuis ce jour, aux heures de souffrance , Je me suis rappelé souvent cette croyance;

J'ai demandé souvent à mon cœur étonné

Pourquoi ce triste nom ne me fut pas donné.

Ah ! s'il marque une vie aride autant qu amère ,

Qui "peut le mériter mieux que moi sur la terre?

J'ai su tout ce qu'une àme en amour peut souffrir,

Et , pour comble de maux , je ne pouvais mourir !

J'ai créé des espoirs que j'ai brisés moi-même,

Sans pouvoir dire a Adieu ! » j'ai quitté ceux que j'aime ,

J'ai pleuré des ingrats , j'ai regretté des morts,

Et j'ai tout souffert! tout!,., excepté les remords!...

Et maintenant qu'ici , d'une main incertaine , Je trace encor ces vers que mon œil voit à peine , Que, seul près d'un foyer où murmure le vent, Je contemple ce feu qui pâlit en mourant , Tandis qu'auprès de moi la froide maladie Ferme d'un doigt glacé ma paupière engourdie , Si vous pouviez savoir quel orage brûlant S'agite dans mon cœur de douleur palpitant ! . . . Oh ! je veux conserver dans un récit terrible

Tout ce qu'ici pour moi la vie eut de pénible , Dans mon sein déchiré je veux vous dévoiler Ces douleurs sans sujet qu'on ne peut consoler, Ces tristesses du cœur que nul ne sait comprendre , Qui , comm-e un trait mortel , frappent une âme tendre , Et, venant, dans la paix, tout à coup vous briser, Font désirer la mort... rien que pour reposer!...

Je le dédie à vous ce récit que j'achève, De mes jours inquiets il vous dira le rêve; J'y verse tous les pleurs qui, depuis si longtemps, S'amassent dans mon sein, amers et dévorants; Je vous découvre enfin cet enfer, dont mon âme Si longtemps à vos yeux cacha la sourde flamme. Mais quelle voix pourrait exprimer les tourments D'un cœur vide d'amour et d'espoir à vingt ans'... Pourtant avec douceur quelquefois votre bouche , Lorsque mon désespoir conserve un air faroucho , M'accuse en souriant, et demande pourquoi Mon front reste baissé même quand je vous voi.

REVES rOETlOCES. l'Jo

Ah! si voire œil enfin dans ce récit peut lire Quel malheur flétrissant j'ai voilé d'un sourire , Peut-être vous direz , cessant de me blâmer : « Pour avoir tant souffert, il fallait bien aimer! »

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