ELLE
— 27 aoùi —
Vieus, lu mangeras de mon pain, Tu boiras dans ma coupe.
(Sterne.)
Comme on voit au matin deux gouttes de rosée , Tremblantes sur le bord d'une rose épuisée , Par un secret penchant se chercher et s'unir, De même, par l'amour doucement appelée, L'âme isolée aussi cherche l'âme isolée Pour se confondre en un soupir.
Ainsi j'avais senti voler vers toi mon âme.
J'allais, cherchant partout aux lèvres d'une femme
Ce souris tant rêvé, céleste et consolant!
Mais j'appelais en vain sa chimérique image,
Quand Dieu, qui nous aimait, te mit sur mon passage!...
Je te compris en te voyant ! j
Tu vivais parmi nou^timide, désolée, Ainsi qu'une étrangère en ce monde exilée : Je courus pour t'offrir ta part de mon bonheur, Mes fleurs, mon pain, ma coupe et mon humble ermitage. Mes chants !... je n'avais rien à t'offrir davantage , Car je n'osais t'offrir mon cœur !
Tu me parlas longtemps de ta reconnaissance , Et moi , baissant les yeux , j'écoutais en silence , Car je t'offrais si peu!... mais tu m'avais compris : Tu me tendis la main, et moi j'osai la prendre; Je parlai du bonheur de se voir, de s'entendre : Tu m'écoutais , et tu souris !...
Tout ce que tu perdis , l'amour peut te le rendre; Vois que de biens déjà sur nous il sut répandre : Les vides de ton cœur ont tous été remplis ; Pauvre orpheline , un ange écoutait ta prière ; Ta mère n'était plus , je t'ai donné ma mère , Et son cœur nous a réunis.
Oh ! qu'elle t'aimera, fille douce et craintive! Que de fois , contemplant ta piété naïve, Retrouvant un amour de ce monde banni, Je l'entendrai tout bas, d"un doux transport saisi?, Me redire en pleurant : « C'est toi qui l'a choisie , « 0 mon fils , que tu sois béni ! »
— Oui je serai béni si sa vie est tranquille, Si l'on voit le souris sur sa bouche immobile ,
Si par des pleurs jamais son regard n'esl terni. Dieu me la confia sur la route orageuse : Dans mes bras protecteurs qu'elle repose heureuse, Oui , mon Dieu , je serai béni !