‹ Trois légendes de mon paysChapitre 2 sur 25 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

es trois légendes qui suivent, — indépendamment de la forme qu’elles revêtent ici, — constituent les trois parties d’un drame moral, dans la manière des triologies grecques : chacun de ces récits caractérise une de ces grandes situations qui, en se dégageant, font époque dans l’histoire religieuse et sociale des races aborigènes de notre Canada.

— L’histoire de U Ilet au Massacre, la première par ordre de temps, nous montre, touchant à son paroxysme, l’état de féroce barbarie dans lequel étaient plongés les aborigènes de l’Amérique du Nord, avant l’arrivée des missionnaires.

— Le Sagamo du Kapskouk nous fait assister à cette lutte tempétueuse qui se fit dans la nature insoumise des sauvages, lorsque leur fut exposée la doctrine catholique, avec l’alternative de ses promesses

magnifiques et de ses menaces terribles.

— Le Géant des Méchins c’est la dernière étreinte de l’erreur aux prises avec la conscience ; et le triomphe final de la Religion.

Cet enchaînement si naturel d’idées n’avait point échappé, d’ailleurs, à l’esprit tant juste des narrateurs qui nous ont transmis ces souvenirs. — Voici comment s’exprimait, à cet égard, un vieux sauvage à qui je parlais de ces choses (je conserve aux paroles de mon interlocuteur cette forme pittoresque qu’on connaît si bien au pays et qu’on aime toujours) :

« — Dans c’ temps-là... tu vois ben... les » Sauvages pas la R’ligion... toujours, toujours du sang... pas la chalité...

« — Quand les patliaches venir... nos gens » surpris... pas accoutumés... malaisé pour » comprendre... fâchés quasiment.

« — Aujourd’hui... Ah! Ah!... pas la » même chose en toute... nous autres com- » prend tout... la R’ligion tu vois ben » !...

C’est pour conformer tout mon travail à cet ordre de pensées que, fidèle en cela du reste avec les coutumes légendaires, j’ai donné à chaque récit un second titre qui

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