‹ Trois femmesChapitre 40 sur 53 · A ELLE · texte numérisé non relu

A ELLE

Le poêle est semblable aux oiseaux de passage, Qui ne bâlissciil pas leurs nid» sur le rivage.

Ils passent en chaulant loin du bord , et le mondi; Ne cor.naît rien d'eux que leur vnix.

(Lamarti.mî.)

Oui , parmi les mortels le poëte est heureux , Ses vers savent donner plus de charme aux aveux ; Comme l'accord d'un luth, ou le chant d'une femme , Sa voix avec douceur résonne au fond de lame , Et dans tousses discours je ne sais quel attrait ,

20i RÊVES POÉTIQUE?.

Quel vague enchantement , se répand en secret. Pour calmer la douleur des souvenirs funestes , Sa voix harmonieuse a des pouvoirs célestes. 11 berce dans ses bras le mortel gémissant, Comme un enfant plaintif qu'on endort en chantant : Dans le lointain obscur, au travers de ses larmes. D'un avenir plus doux lui fait rêver les charmes , Et , pleurant avec lui , l'approchant de son cœur, A force de l'aimer lui fait croire au bonheur,

Et moi , poëte aussi , si de quelque puissance Le ciel doua ma voix pour calmer ma souffrance , C'est elle seulement que je veux consoler, Pour elle que je veux et chanter et veiller... Sans cesse à mes travaux mêlant sa douce image , Nos songes de bonheur rempliront mon ouvrage ; Sous mille noms divers, partout je tracerai Ce long attachement par la peine épuré, Et ces épanchements pleins de pleurs et de flamme Où mon âme éplorée allait chercher son âme. Ah ! peut-être qu'un jour ce souvenir puissant

Jettera sur mes vers un charme attendrissant;

La femme, en les lisant, de longs pcnsers troublée,

Reportera les yeux sur sa vie écoulée ,

Et , répétant tout bas mes vers avec douceur.

Un souvenir aussi fera battre son cœur.

Mais toi, toi pour qui seule en secret, et dans Tombre,

J'aurai de mes travaux sans cesse accru le nombre ;

Toi , seul but où tendait mon destin voyageur,

Sans qui je ne veux rien , pas même le bonheur !

0 mon unique espoir!... si mon âme flétrie

Retournait avant toi vers sa vieille patrie ,

Dans cet instant d'absence à tous les deux crue! ,

Où j'irai te pleurer, exilé dans le ciel,

Si de quelque douceur ma lyre était douée

(Cette lyre à ton nom sur la terre vouée ) ,

Relis encor ces vers que j'avais faits pour toi ;

Souviens-toi de ces soirs, quand, seule auprès de moi.

Tu me les demandais d'une voix amoureuse ,

Et que, sur ta guitare appuyée, et rêveuse.

En m'écoutant, ton œil, où ton âme passait,

Mélancolique et doux, do loin me caressait!...

Trop heureux si ces vers , où mon espoir repose , De leurs charmes d'alors ont gardé quelque chose ; Si, comme un souvenir, leur prestige touchant Peut rappeler encor mon long attachement , Et si lu peux redire, en pleurant, mais charmée, Que «jamais comme toi femme ne lut aimée ».

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