EXIL
Longtemps encore le voyageur qu'amènera un vent d'Ionie saluera avec une sainte douleur la terre des gut'rriers et des poêles ; les annales de la Grèee entretiendront longtemps de ses triomphes la jeunesse de tous les pays.
( Child-IIarold.)
Ah ! laissez , laissez-moi rejeter mes entraves ! Je dois partir, amis; recevez mes adieux. L'étranger est ici, j'ai vu tomber nos braves; Je ne veux pas mourir sur le sol des esclaves , Je veux mourir sous d'autres cieux !
La Grèce me sourit! portez-moi dans l'Attiquo! Sous le ciel de Socrale, oh ! je veux respirer,
Je veux me réchauffer à ce soleil antique! C'est près de ces tombeaux , dans cet air poétique , Que l'on peut chanter et pleurer.
Là je ranimerai cette lyre glacée !
Là je pourrai m'asseoir sur le cap de Platon, Ou, lo soir, recherchant quelque tombe effacée, Rêver d'indépendance et de gloire passée. Sous les ombres de Marathon !
Grèce! terre des Dieux! chez toi chaque ruine De quelque nom fameux peut devenir l'écho; Sous les siècles en vain ton front tremblant s'incline. Sur tes rochers encor les flots de la Salamine Des trois cents battent le tombeau !
Salamine! quel nom!... Ouvre-toi, mer sacrée. Dans tes replis mouvants berce mes membres nus ; Laissez ma barque, ô Grecs, sur vos flots égarée, Poursuivre dans ses jeux les vagues du Pirée El les signes de l'Iiissus !
RÊVES POÉTlftUES. 25;
Où trouver, Eurotas , ta course aventurière ? Voiles-tu sous ces fleurs ton antique fierté? Couvre, oh! couvre mon front de ta vague gueirière. Et de la servitude efface la poussière , Fleuve pur de la liberté!
0 Dieu ! quel doux transport saisirait le poëte , Quand, au haut du Parnasse, assis plus près des cieux , Il verrait tout à coup , du sein de la tempête , Le grand aigle des monts qui raserait sa tête, Ainsi qu'un envoyé des Dieux !
Peut-être , tout entier au transport qui l'égaré , Alors il s'écrirait, les yeux étincelants : « Aigle des Dieux , viens-tu de Sparte ou de Mégarc? c( Vers Athènc as-tu vu marcher le roi barbare? « As-tu vu mourir les Trois cents?... »
Ah ! laissez , laissez-moi rejeter mes entraves ! Je dois partir, amis , recevez mes adieux ; L'étranger est ici , j'ai vu tomber nos braves ;
25i RÊVES POÉTIQUES.
Je ne veux pas mourir sur le sol des esclaves , Je veux mourir sous d'autres deux!
— Va donc, va!... voyageur sur la plage lointaine , Devant de grands tombeaux va prosterner ton front. . Tu verras des débris !... Sparte, Corinthe, Athène !... . Mais tu n'y verras pas ton clocher, ton vieux chône, Kl l'humble toit de ton vallon !
Rien ne peut Remplacer notre patrie absente; A de longs souvenirs on marche abandonné , On demande au passant : Quel est ce cap? — Lépanlf ; Et l'on a dit tout bas dans son âme souffrante : Ce n'est pas là que je suis né !
Des murs du Parthénon balayant la poussière. Tu pourras découvrir un cercueil ignoré ; Tu liras de grands noms sous la ronee et le lierre!... Mais tu n'y verras pas l'humble nom de (a mère, » {'aché sous un saule éploré !
Sï le Grec, vers le soir, de sbn seuil te repousse, Et le montre la roule avec un ris moqueur, Cherchant sur un tombeau quelque couche de mousse , Tu te diras tout bas : La nuit était plus douce Quapd je reposais sur son cœur.
Oh ! laisse , laisse donc cette triste fohe. Avec les lieux , ami > le cœur ne peut changer, Et le rameau flétri qui naît dans la patrie Est encore plus beau q^e la rose fleurie
Qu'on cueille aux champs de l'étranger !