‹ Trois femmesChapitre 46 sur 53 · DUGUESCLIN EN BRETAGNE · texte numérisé non relu

DUGUESCLIN EN BRETAGNE

Pour toi , toujours pour toi.

(Victor Hugo.)

0 pays des Bretons , terre verte et brumeuse , Vallons où s écoula mon enfance rêveuse, Lieux où j'ai tant aimé, tant souffert, tant pleuré, C'est encore une fois vous que je chanterai ! Près de vos rocs grondants où se brise la lame , Voit-on encor, le soir, promener une femme , L"œil morne, et dont le front timide et sans couleur Trahit l'ennui secret d'une longue douleur?...

Hélas ! moi qui , loin d'elle , ici , seul et dans Tombre , Vois de mes jours flétris s'accumuler le nombre , Sans que ma voix parvienne à ce cœur trop aimant , 3Ioi seul connais le mal qui va le consumant !

Que de fois , appuyé sur ma triste fenêtre ,

Songeant au lieu chéri qui tous deux nous vit naître,

Au Ciel j'ai demandé , lassé de tant souffrir,

D'y retourner encor, de la voir, et mourir!

Que de fois, quand passait l'hirondelle légère ,

Le ramier voyageur, la nue aventurière ,

J'enviai leurs destins errants et fugitifs.

Et je leur confiai mes messages plaintifs!

Mais que servent, hélas! ces illusions vaines?

Loin de moi nul écho no lui redit mes peines ;

Nulle voix n'oserait près d'elle me nommer,

Car c'est secrètement toujours qu'on doit aimer!...

Eh bien! puisqu'il le faut , et puisque son nom même Ne peut orner mes vers de son charme suprême , Puisque tant do bonheur, en arrière laissé,

Doit rester à jamais caciié dans le passé ,

Ne pouvant la chanter, du moins ma jeune lyre

Chantera le pays où cet ange respire ,

Les sites qu'elle aima , les faits qu'elle admirait ,

Et le héros breton que son cœur préférait.

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