SÉPARATION
Le 11 oclcbre 18i7
Quoi ! je viens à l'instant de quitter sa demeure, Et vous me demandez encor pourquoi je pleure ! N avez-vous donc point vu comme , à notre départ , Vers moi, sans amitié, s'est tourné son regard? N avez-vous point trouvé dans sa voix presque éteinte L'accent de la froideur, le ton de la contrainte? Je semblais pour jamais abandonner ce lieu ; Quand j'ai dit : Au revoir ! elle ma dit : Adieu!
Arrivé sur \c seuil , vainement en arrière
J'ai cherché si son œil me suivait sans colère ;
Son œil déjà baissé ne s'inquiétait point
S'il pouvait un instant me voir encor de loin.
Au moment du départ, un sourire naguère
Demandait mon retour, qui toujours devait plaire;
Mais je n'ai point revu ce sourire si doux ,
Et ce n'est point sa voix qui m'a dit : Viendrex>-vous?
Ah ! c'est que contre moi , dans son âme , peut-être
Le courroux d'un instant alors venait de naître ,
Car sa légèreté venait de me blesser
De quelques mots amers jetés sans y penser ;
Et moi , triste et chagrin près d'elle , sans rien dire ,
J'étais resté longtemps sans pouvoir lui sourire.
Ainsi , pour quelques mots qu'a regrettés le cœur,
Nous nous sommes quittés avec plus de froideur.
Chacun de nous ici , cruel envers lui-même ,
Se donne des tourments pour punir ce qu'il aime;
Tous deux nous nous fuyons froids et silencieux ,
Et bientôt , éloignés, nous pleurerons tous deux !
Oh ! pourquoi donc flétrir par ces discordes vaines
Ce peu d'instants heureux qu'entourent tant de peines? Trop tôt par le Destin nous serons séparés, Et, comme alors, tous deux de regrets déchirés, Nous pleurerons ces jours que le Ciel nous envoie Et dont nos différends empoisonnent la joie ! Oh ! je n'en aurai plus , je n'en veux plus avoir ; Près d'elle en souriant je veux toujours m'asseoir. Elle ne verra plus mon front triste et farouche ; Toujours des mots flatteurs erreront sur ma bouche ; Je saurai réprimer ce secret mouvement Qui trahit les douleurs de mon cœur palpitant : Je veux l'aimer en paix jusqu'au terme funeste , ■ Et garder au bonheur tout le temps qui me reste.