‹ Trois femmesChapitre 44 sur 53 · SOUFFRANCE · texte numérisé non relu

SOUFFRANCE

Hélas, on ne sait pas, tant la foule est légère, Combien l'amour blessé peut souffrir et se taire, Pour écbapper à la pitié.

(Ed. TunQUETV.)

— Tu souffres, dites-vous , mais quelle est donc ta peine?

— Ah ! laissez à l'écart une souffrance vaine, Épargnez la pitié du moins à mes douleurs :

Je n'ai point demandé qu'on pleure sur mes pleurs.

Oui , je souffre , il est vrai , je souffre !... mais qu'importe?

Jouissez des plaisirs que ce jour vous apporte ,

Mon mal peut près de vous passer inaperçu :

Elle qui dit m'aimer, elle ne l'a point vu!

Elle ne l'a point vu !... mon Dieu ! dois-je le croire?

Si vite du passé perd-elle la mémoire?

Détruit-elle Tespoir qu'elle m'avait donné ?

Ou bien est-ce mon cœur sur lui-même acharné ,

Qui, créant le soupçon sur un geste frivole,

Sur un mot sans valeur, un regard sans parole ,

Se plaît à deviner partout un faux malheur

Et se déchire ainsi lui-même avec bonheur?

Oh ! non , non; mais celui qu'un amour pur enflamme

Connaît tant de douleurs qu'ignore toute autre âme !

Il est tant de ces mots qui glissent sans blesser,

Qui dans un cœur aimant, brûlants , vont s'enfoncer!...

Ainsi que ses plaisirs, ses pleurs sont un mystère,

Qu'une femme devine et dont rit le vulgaire,

Car lui ne peut savoir ce qu'un mot fait souffrir,

Et ne croit à vos maux qu'en vous voyant mourir !

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