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LE VOYAGE

Brofitant de ces jours heureux de victoire et de paix, les missionnaires se multipliaient pour aller mettre partout l’ordre et l’abondance, dans le champ du Père de Famille.

Deux de ces ouvriers évangéliques étaient partis de Québec pour Tadoussac (1) ; — l’un était destiné aux missions montagnaises de la côte du Nord; l’autre devait, traversant le fleuve, aller reconstituer les missions de la Gaspésie.

Sans suivre jusqu’au bout ce dernier dans son voyage, accompagnons-le du moins jusqu’à cet endroit célèbre, qui s’appelait alors et qui s’appelle encore aujourd’hui Les Ilets Méchins.

Ce mot de Méchin n’est que la corxup-

(1) On lit dans la Relation de 1668 : « Deux autres Pères descendent à Tadoussac, l'un pour y hiverner et cultiver cette Église qui s’est accrue de quarante Néophytes, et l’autre pour donner commencement à celle des Gaspésiens qui se réunissent pour la commodité que leur en donne la paix *.

tion populaire du mot sauvage Matsi ou du nom français Méchant qui sont, du reste, la traduction l’un de l’autre.

Le Missionnaire, accompagné d’un voyageur canadien, s’était fait conduire à Kakouna, sur la rive sud, par les montagnais de Tadoussac. Là, il prit un canot maléchite qui devait le mener à Gaspé.

Des deux Maléchites qui guidaient l’embarcation, l’un était chrétien et l’autre infidèle.

Ce dernier n’ignorait pas les vérités essentielles du salut, il y croyait même ; mais il n’avait point été baptisé et, comme bien des gens qui ne sont point sauvages et qui sont baptisés, il avait peur des obligations qu’impose le vrai christianisme. Il remettait le moment de sa conversion !

Pendant le voyage, le missionnaire perfectionnait l’éducation religieuse de ses compagnons. L’infidèle écoutait, avec autant d’attention que les autres, les instructions de l’apôtre. Jamais il ne s’absentait des exercices de piété que le Père ne manquait .pas de faire soir et matin, à la lumière du feu de campement.

Mais quand le prêtre lui demandait de se rendre et d’accepter de bonne foi le baptême, il disait : — « Pas tout de suite, un autre tantôt ».

On était en route depuis cinq jours d’un temps magnifique. Sur le soir du cinquième jour, le ciel, jusque-là serein, se rembrunit tout-à-coup et se chargea de nuages : tout annonçait un de ces coups de vent d’été, aussi prompts à disparaître qu’à venir, mais qui n’en sont, pour cela même, que plus dangereux.

Les voyageurs venaient de parcourir, en serrant le rivage, ce qu’on appelle aujourd’hui le Passage des Crapauds, à cause de la forme des rochers singuliers qui bordent la côte et qui semblent autant de batraciens rangés sur la rive, pour coasser à leur aise.

On atteignait en ce moment les Uets Méchins, endroit délicieux, autrefois redouté des sauvages, et depuis aimé des pêcheurs, auxquels il sert de lieu favori d’étape.

Les Ilets sont deux petits rochers, situés à une très faible distance du rivage, dont ils sont séparés par un étroit chenal, assez profond pour servir de hâvre aux petites embarcations.

La plage en face forme une anse sablonneuse, d’où le terrain s’élève graduellement en amphithéâtre vers l’intérieur, jusqu’au sommet d’une montagne immédiatement voisine des bords du fleuve. Un faible ruisseau, descendant des hauteurs, apporte en ce lieu l’eau la plus pure et la plus fraîche qu’il soit possible de désirer.

Nos voyageurs s’arrêtèrent en cet endroit.

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