LE RETOUR
îu fond, les Iroquois n’étaient qu’à
demi satisfaits du résultat de cette
expédition.
Ils avaient cru surprendre une bourgade sans défense, comme cela leur arrivait si souvent, et ils avaient rencontré une résistance obstinée.
Leurs pertes, du reste, étaient considérables : vingt des leurs étaient morts ou mourants : ils comptaient de plus une trentaine de blessés, dont plusieurs grièvement.
Soixante hommes seulement restaient valides, sur cent guerriers qu’ils étaient à leur arrivée, et on était loin, bien loin du pays natal.
On employa le reste de ce jour et la journée suivante à se reposer, tout en faisant les préparatifs du retour.
Trois jours s’étaient écoulés depuis l’arrivée des Iroquois au Bic ; le matin du quatrième, ils reprirent le chemin de la
Bouabouscache, comptant bien terminer là leur expédition et revoir bientôt les bois, les rivières et les lacs du pays d’Agné.
La forêt était tranquille ; nulle trace d’ennemis ne se laissait voir, et les Iroquois se croyaient bien assurés d’avoir détruit toute la population de cette partie du territoire micmac. A mesure qu’ils avançaient, leur assurance redoublait, comme il arrive toujours, surtout aux sauvages, si peu prévoyants dans la pratique habituelle de la vie.
Dans la matinée du jour où l’on devait atteindre les bords de la Bouabouscache, les Iroquois se partagèrent en deux groupes, afin de hâter les procédés du voyage.
Trente hommes, les plus dispos et les plus vigoureux, prirent les devants pour aller quérir les canots et préparer le campement du soir ; les cinquante autres, blessés et porteurs, restèrent en arrière, marchant plus lentement.
C’est ici le moment de parler d’un autre retour, celui des deux messagers micmacs,
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expédiés vers les Maléchites cinq jours auparavant.
Ils avaient heureusement et promptement accompli leur mission, et, la vieille au matin, étaient arrivés vers leurs gens, accompagnés de vingt-cinq guerriers maléchites.
Ils étaient donc là trente hommes...
C’était peu ; mais tous frais, alertes, parfaitement instruits des lieux, et connaissant les forces de leurs ennemis.
D’ailleurs, les trois Micmacs restés à la Bouabouscache n’étaient point demeurés inactifs : après avoir détruit, sans altérer l’aspect extérieur des lieux, les canots et les provisions des Iroquois, ils avaient battu le pays voisin, ménagé des embuscades et préparé des sentiers dérobés de retraite.
Aussitôt après l’arrivée des alliés, un petit nombre d’entre eux avaient pris la route du Bic, en suivant des chemins détournés et parfaitement connus des guides micmacs, pour aller attendre les Iroquois au retour, épier leurs démarches et se mettre au fait de l’état actuel de leurs forces.
Le reste des trente apprenaient, des deux Micmacs restés avec eux, tout ce qu’il importait de savoir sur la situation et mûrissaient les projets d’attaque.
Les éclaireurs revinrent vers leurs amis de bonne heure dans l’après-midi du lendemain ; c’est-à-dire plusieurs heures avant le retour des Iroquois à la Bouabouscache.
Ils apportaient un compte exact du nombre total des ennemis, du chiffre des blessés, de l’ordre de marche et du partage de la troupe en deux bandes ; d’où l’on conclut, avec certitude, que les Iroquois avaient l’intention de venir, ce jour-là même, retirer les canots de leur cachette.
Pendant que ceci se passait chez les alliés, les deux troupes iroquoises s’approchaient de la rivière, à environ deux heures de marche de distance l’une de l’autre, sans se douter le moins du monde que quelqu’un s’occupait d’eux, au sein de cette forêt en apparence si calme.
l’îlet au massacre.