‹ Trois grands conquerantsChapitre 3 sur 5 · TOMBEAU DE SAINT FRANÇOIS XAVIER, A GOA · texte numérisé non relu

TOMBEAU DE SAINT FRANÇOIS XAVIER, A GOA

mation des poumons : le Saint eut la vision claire que c'était la fin et il en avertit ses amis.

On le transporta d'abord sur le navire : le roulis lui étant insupportable, on le redescendit ensuite à terre où on l'abandonna impitoyablement sur le sable, malgré le vent très aigre qui soufflait du nord ce jour-là. Xavier aurait expiré de froid sur le rivage si un Portugais, Georges Alvarez, touché de compassion à ce spectacle, ne l'eût pas fait conduire dans une hutte qui lui appartenait : gîte bien précaire d'ailleurs et dont la toiture de chaume comme les murailles était crevassée de toutes parts. Le remords, plutôt que la pitié, y amena le chirurgien du navire ; cet homme était fort mal habile, en sorte que les saignées qu'il opéra augmentèrent encore les souffrances du malade sans nul profit. Le délire se déclara : Xavier n'y parlait que de Dieu et de la Chine, tant son cœur en était rempli ! Puis, il perdit la parole durant trois jours. Sa faiblesse était si grande qu'Ant. de Sainte-Foi, qui le soignait, s'attendait à le voir trépasser à chaque instant ; pourtant le dernier jour de novembre il reprit connaissance et se remit à parler. A moitié suffoqué par le mal qui brûlait sa poitrine, il répétait doucement : « JÉSUS, fils de David, ayez pitié de moi. — O Très Sainte Trinité ! — Mère de Dieu, souvenez-vous de moi ! »

Le Dieu de l'Eucharistie ne vint pas visiter le

mourant sur la natte misérable où il allait expirer. L'agonie de Xavier fut donc bien solitaire ; elle n'eut presque pas d'aures témoins que les anges, elle n'eut pas d'autre consolateur que le crucifix : comme si à ce soldat de la croix la croix seule avait voulu ouvrir le paradis ! C'est en la regardant avec des yeux remplis de larmes, que le vendredi 2 décembre, un peu après midi, le Saint poussa son dernier cri d'amour sur la terre. — « Jésus, Dieu de mon cœur r ! » dit-il, et il mourut. (2 décembre 1552.)

Page 1