‹ Trois fléaux de la classe ouvrièreChapitre 13 sur 24 · L ALCOOLISME · texte numérisé non relu

L ALCOOLISME

En Belgique, quelques prêtres intelligents et instruits ont abandonné tout autre ministère et se consacrent sans réserve, dans un travail incessant et accablant, à la fondation, à la direction et au développement des sociétés de tempérance.

Comment, d'ailleurs, l'opinion publique jugeraitelle l'indifférence que le clergé catholique manifesterait en présence des désastres et des ruines que multiplie l'alcoolisme ?.

Certainement, le clergé catholique et surtout le clergé français ne peuvent hésiter devant le travail à accomplir, les efforts à réaliser et les quelques sacrifices qui sont nécessaires. Les moyens qu'il faut employer ont été indiqués déjà dans bien des publications. Nous en avons signalé plusieurs et nous en signalons encore avec des détails très précis et très pratiques dans le cours de cette seconde étude.

Les instituteurs ont aussi clans cette lutte une grande mission à accomplir et nous venons de rendre témoignage à l'activité et au zèle d'un bon nombre d'entre eux. Voici un exposé simple, clair et complet des moyens qu'ils doivent employer dans cette lutte, exposé fait par un instituteur.

a Pour arriver à combattre sérieusement ce fléau social, que faut-il ? — Un peu d'énergie et d'initiative. C'est à chacun de nous à rechercher les meilleurs procédés à employer, les adaptant au milieu dans lequel il vit, pour entraver la marche progressive de cet ennemi de toute civilisation.

« Mais, de grâce, que personne ne se désintéresse

de la chose, remettant tout à faire à son voisin, qui s'en décharge de même, car alors rien ne se fera. Agir de la sorte, ce ne serait pas se mettre à la hauteur de l'importante mission sociale qui nous est confiée.

« Donc, chers collègues, à l'œuvre et sus à l'alcoolisme !

« Voici quelques moyens qui peuvent rendre de réels services pour combattre l'alcoolisme :

« 1° Expliquons aux enfants de nos écoles, par des lectures ou dans les leçons de morale, les dangers et les effets pernicieux de l'abus des boissons alcooliques ;

«•2° Donnons-leur des devoirs écrits, bien choisis, ayant trait à l'alcoolisme : maximes morales, modèles d'écriture, dictées, rédactions, problèmes ;

« 3° Faisons-leur connaître les boissons reconnues saines et dont il est permis d'user modérément :

« 4° Prêchons en toutes circonstances la tempérance et l'économie ;

« o° Créons dans toutes nos écoles des sociétés de tempérance ;

« 6° Procurons-nous des publications traitant de l'alcoolisme et introduisons ces ouvrages dans les familles;

(( 7° Organisons des conférences populaires où nous traiterons, sous toutes ses formes, cette horrible lèpre sociale ;

« 8° Sachons, tout en ménageant les familles, profiter de tous les accidents dus à l'alcoolisme et

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dont nous sommes témoins, pour combattre, à outrance, cette maladie nationale ;

« 9° Enfin, donnons à l'esprit de nos élèves une direction telle qu'ils arrivent à mépriser les jouissances malsaines et factices qu'engendre l'alcoolisme, et qu'ils arrivent, au contraire, à rechercher les plaisirs réels et purs dans la rigoureuse observation des divers devoirs individuels et sociaux.

a Dans cette lutte incessante contre l'alcoolisme, que cette noble devise soutienne notre ardeur : « Tout pour la famille, la société et la patrie ! »

Un instituteur, membre d'une société de tempérance de la Loire, raconte en ces termes ses efforts et ses succès :

« Je lutte contre ce vice depuis mon installation en 1889 à 0..., localité connue dans la région poulies invraisemblables exploits bachiques de ses habitants.

« En ce temps-là, tout le monde buvait ici : les enfants et les vieillards comme les gens dans la force de l'âge, les femmes comme les hommes, les illettrés aussi bien que les plus instruits, et les mendiants à l'égal des autres. On buvait partout et à propos de tout.

« Je ne vous étonnerai pas en vous disant que j'ai vu, en dix ans : six cas de folie furieuse officiellement qualifiés de délire alcoolique par les médecins appelés à les constater;

« D'innombrables rixes entre ivrognes dont quelques-uns ont été pour ces faits condamnés à la prison ;

(( Plusieurs agressions nocturnes dont les auteurs, tous alcooliques, ont tenté ou consommé toutes sortes d'actes délictueux ou criminels (voies de fait, attentats aux mœurs, vols, viols, meurtres) ;

« Différents suicides ou accidents parfois mortels survenus après de trop copieuses libations.

« Pour lutter contre le fléau qui exerçait sous mes yeux de si terribles ravages, je n'ai pas attendu les encouragements de mes chefs. A l'école du jour, comme aux cours du soir, dans les conférences publiques comme dans les conversations particulières, j'ai tâché de faire pénétrer dans les esprits cette vérité que l'abus des boissons fermentées, ainsi que l'abus des boissons distillées sont au premier rang parmi les pires ennemis de l'individu, de la famille et de la société.

« Et je ne m'en suis pas tenu à de vagues prédications in deserto. D'autres moyens m'ont servi plus efficacement. Les exercices scolaires (lectures, récits, problèmes d'arithmétique, dictées orthographiques, chants, morceaux de prose ou de vers à réciter, compositions françaises), tant pour les enfants que pour les adolescents, ont roulé surtout sur le sujet que j'ai à cœur de bien faire connaître ; de plus, j'ai fait chaque semaine, dans le jour ou le soir, une leçon spéciale d'antialcoolisme. Avec les adultes des deux sexes j'ai employé ma bibliothèque qui est assez riche (400 volumes) et assez fréquentée (900 prêts pour 1,100 habitants ; 3 bibliothèques rivales) ; ayant acquis de mes deniers, ou avec des offrandes recueillies de divers

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côtés une nombreuse collection de publications populaires et scolaires contre l'alcool, je les ai fait circuler activement en les joignant aux volumes de la bibliothèque.

« Songez que parmi les membres de la section, un seul a rompu son engagement, dit-on ; lui d'ail" leurs le nie, mais je ne le crois pas, c'est un fils d'alcoolique, repris de justice. Les autres tiennent bon ; généralement leurs parents les surveillent étroitement, même ceux qui sont débitants de boissons. Quand les enfants auront succédé à leurs pères comme cabaretiers, ils imiteront l'exemple le deux ou trois cabaretiers actuels, ils refuseront i peu près toujours de servir de l'alcool, de recevoir un consommateur ivre ou de tenir leurs ïtablissements ouverts après l'heure réglementaire (1). »

Les maîtresses d'école doivent, elles aussi, com-

(1) Je signale parmi le? ouvrages qui peuvent être utiles lux ecclésiastiques, aux maîtres et maltresses d'école, un ixcellent Petit Manuel de Tempérance orné de gravures, idopté parle conseil du perfectionnement de l'enseignement «rimaire en- Belgique, 7e édition ; prix: en France. 1 exemplaire, 0 fr. 25 ; 100 exemplaires, 16 francs. (Bruxelles, au lureau du Bien Être social, rue du Pont, 42. — Paris, chez il. Vasseur, place du Théâtre, 4). — Je signale encore l'excelente petite brochure du docteur Legrain : Un Fléau social, vec de nombreuses gravures dans le texte (chez Gautier» >5, quai des Grands- Augustins, Paris) : — l'excellent Livret l'enseignement antialcoolique, par J. Baudrillart, librairie I Delagrave, 15, rue Soufïlot, Paris, — et enfin ma brochure "rois Fléaux de la classe ouvrière (Drioton, 12, faubourg Stanislas, Nancy, et Roger et Chernoviz, rue des Grands- Lugustins, 7, Paris).

battre avec énergie et persévérance le fléau de l'alcoolisme, parce qu'il atteint de plus en plus les femmes et les jeunes filles et parce que l'action de la femme dans cette lutte peut avoir la plus grande influence.

Il est très utile et très intéressant d'étudier la législation scolaire des différents pays dans la lutte contre l'alcoolisme.

Aux Etats-Unis d'Amérique, dès 1882, l'Etat de Vermont rendit obligatoire par une loi l'enseignement de la tempérance. En 1885, 10 Etats légiférèrent à leur tour. De 1882 à 1892, et chaque année sans interruption, un ou plusieurs Etats prirent des mesures législatives. A l'heure actuelle, 41 Etats ont inscrit dans leurs législations le principe de l'enseignement obligatoire de la tempérance clans les écoles : 16 millions d'enfants reçoivent cet enseignement.

Dans 35 Etats, aucun maître ne peut obtenir de diplôme, ni enseigner, s'il n'a passé un examen satisfaisant sur la question de l'alcoolisme. En outre, dans 20 Etats, les écoles sont dotées officiellement de manuels illustrés.

Dans 26 Etats, l'alcoolisme fait l'objet d'un enseignement systématique donnée dans l'année trois fois par semaine pendant quatorze semaines. De plus, des examens spéciaux sont obligatoires ; les notes comptent pour l'admission à une classe plus élevée. Tout est donc spécifié dans la loi même : minimum de temps consacré à l'enseignement, moyens nécessaires, méthodes, examens.

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Une sanction pénale atteint l'instituteur dont l'enseignement n'est pas suffisant et les comités dont la vigilance fait défaut. (Retrait de subventions de l'Etat, amendes pour les écoles privées.)

L'attention du département de l'Union des femmes, consacré à l'enseignement antialcoolique, a été attirée dès l'abord sur la question des manuels. Les éditeurs et les auteurs furent souvent désappointés de voir leurs ouvrages refusés comme non conformes à l'esprit de la loi.

C'est l'Etat de New-York qui est le plus sévère. En Pensylvanie, c'est par millions de dollars que se comptent les subventions accordées par l'Etat. Dans le Michigan, la participation des femmes est plus active. Elles font partie des commissions scolaires.

Canada. — Dès 1882, le Canada suivit l'exemple des Etats-Unis. La loi ordonne l'enseignement antialcoolique dans toutes les écoles, même normales. Les instituteurs subissent un examen spécial. En 1892, 190,000 élèves recevaient l'enseignement de la tempérance. Une enquête, faite en 1896, établissait que dans 60 inspectorats sur 75, les maîtres sont abstinents dans une proportion de 70 à iOD pour 100. Il est vrai que sur 8,150 fonctionnaires de l'enseignement, 5,463 sont des femmes.

Iles Britanniques. — Pas d'enseignement officiel ; c'est à l'initiative privée que les gouvernements ont laissé le soin de développer dans la jeunesse l'amour de la sobriété, et ce sont les Bands of Hopo Unions qui donnent cet enseignement. La première société d'enfants et de jeunes gens date de 1847 f

dix sept ans plus tard se constituait la fédération des Bands of Hope du Royaume-Uni, qui groupe maintenant près de 3 millions d'enfants abstinents. Les directeurs des Bands of Hope sont appelés dans les écoles au gré des maîtres, pour donner cet enseignement. En 1896, 18 conférenciers ont pris la parole dans 3,730 écoles devant plus de 400,000 enfants. Déplus, deux grands concours sur des questions de tempérance ont été établis entre les écoles ; 178,702 réponses ont été obtenues ; 6,250 francs ont été distribués comme prix.

Scandinavie. — Le seul pays d'Europe qui ait inscrit dans sa loi l'enseignement antialcoolique... En 1896, la Norvège a fait deux lois, une pour les écoles primaires et l'autre pour les écoles secondaires. En Suède, la loi date de 1892. En 1890, une •société d'instituteurs abstinents a été fondée.

Hollande. — Pas d'effort gouvernemental ; mais en 1893, une fraction du corps enseignant s'est constituée en société d'abstinence. Cette société fait une très active propagande dans les écoles. L'instituteur hollandais paie de sa personne. Il est convaincu que, par sa parole et son exemple, il peut amener les enfants à pratiquer l'abstinence complète.

Belgique. — Pas de législation spéciale, mais, depuis 1882, grâce aux efforts de M. Robyns, inspecteur primaire de Limbourg, de nombreuses sociétés scolaires de tempérance se sont organisées. Le gouvernement, se sentant appuyé, a pris sous son haut patronage cette institution et la recommande dans toutes les écoles du royaume. De nombreuses

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circulaires sont adressées aux membres de l'enseignement et aux municipalités dont l'appui pécunaireest réclamé. En 1895, il y avait 223 sociétés d'enfants ou de jeunes gens et 41,000 membres admettant l'abstinence des spiritueux ou boissons distillées.

France. — Pas de législation spéciale, mais seulement des circulaires qui, depuis 1895, appellent l'attention du corps enseignant sur la nécessité d'un enseignement antialcoolique. A la suite des travaux d'une commission spéciale, le Conseil supérieur de l'instruction publique a modifié les programmes officiels. Des notions plus précises sur l'alcoolisme y sont introduites, mais elles ne for ment pas un corps de doctrine spécial ; ces notions sont disséminées dans les divers programmes. Une récente circulaire engage les maîtres à organiser des sociétés de tempérance dans leurs classes.

La Société contre l'usage des boissons spiritueuses, devançant cet appel, avait déjà provoqué un mouvement dans les écoles. La circulaire ministérielle vient indirectement lui prêter un sérieux appui en facilitant sa propagande. Cette société compte une soixantaine de sections dans les écoles.

L'Association de la Jeunesse française tempérante s'occupe aussi d'obtenir des jeunes gens l'engagement de s'abstenir des spiritueux.

Suisse. — Un article de la Constitution impose aux cantons l'obligation de combattre l'alcoolisme dans ses causes et ses effets. Quelques-uns ont doté leurs écoles de manuels antialcooliques. Il convient

de mentionner une société de jeunes abstinents : Y Espoir, qui se rapproche des Bands ofHope anglais. Cette société se développe bien ; elle compte 80 sections avec 2,800 membres. Un mouvement se prépare dans les centres universitaires.

Allemagne. — Tout l'elïort se réduit à des publications répandues à profusion clans les écoles par la Société allemande contre l'abus des spiritueux. Il existe une société d'instituteurs abstinents se rattachant à l'ordre des Bons-Templiers.

Autriche-Hongrie. — Il n'existe qu'un enseignement obligatoire de l'hygiène, comme en France ; on y parle quelque peu d'alcoolisme.

On peut conclure que partout où le corps enseignant se compose surtout de femmes, l'enseignement de la tempérance a été admis sans difficulté. Les pays où l'action des femmes est effective sont ceux qui ont réglé par des lois cet enseignement. Le système des Etats-Unis devrait être adopté partout, c'est-à-dire que l'enseignement devrait être obligatoire, systématique et sanctionné. L'éducation complète résulte de la combinaison de l'enseignement à l'école et du groupement en sociétés de tempérance ou d'abstinence.

J'ai déjà signalé l'influence très puissante que peuvent avoir les patronages, les associations d'ouvriers, de femmes et de jeunes filles. 11 est évident que si, dans cette lutte contre l'alcoolisme, comme dans toute lutte contre l'erreur et le mal, les enfants passent de la direction qu'ils reçoivent dans les écoles à la direotion

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des patronages qui leur sont ouverts jusqu'à seize et dix huit ans, puis alors sous la direction d'associations de tous noms : cercles, fraternités, etc., l'action exercée sur eux et pendant leur vie entière devient salutaire et puissante. Dans les réunions de ces associations, les conférences faites contre l'alcoolisme avec le secours des projections lumineuses, des gravures, des tableaux coloriés, des calendriers antialcooliques (1) doivent être employés par MM. les Curés, les instituteurs, par les directeurs de patronages et d'associations, par tous ceux qui combattent ce terrible fléau. Nous rappellerons dans la troisième partie de cette étude l'influence funeste qu'ont, au point de vue de l'alcoolisme, les mauvaises conditions des habitations ouvrières et la mauvaise tenue des ménages.

Le surmenage de l'ouvrier, dans des travaux très pénibles et surtout quand il est privé du repos du dimanche, pousse ce malheureux à chercher dans les boissons alcooliques un moyen d'apaiser sa soif et d'exciter ses forces.

Les restaurants, cafés, estaminets de tempérance où ne sont jamais servies de boissons alcooliques

(1) Le tableau antialcoolique du docteur Gallier-Boissier {librairie Armand Colin) et d'autres. — Le Bien-Ètre social a publié un calendrier mural du travailleur de 0m60 de baut sur 0m40 ou 0"45 de long. Les gravures représentent d'un côté l'ouvrier travailleur et sobre arrivant à l'aisance, au bonbeur, et de l'autre l'ciuvrier ivrogne arrivant au malheur et à la misère. (Chez Drioton, libraire de l'Évêché, Nancy, faubourg Stanislas, 12). —Citons encore des tableaux coloriés très bien faits et de diflérentes dimensions, chez Delagrave, 15, rue Soufïîot, Paris.

d'aucune sorte, ont produit en Suisse, en Allemagne, d'heureux résultats. A la suite du dernier congrès antialcoolique, M. le docteur Legrain et Mme Legrain ont ouvert une souscription pour fonder à Paris un restaurant de tempérance. Un don anonyme de 25,000 francs leur a immédiatement permis de réaliser leur projet. Ce restaurant a été établi en plein faubourg Saint-Antoine, 43, rue Saint-Bernard, et la population ouvrière de ce quartier lui a fait le meilleur accueil. Les prix ne sont pas élevés. La portion se paie entre Ofr. 25 et 0 fr. 40. Le café 0 fr. 15, le chocolat 0 fr. 10, le thé 0 fr. 05.

L'Union des femmes françaises contre l'alcoolisme va poursuivre l'organisation d'établissements analogues dans d'autres quartiers de Paris.

Nous signalons encore le moyen suivant qui peut avoir les meilleurs résultats.

Une société industrielle de Soignies en Belgique a trouvé un moyen efficace de combattre l'alcoolisme parmi son personnel.

Depuis quelques années, elle distribue des gratifications à ceux de ses ouvriers qui se distinguent par leur sobriété et leur assiduité au travail. Il règne à cette fin une certaine émulation parmi les tailleurs de pierres, et il y a une sérieuse progression parmi les méritants : vingt ont profité des gratifications en 1896, trente et un en 1897, quarantesept en 1898 et quarante-neuf en 1899.

Cette année, la société a réparti des primes pour une valeur de plus de 45,000 francs, dont 22,850 fr. en charbon. Certaines familles, comptant trois ou

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quatre ouvriers ou apprentis, ont touché prés de 325 francs et reçu 12,000 kilogrammes de charbon. Tels ouvriers ont recueilli, pour eux seuls, une somme de 125 à 130 francs, indépendamment du charbon.

Ce mode de propagande est vivement à recommander aux industriels, qui ont tout à gagner à avoir des ouvriers tempérants (1).

(1) Mesures anti-alcooliques. — Nous résumons, d'après le Bien du Peuple, de Liège, les mesures que la grande Société de tempérance : Sobrietas catholique vient de recommander aux patrons pour aider à la lutte contre l'alcoolisme parmi les classes ouvrières.

1. Insertion dans les règlements d'atelier et de chantier d'une clause interdisant, sous peine de renvoi, après un premier avertissement, de prendre et d'apporter des boi.--< rifortes dans les lieux où se fait le travail.

2. Défense à l'ouvrier de tenir un débit de boissons, sans l'autorisation expresse du patron. Souvent l'ouvrier voit, dans le cabaret, une source de gains supplémentaires, alors que ce cabaret mène tout son ménage à la ruine.

3. Paiement du salaire, au bureau ou au lieu de travail, en mains propres de chaque ouvrier, et, autant que faire se peut, un jour de la semaine autre que le samedi.

4. Renseigner exactement : aj les parents sur le salaire gagné chaque semaine ou chaque quinzaine par leurs fils ; b) les ménagères sur le salaire gagné par leurs maris.

o. Remettre aux femmes la totalité du salaire des ouvriers qui se laissent facilement entraîner à la boisson, à condition que ceux-ci y consentent.

6. Mettre à la disposition des ouvriers du café chaud, ou au moins de l'eau pour les moments où les ouvriers prennent leurs repas.

7. Inscrire dans les cahiers de charges qu'une bonne eau potable en quantité suffisante doit être mise à la disposition des ouvriers occupés aux travaux de terrassement, etc.

8. Favoriser de toutes façons l'enseignement professionnel, les écoles ménagères pour les jeunes filles.

Je me permets d'appeler de nouveau l'attention et la sollicitude des chefs supérieurs et de tous les officiers de notre armée sur les ravages que l'alcoolisme fait dans les rangs de cette armée. Un grand nombre de jeunes soldats prennent, dès leur entrée au régiment, l'habitude des boissons fortes, et de ces boissons qui sont de véritables poisons. Combien, sous leur influence, commettent des fautes graves et parfois des crimes, compromettent complètement leur avenir et l'honneur de leur famille ! Combien rapportent dans leurs villages ce vice hideux dont ils restent les victimes !

Les prescriptions, les règlements qui touchent à ces questions d'un si haut intérêt sont-ils assez rigoureux, et surtout sont-ils mis à exécution ? C'est surtout à l'égard des sous-officiers qu'une vigilance active et énergique devrait être exercée.

La lutte incessante contre ce fléau qui atteint l'armée et la France dans leurs forces vives n'estelle pas une partie essentielle de la mission militaire et de la mission morale de tous les chefs de l'armée ? Je le reconnais volontiers, des efforts ont été réalisés dans ce sens pendant ces dernières années. Mais il faut que ces efforts grandissent, puisque le fléau grandit toujours ; et il faut qu'ils soient unanimes, énergiques et persévérants (1).

(i) Je reçois au dernier moment communication d'une conférence tros intéressante qu'a faite contre l'alcoolisme, avec projections lumineuses, à son bataillon, M. le Commandant du 1er bataillon de chasseurs à pied, en garnison à Troyes. Voilà un excellent exemple.

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Je me permets de reproduire ici un ordre du jour du général Kessler, commandant le 6e corps :

ORDRE DU 6e CORPS D'ARMÉE.

« Le général commandant le Ke corps d'armée constate avec regret le nombre toujours croissant des punitions infligées pour cause d'ivresse. Il appelle toute l'attention des chefs de corps sur la nécessité de combattre les progrès de l'alcoolisme par tous les moyens dont ils peuvent disposer : instructions, placards, affiches à apposer dans les chambres, opuscules à mettre à la disposition des gradés, conférences à faire par les médecins, théories orales à faire par les officiers aux hommes, pour les prémucir contre les dangers de l'alcoolisme, etc., etc.

(( En un mot, tous les procédés doivent être mis en œuvre pour enrayer ce vice dégradant de l'ivrognerie qui conduit aux pires désordres.

(( L'action préventive du commandement doit en outre se manifester d'une façon constante par une surveillance étroite à exercer sur les cantines.

« Le général commandant le 6e corps d'armée entend laisser toute liberté aux chefs de corps dans l'emploi des moyens propres à assurer un contrôle efficace sur la nature et la qualité des boissons débitées par les cantiniers ; mais il défend d'une manière absolue la consommation, dans les cantines, de l'absinthe et de l'eau-de-vie dite blanche, débitée d%ordinaireparcinquième. Une seule exception sera admise en faveur des cercles des sousofïïciers, dans lesquels on pourra consommer de

l'absinthe d'une marque connue et acceptée par la commission du cercle.

« La surveillance immédiate des chefs de corps s'arrête à l'enceinte du casernement : mais leur vigilance doit s'exercer plus loin, et s'étendre jusque sur les cabarets borgnes qui, dans beaucoup de garnisons, sont installés en dehors, mais à proximité des casernements et incitent à l'inconduite quantité d'hommes disposés à rentrer paisiblement chaque soir au quartier pour l'heure de l'appel.

« Beaucoup de ces comptoirs ne sont que des maisons de prostitution déguisée, dans lesquelles sont débitées des marchandises frelatées de toute nature, qui ruinent la santé des hommes.

« Les commandants d'armes ne doivent pas hésiter à consigner à la troupe, sans limite de durée, soit spontanément, soit sur la demande des chefs de corps, les débits qui leur auront été signalés comme favorisant l'inconduite des hommes.

« L'article 112 du règlement sur le service des places leur donne à cet effet tout pouvoir, quand ils jugent compromis l'intérêt de la discipline ou l'hygiène des troupes.

« Le General commandant le 6e corps, Signé : « Kessler. »

L'Etat a-t-il le droit d'intervenir par des lois dans cette lutte contre l'alcoolisme ?

L'affirmative ne fait pour moi aucun doute, pourvu que l'Etat garde la juste et nécessaire me sure. Les preuves que j'ai données dans la pre-

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mière partie de cette étude, pour démontrer que l'Etat peut et doit intervenir par des lois en faveur du repos du dimanche ont ici leur évidente application. Mais ici encore l'initiative privée doit préparer et seconder les mesures légales en agissant avec ardeur et persévérance sur l'opinion publique.

C'est la doctrine qui a été soutenue au Congrès international antialcoolique de Bruxelles, en 1898, par plusieurs orateurs, entre autres par M. Mahaim, professeur d'économie politique à l'Université de Liège, par M. l'abbé Lemmens, par M. Jottrand, secrétaire du Comité local de Mons de la ligue patriotique contre l'alcoolisme.

(( M. Lejeune, sénateur et ministre d'Etat, président du Congrès, a fait observer que, si l'opinion publique exerce une grande influence sur les lois, il y aurait toutefois un grave danger à déclarer que la législation et le gouvernement doivent attendre, avant d'agir, les effets de l'initiative privée. Il cite la noble conduite du cabinet Rosebery, en Angleterre, lequel a su renoncer au pouvoir, en grande partie à cause d'une question relative à l'alcoolisme ; un acte semblable produit sur le sentiment général un effet considérable et encourage tous les efforts individuels.

« Les applaudissements chaleureux qui ont éclaté après ces paroles, ainsi que les observations par lesquelles plusieurs orateurs, notamment des orateurs de nationalité anglaise, les ont confirmées, ont prouvé la profonde satisfaction avec la-

quelle l'assemblée avait recueilli l'exposé de cette thèse (1). »

Dans un rapport très remarquable et très applaudi, M. l'abbé Lemmens avait auparavant établi le droit et le devoir de l'Etat d'intervenir. Puis, entrant dans le détail des lois à créer et des mesures à prendre, il avait dit comment l'Etat peut et doit intervenir directement par voie législative et par voie administrative, indirectement par des lois et des arrêtés favorisant soit la lutte contre l'alcoolisme, soit le mouvement de la tempérance.

Ceux qui veulent étudier à fond cette question liront avec profit ce rapport (2).

Je voudrais terminer par une considération qui frappera bien des esprits et touchera les cœurs des vrais patriotes.

La France a subi, il y a peu de temps, de douloureuses épreuves, parce que les ressources lui ont manqué pour développer sa flotte dans la même mesure que son armée. Pour écarter de nouvelles épreuves, plus terribles encore, il faut que la France crée une flotte capable de protéger ses intérêts sur toutes les mers, de défendre ses côtes et ses nombreuses colonies. Si la guerre venait à éclater, sur terre ou sur mer, l'état de nos finances imposerait de recourir à des moyens qui ne sont

(1) Congrès international antialcoolique de Bruxelles. Compte rendu, 2e partie, p. 3.J et36.

(2) Rapport de M. Lemmens, p. 19 et seq.

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point réguliers et qui ne sauraient suffire longtemps.

Ajoutons que des ressources puissantes contribueraient à donner à notre commerce et à notre industrie un essor nécessaire et ne permettraient pas à l'industrie et au commerce de l'Angleterre, et surtout de l'Allemagne, de nous infliger encore de lamentables défaites.

Or, pour augmenter sa richesse et ses ressources, la France possède un moyen qui, en favorisant toutes les grandes initiatives et toutes les grandes œuvres, la protégerait contre la dégénérescence l'abaissement et l'impuissance. Je l'ai démontré, la France dépense à s'empoisonner par l'alcoolisme plus de 2 milliards par an. Quelles économies à faire, et, en conséquence, quelles merveilleuses ressources !

De 1880 à 1888, 100.000 débits nouveaux ont été ouverts en France. La consommation de l'absinthe, que la science appelle « de l'épilepsie en bouteille », a quintuplé en douze ans et dépasse 180,000 hectolitres par an. La France consomme plus d'absinthe que toutes les autres nations réunies (1).

(1) Comme je l'ai fait remarquer dans la deuxième partie de ce chapitre en répondant à quelques objections, la consommation de l'alcool s'accroît de plus en plus au détriment de la consommation du vin. Ce fait constitue un réel danger pour la viticulture française. La Ligue vinicole, organe pour la défense et la propagation du vin (n° 1 de février 1900) constate que de 1897 à 1898, la consommation du vin, à Paris, seulement, a décru de 400.000 hectolitres. Et pourtant le nombre des cabarets s'élève tous les jours !

Tous les jours, des prospectus audacieux, des réclames impudentes, des affiches criminelles trompent des milliers et des milliers de malheureux.

Si nous marchons encore dans cette voie, les nations, jalouses de notre pays, n'auront à recourir, pour nous abaisser et nous anéantir, ni à la concurrence de l'industrie et du commerce, ni à l'essor de la science et des arts, ni à des multitudes armées de fusils, de canons ou de mitrailleuses. L'alcoolisme aura suffi à tout. Il aura enseveli la France dans l'impuissance et le déshonneur. Il aura fait, dans ce grand et noble pays, aux glorieuses et héroïques traditions, des générations de dégénérés, de rachitiques, d'épileptiques, de criminels et d'aliénés.

Pourquoi donc la France ne suivrait-elle pas l'exemple de la Norvège et ne réclamerait-elle pas les réformes qui ont obtenu de si magnifiques résultats, contre cet horrible fléau de l'alcoolisme ?

Non. non, devant dételles démonstrations et de tels périls, je ne puis croire à l'indifférence et à l'inertie obstinées d'un peuple tel que le nôtre et je dis à tous : Unissons-nous, travaillons ensemble, combattons l'alcoolisme. C'est pour la prospérité et la richesse, c'est pour la puissance et l'honneur, c'est pour le salut delà France (1).

(1) V. à {'Appendice de ce volume, les Statuts de la Société lorracne de Tempérance, du Bien-Étre social, de la Fédéralion française, etc.

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