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APRÈS LA GUERRE

I/E lendemain fut un jour de triomphe "j pour les Micmacs-Maléchites. On

b mit au feu les quartiers frais et

tendres du jeune orignal.

Un prisonnier, lié au fatal poteau, servit de jouet à la cruauté des vainqueurs. Les insultes et les tourments infligés à la victime firent intermèdes aux chants, aux danses et aux repas de la victoire, jusqu’à ce que le malheureux, expirant, fût scalpé en présence des cinq autres prisonniers iroquois, témoins de toute cette scène.

On partagea le butin composé de soixante-trois chevelures ; et les cinq prisonniers restant furent divisés entre les Micmacs et les Maléehites.

Le jour suivant les alliés se séparèrent, en se jurant alliance et vouant une haine éternelle aux Iroquois.

Chacun reprit la roule de son pays ; les Malachites sur leurs canots, le chemin de la

l’îlet au massacre.

Madaouaska ; les cinq Micmacs, avec leurs deux prisonniers, à travers bois, celui du Bic.

De retour à la Baie, les cinq Micmacs trouvèrent plusieurs canots de leur nation, venus à l’appel des vieillards et des femmes envoyés dans le bas du fleuve, à la nouvelle de l’arrivée des Iroquois.

Ils visitèrent ensemble les lieux témoins du massacre des leurs : ils virent, gisant sur les rochers et dans la caverne, les cadavres en décomposition de ceux qu’ils avaient aimés.

Avant de quitter ces lieux pour toujours (encore aujourd’hui on dit que les Micmacs ne campent jamais au Bic), on dressa deux poteaux sur l’emplacement de la bourgade. On y attacha les deux prisonniers, la face tournée vers l’Ilet au Massacre, après les avoir préalablement scalpés ; puis là, on leur fit subir tous les tourments que la vengeance la plus sauvage peut inventer.

Enfin, quand on vit ces infortunés prêts à rendre l’âme, on amoncela des écorces autour d’eux et on y mit le feu, pour couronner le supplice.

Longtemps, disent les récits populaires, on a observé les ombres des massacrés errer le soir autour de l’Ilet et mêler leurs gémissements aux bruits de la mer !

Souvent on a vu, au sein de nuits sombres, des fantômes armés de pâles flambeaux danser, avec des contorsions horribles, sur les galets de la Baie !

C’est en harmonie avec ces traditions qu’on a désigné les deux caps, qui limitent l’entrée de la Baie du Bic, par les noms lugubres de Cap enragé et de Cap aux corbeaux.

Il n’y a pas encore bien des années que les restes des os blanchis des Micmacs tapissaient le fond de la caverne au massacre !

Encore aujourd’hui, ce n’est pas le premier venu qui s’en irait visiter ces lieux, par une nuit obscure, alors que le vent gémit à travers les sapins et les crevasses des rochers, comme une âme en peine !

l’îlet au massacre.

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