LA VISITE
Il veut, il ne veut pas.
J'arrivais à sa porte, un char frappa ma vite : De quelques étrangers il disait la venue, Et, triste à son aspect, marchant plus lentement, Auprès du vieux portail j'arrivais en tremblant ! De sa guitare aimée une note plaintive Soudain vint caresser mon oreille attentive , Et de bruyants éclats de ris et de bonheur, Par la brise apportés , passèrent sur mon cœur. Oh ! de nos tristes jours quand la paix est bannie. Qu'un mélange insultant de joie et d'harmonie ,
Que ces chants du plaisir répétés loin de nous ,
Augmentent nos tourments et nos soupçons jaloux !
Qu'il est cruel alors de se dire à soi-même
Qu'on n'est point nécessaire à celle que l'on aime,
Que loin de vous la joie en ses regards brilla
Et qu'elle a pu chanter quand vous n'étiez plus là !
Dois-je entrer? me disais-je... Elle est riante, heureuse,
Ecoutant les transports d'une foule flatteuse ;
Elle ne m'attend pas , et , toute à son plaisir,
N'a pas même songé que je pourrais venir.
Ne vaudrait-il pas mieux fuir un cœur infidèle?...
Dois-je entrer? répétais-je... et j'étais auprès d'elle,
Et, pâle à ses côtés , j'entendais retentir
Un bruit doux et flatteur qui me faisait mourii'.
Oh ! que je souffre ici! que je souffre près d'elle! Que ses ris me font mal ! que sa joie est cruelle ! A peine elle a fixé mon regard attristé ! Pourquoi suis-je venu? pourquoi suis-je resté? Tout, tout, accroît ici le tourment que j'endure! Jusqu'à son air, sa voix, jusqu'à cette parure
RÊVES POÉTIQUES. 2il
Qu'avec plus d'élégance elle a mise aujourd'hui ,
Et qu'elle ne met pas quand je viens seul ici.
Oh ! je veux m'éloigner, éviter sa présence ,
Dans mon cœur pour jamais renfermer ma souffrance ;
Je veux fuir pour toujours , pour ne plus revenir;
La quitter sans me plaindre et sans l'en avertir.
Elle me nommo en vain , je pars... mais souriante
Pourquoi la vois-je enfin laisser sa cour brillante?
« A demain , me dit-elle en me tendant la main ,
ce Demain je serai seule !... — Ah ! je viendrai demain ! »